lundi 15 juillet 2024

Vincent Barteau : « Evenepoel ne gagnera jamais le Tour de France ! »

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Arnaud Bertrande
Arnaud Bertrande
Rédacteur en chef — Pole Sport Lafont presse

Il y a 40 ans, Vincent Barteau porta pendant 12 jours le maillot jaune sur le Tour de France 1984 (photo). Ancien coéquipier de Laurent Fignon, Greg LeMond et Bernard Hinault, le Normand, également vainqueur d’étape un 14 juillet sur le Tour 1989, se livre dans “Complètement Barteau ! Ma vie de vélo en 100 histoires épiques” (aux éditons Solar). Il nous livre ses pronostics juste avant le début du Tour.

Il y a tout juste 40 ans, vous avez pris le maillot jaune sur le Tour de France, un peu par hasard, suite à une pause pipi, pour, au final, le porter 12 jours !

C’était mon premier Tour de France. J’étais dans l’équipe de Laurent Fignon qui avait gagné le Tour de l’année d’avant, mais j’étais alors plus ami avec Greg LeMond. A un moment, on a remonté tout le peloton pour leur montrer qu’on s’arrêtait pour un besoin naturel et il y a eu une attaque ! J’ai ramené Greg dans le peloton et, au même moment où je l’ai remis dans les 5-6 premiers, j’aperçois le coureur qui a attaqué et je suis ressorti aussitôt. Je l’ai rattrapé, c’était Maurice Le Guilloux qui était à la Vie Claire, qui était parti derrière un Portugais (Paulo Ferreira, Ndlr). Je ne voulais pas me taper 200 bornes à trois, mais Maurice a voulu continuer. Au final, on a pris 17 minutes d’avance et j’ai pris ce fameux maillot jaune !

Est-ce une fierté alors qu’un coureur comme Poulidor ne l’a jamais porté ? 

Porter le maillot jaune, c’est le graal dans une carrière ! Il faut aussi avoir un peu de chance. Mais c’est vrai qu’un coureur comme Poulidor qui a un autre palmarès que le mien (sourire) ne l’a jamais porté ! Connaissant bien Poupou qui m’a remis le trophée de meilleur junior quand j’étais champion de France, il m’expliquait souvent quand on se voyait au village départ du Tour qu’il avait ce regret de ne jamais avoir porté le maillot jaune.

Avec 17 minutes d’avance, vous auriez même pu gagner le Tour, mais ce n’était pas le plan de Guimard…

J’ai su plein de trucs après avec Laurent Fignon dont j’ai été le témoin de mariage et qui est devenu un ami. Guimard n’avait pas envie que ce soit moi qui gagne… Il avait envie que Fignon gagne son 2ème Tour, le titi parisien, un coureur plus charismatique auprès des sponsors. Moi j’arrivais de ma Normandie et il n’avait pas envie que je gagne…

Au point de s’arranger avec les adversaires ?

A un moment, c’est monté à 25 minutes. Personne ne roulait derrière. 25 minutes d’avance, ça commençait à l’emmerder parce qu’il voulait que ce soit Fignon qui gagne. Il a fait réduire l’écart, ça je l’ai su bien après avec Laurent. 

« Guimard n’avait pas envie que ce soit moi qui gagne le Tour en 1984… »

Pensez-vous que vous auriez pu gagner ce Tour en 1984 ? 

Je pouvais quand même le gagner. J’étais jeune, avec un gros mental. Je n’avais pas d’expérience pour gérer trois semaines donc je ne sais pas ce que ça aurait pu donner, mais je ne me posais pas de questions. Je ne dis pas non plus que je méritais de le gagner. On ne peut pas mettre sur un pied d’égalité ces 25 minutes d’avance par rapport à la vraie performance. Mais ce qui me gêne le plus, ce n’est pas ce qu’il m’a fait sur le Tour, mais ce qu’il m’a fait en 1989 quand j’ai gagné l’étape à Marseille. On s’est mis d’accord pour un contrat de deux ans. Il m’a dit OK et il ne m’a pas donné le contrat. Il a voulu me la faire à l’envers. Ce serait aujourd’hui, il ne pourrait plus exercer dans le vélo !

