lundi 4 mars 2024

107ème Giro : Tadej Pogacar imbattable ?

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

La présence de Pogacar et son ambition de faire le doublé Giro-Tour, offrent une dimension particulière à cette 107ème édition au parcours taillé pour le Slovène, comme il l’avait été pour Evenepoel l’an passé…

Le Giro peut-il échapper à Pogacar ?

« Le parcours n’a pas été conçu pour Pogacar, nous avons simplement changé notre philosophie sur la façon dont nous concevons le parcours du Giro. Et, effectivement, cela lui laisse la possibilité de faire le doublé ». En forme d’aveu, cette déclaration de Mauricio Vegni, le directeur du Giro, ouvre en grand au champion slovène les portes d’un premier succès dans le Giro, et au-delà d’un doublé, et pourquoi pas d’un triplé qui ferait de lui un coureur unique. Pour avoir tenté, et manqué, le doublé, Contador le pense :

« Je suis certain que s’il gagne le Giro et le Tour, il ira aussi sur la Vuelta. » Pour le Giro, Bernard Hinault ne doute pas de sa victoire « eu égard à la concurrence et à ce qu’il a déjà montré sur le Tour. » La question n’est donc pas de savoir s’il va gagner le Giro, plutôt de s’interroger sur ses capacités à résister à Vingegaard sur le Tour…

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Quels sont les outsiders ?

Derrière le Slovène, ils sont nombreux à pouvoir prétendre, sinon gagner, au moins monter sur le podium. Même si Van Aert a déclaré ne pas jouer le général, les circonstances de course pourraient, peut-être, l’amener à avoir plus d’ambition surtout s’il peut compter sur le très prometteur Cian Uijtdebroeks.

Attention aussi à Giuilio Ciccone qui avait fait l’impasse en 2023 pour amener le maillot du meilleur grimpeur jusqu’à Paris sur le Tour. Chez Lidl-Trek, il pourra aussi compter sur le grimpeur espagnol Juan Pedro Lopez, 10ème en 2022 où il fut maillot rose pendant 10 jours. INEOS Grenadiers comptera sur Geraint Thomas, lui aussi en course pour le doublé Giro-Tour.

Deuxième l’an passé, après avoir été leader pendant dix jours, le Britannique de 37 ans sait qu’il s’agit certainement de sa dernière opportunité d’accrocher un second grand Tour à son palmarès. « Je veux me donner une nouvelle chance de gagner ». Chez BORA-hansgrohe, Daniel Martinez aura aussi un bon coup à jouer.

Depuis sa 5ème place en 2021, le Colombien n’est plus revenu sur un Giro dont le parcours est favorable à son profil tout terrain et deux chronos qui peuvent lui être favorables au sein d’une formation équilibrée avec, entre autres, Buchmann, Kämna, Van Poppel, Aleotti et Weslford. Si Damiano Caruso (Bahrain-Victorious) n’a plus 20… mais 37 ans, son ambition reste intacte après sa 2ème place en 2021 et sa 4ème l’an passé.

Si la présence de Romain Bardet devait se confirmer, elle le mettrait forcément parmi les hommes à suivre. 7ème en 2021, il était dans le coup en 2022 avant de devoir abandonner. Avec les Paret-Peintre au soutien chez Decathlon AG2R La Mondiale, et un Aurélien vainqueur d’étape l’an passé, si Ben O’Connor retrouve ses sensations du Tour 2021 (4ème), sa quatrième participation au Giro, où il ne fit jamais mieux que 20ème en 2020, pourrait être la bonne.

« S’il prend rapidement le maillot rose, van aert est capable de se prendre au jeu »

Les deux chronos peuvent-ils changer la donne ?

Le 10 mai, entre Foligno et Perugia (7ème étape) sur 37,2 km, le 18 mai, entre Castiglione delle Stiviere et Desenzano del Garda (14ème étape) sur 31 km, les deux chronos « sont de nature à faire le jeu d’un Van Aert, nous dit Yoann Offredo, consultant pour France Télévisions. Car s’il parvient à prendre le maillot rose, ce qui est envisageable dès le premier jour sur une étape pour puncheurs, avec le passage aux Strade Bianche (6ème étape entre Viareggio et Rapolano Terme, Ndlr) qui lui est aussi favorable, et même s’il a déclaré ne pas jouer le général, je le crois capable de se prendre au jeu. »

Le parcours est favorable à quel profil de coureur ?

