dimanche 24 septembre 2023

Société : Mbappé, Tchouaméni et Koundé… Ces Bleus qui bousculent le débat politique

À lire

Trois internationaux français, Kylian Mbappé, Aurélien Tchouaméni et Jules Koundé, ont pris clairement position, après la mort du jeune Nahel à Nanterre. Des interventions pas forcément appréciées.

D’abord Jules Koundé puis Kylian Mbappé et enfin, Aurélien Tchouameni, dans sa lettre ouverte : les footballeurs ont aujourd’hui un impact politique qui dépasse les limites du football, et dont ils comptent désormais faire usage. Est-ce un bien ? En tout cas, c’est mal vu…

Le conteste : mardi 27 juin, un jeune homme de 17 ans nommé Nahel était tué par un policier à Nanterre à la suite d’un refus d’obtempérer. 

Scène filmée par plusieurs témoins, les vidéos n’ont pas tardé à se répandre sur le net et à provoquer diverses réactions de part et d’autre. 

Le soir même, le footballeur international français Jules Koundé réagissait à propos de l’affaire sur ses réseaux sociaux en réclamant justice pour Nahel. 

Kylian Mbappé : « J’ai mal à ma France »

Le lendemain matin c’est au tour de Kylian Mbappé, qui est sans nulles doutes l’une des personnalités les plus influentes de France, de prendre à son tour position sur Twitter, s’indignant de la situation avec un « J’ai mal à ma France », suivi d’un message de soutien à la famille du défunt. 

Hier dans la soirée, c’est Aurélien Tchouameni, milieu de terrain des Bleus et du Real Madrid, qui, dans une lettre ouverte s’est indigné de la situation, tout en réclamant que justice soit faite. « Nahel aurait pu être mon petit frère », écrit le finaliste de la Coupe du Monde dans un message accusateur. « J’aurais aimé comprendre pourquoi depuis des années, des jeunes meurent lors de contrôles de police qui semblent anodins (…) Il a fallu qu’une vidéo sorte pour que l’affaire ne soit pas étouffé », s’interroge Tchouaméni. « Quand j’entends la voie de sa mère, c’est la voie de ma mère que j’entends ».

L’apolitisme du sport

Si aujourd’hui certains footballeurs prennent position sur des enjeux sociétaux, ce n’a pas toujours été le cas, bien au contraire. Pendant longtemps les footballeurs et même les athlètes en général ne prenaient pas position sur les évènements extra-sportif et encore moins ceux à caractère politique. 

En effet, traditionnellement les athlètes et le sport en général étaient utilisés comme objet politique, exploités par les politiques. Un peu comme les potiches de service.

On a toujours refusé de “politiser” le sport, pour continuer à faire du sport comme un monde à part. Le résumant uniquement au cadre des compétitions.

Il y a quelques mois encore, le président de la République, Emmanuel Macron déclarait, à propos de la polémique sur la coupe du monde au Qatar : « Il ne faut pas politiser le sport ».  

Or, le sport est d’ores et déjà bel et bien politique et cela ne date pas d’hier. Que ce soient les poings levés lors des JO de 1968, encore Nelson Mandela avec le rugby ou plus récemment la suspension des équipes russes des compétitions à cause du conflit en Ukraine. 

Certains y voient une hypocrisie flagrente de la part du président,  accusé par ses détracteurs d’utiliser le sport à des fins politiques. Notamment en s’immisçant personnellement dans le dossier de prolongation de Mbappé au PSG l’année dernière, ou encore lorsqu’il a insisté auprès de l’UEFA pour délocaliser la finale de LDC 2022 au Stade de France. 

Et puis : si le sport n’est pas politique, pourquoi possédons-nous un ministère des sports en France ? 

Une génération de footballeurs en rupture avec l’ancienne.

Comme dirait Kylian Mbappé, « le football, il a changé ». Le temps des sportifs de haut niveau déclarant, « je ne fais pas de politique », est révolu.  

Aujourd’hui nous avons à faire à une génération de joueurs qui n’ont pas peur de faire usage de leur notoriété et de leur influence et qui ont conscience, contrairement à leurs prédécesseurs, que cette “politique” les concerne. 

La prise de position de Zidane, il y a 20 ans, lors des élections de 2002 (opposant Chirac à J-M LP), était un cas rare. Aujourd’hui, elle se répand de plus en plus.  Que ce soit Mesut Özil concernant les Ouïghours et la Palestine, Zinchenko sur les conflits en Ukraine et maintenant ces trois Bleus qui prennent position sur l’affaire Nahel. La génération de footballeurs d’aujourd’hui entend bien prendre position et ne plus être mis à l’écart de problèmes pour lesquels ils se sentent concernés.  Le plus souvent issues des banlieues, les stars de la nouvelle génération se sentent proches des problèmes sociétaux et n’hésitent pas à afficher leur indignation.

Quand Zinedine Zidane prenait position, lors de la présidentielle de 2002.

Des prises de position qui ne sont pas les bienvenues dans le monde politique (à quelque niveau que ce soit), comme si les stars du foot devaient se contenter de taper dans un ballon.

« C’est assez drôle de lire toute la frustration et le dédain qui émanent de certaines personnes, lorsqu’un athlète ou plus particulièrement un footballeur, dans mon cas, s’exprime sur des sujets de société », a commenté Jules Koundé. « … Nous sommes des personnes et des citoyens, avant d’être des footballeurs ».

Stéphane Désenclos, avec Mouhammadou Dramé

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Actu

spot_img
spot_img

À lire aussi