Aujourd’hui, avoir 17 minutes d’avance sur le Tour, c’est impossible !

Aujourd’hui, en dehors des 10-15 coureurs qui sont au-dessus du lot, – les meilleurs qui se détachent vraiment -, tous les autres se valent. Ce n’est donc pas évident de s’échapper avec en plus les oreillettes. 

Qu’est-ce qui restera comme le plus fort : ces 12 jours en jaune en 1984 ou cette victoire d’étape le 14 juillet 1989 à Marseille ?

En 1984, j’ai à peine 22 ans, je découvre le Tour de France, j’arrive et j’ai le maillot, mais je ne me rends pas bien compte, je suis sur mon nuage, je ne me pose pas de questions, je vis au jour le jour. En 1989, cette étape de Marseille, j’ai 28 ans, j’ai beaucoup plus de maturité, je me rends vraiment compte de la portée de cette victoire. Ce jour-là, j’étais dans un état de grâce incroyable devant un monde pas possible, en plus un 14 juillet pour le bicentenaire de la Révolution. On a tous envie de gagner un 14 juillet ! Je n’ai pas envie de choisir entre les deux. Je n’ai peut-être pas fait grand-chose dans ma carrière selon certains, mais j’ai quand même tapé deux fois dans le mille sur le Tour : le maillot jaune et le 14 juillet à Marseille !

« Vingegaard, je ne suis pas sûr qu’il soit à 100% sur le Tour »

Vous êtes plus fan de Pogacar qui court un peu partout que de Vingegaard qui mise tout sur le Tour. Pour quelle raison ?

Vingegaard est axé sur le Tour, c’est un grand coursier, un grand champion, mais c’est vrai qu’il ne fait pas de course d’un jour. On le critique, mais pourquoi voulez-vous qu’il change puisqu’il reçoit le trophée du coureur de l’année ? Pogacar le méritait aussi. Il fait le début de saison, les Classiques, le Tour, la fin de saison… Mais le Tour a tellement une grande importance que, finalement, il n’y a que le Tour qui compte ! C’est un peu dommage parce qu’il n’y a pas que le Tour de France !

Cette année, qui est votre favori ? 

Vue la domination de Pogacar et malheureusement la chute de Vingegaard et Evenepoel qui pour moi ne gagnera jamais le Tour de France…

… Il a quand même gagné le Tour d’Espagne !

Il a gagné le Tour d’Espagne, je l’avais oublié, ça montre bien l’importance du Tour, mais je ne le vois pas gagner le Tour de France. Des jeunes arrivent et sont meilleurs que lui. Je peux me tromper, mais il n’a pas le style du vrai grimpeur. Pour revenir aux favoris, Pogacar se détache. Vingegaard, on ne sait pas vraiment où il en est. Je ne suis pas sûr qu’il soit à 100% sur le Tour.

Donc Pogacar en grand favori et qui derrière pour le podium ? 

On peut avoir quelques surprises. Quelques-uns peuvent y prétendre. On va retrouver sensiblement les mêmes. 

Et les Français ? 

Pour le podium, non. Pas encore. Autant on a eu la période Hinault, Fignon où on était au top sur le Tour de France, autant cette année, et même les générations qui vont venir, ça va être compliqué. Un podium, c’est toujours envisageable, mais gagner le Tour, non, même si on a de bons Français qui arrivent. Mais il y a aussi des jeunes très forts à l’étranger qui émergent.

En 2025, le Tour devrait passer par votre Normandie… 

Le Tour part de Lille et va passer par Caen. Il va rejoindre la Bretagne et va redescendre. On va retrouver un tracé que les gens apprécient. Le Tour 2024 est parti de l’étranger (Italie), en 2026 ce sera de Barcelone. En 5 éditions, 4 sont parties de l’étranger (Copenhague, Bilbao, Florence et Barcelone, Ndlr). C’est compliqué pour un organisateur de ne pas accepter l’internationalisation. C’est le business. On va où il y a de l’argent, Mais les purs et durs ont vraiment envie que le Tour reste en France. C’est le patrimoine français.

“Complètement Barteau ! Ma vie de vélo en 100 histoires épiques” (aux éditons Solar)

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