Avec 70 kilomètres de contre-la-montre et 20% de dénivelé de moins que l’an passé, le parcours sera moins éprouvant… et peut-être plus spectaculaire. Avec des étapes de montagne difficiles placées juste avant les jours de repos, l’enchaînement de trois étapes montagneuses (15, 16 et 17) pour trois arrivées au sommet, à Livigno, Santa Cristina Vamgardena et au Passo del Brocon, placera-t-il pour autant un grimpeur en tête avant la grande explication finale, pour la 20ème et avant-dernière étape à Bassano del Grappa, après la terrible double ascension du Monte Grappa ?

« Pas forcément, analyse Alberto Contador, car plus que tout autre le Giro a le genre de terrain qui permet de faire des choses imprévisibles. » Il est donc dans l’adn du Tour d’Italie d’en faire une épreuve de trois semaines plus ouverte que les autres, où, surtout cette année, tous les profils auront la possibilité de s’exprimer et éventuellement de faire des différences. « Cette année, RCS a eu l’intelligence de placer beaucoup de difficultés, mais sans les enchaîner, ce qui peut permettre à certains profils, qui ne seraient pas de purs grimpeurs, de récupérer et de gérer leurs efforts différemment », poursuit Yoann Offredo.

Quelle est l’étape reine ?

Entre la double ascension du Monte Grappa lors de l’avant-dernière étape, et le sommet du Giro, lors de la 16ème étape, en haut du col du Stelvio, la question se pose pour déterminer la reine des étapes. Si les 20 km d’ascension jusqu’à la Cima Coppi à 1675 mètres d’altitude font partie de la légende du Giro, ils sont proposés en début d’étape et n’ont pas un caractère décisif même si la longue montée finale vers Castelrotto et Passo Pinei, avec des pentes à plus de 15% fera forcément des dégâts.

Un italien peut-il s’y imposer ?

Nibali est le dernier Italien à avoir gagné le Giro, en 2016, Caruso le dernier à être monté sur le podium (2ème en 2021, 4ème l’an passé). Le premier à la retraite, le second ne peut plus espérer, à 36 ans, redorer le blason « d’un cyclisme italien qui n’a pas encore produit un coureur capable de prendre la relève. Caruso est trop vieux, Ciccone ne jouera que le maillot du meilleur grimpeur… »

(Offredo), à l’instar des Français dans le Tour, les tifosi n’attendent pas d’exploits en 2024 ailleurs que dans les performances de Ganna pour les contre-la-montre, de Milan pour le maillot à points (vainqueur en 2023), de Ciccone donc pour les émotions en altitude, et de Bagioli ou Zana pour aller chercher une étape de baroudeurs. En attendant mieux, c’est déjà pas mal…

Pourquoi van aert ne joue-t-il pas le général ?

Tout simplement parce qu’il n’en a pas envie… et que les conditions pour qu’il ait cette ambition sont trop contraignantes pour son approche du métier. Parce qu’il se sait inférieur à Pogacar et à d’autres en montagne, il préfère viser les étapes que de tout sacrifier à une hypothétique place sur le podium qui ne changerait pas sa vie.

« M’ennuyer sur des stages en altitude et perdre encore deux kilos ne me tente pas ! » déclarait-il à un hebdo néerlandais en début d’année. Pour gagner en fraîcheur et être plus tonique sur le Giro, profiter pleinement de sa polyvalence, la mettre au service de ses rêves de victoires, il a modifié sa préparation, avec son nouvel entraîneur, Mathieu Heijboer. Moins présent sur les cyclo-cross de cet hiver, il espère l’être davantage sur les premières marches des podiums dès ce printemps après une année 2023 plus frustrante que décevante.

Alaphilippe a-t-il les moyens de jouer la gagne ?

« Julian a beau être double champion du monde, avoir gagné pas mal de Classiques, il arrive à un stade de sa carrière où il a envie de prouver qu’il peut encore être décisif. Qu’il peut encore le faire ! Ne serait-ce que par rapport à son manager qui attend plus de lui. »

Yoann Offredo croit encore au potentiel du puncheur de chez Soudal-Quick Step « qui a longtemps assumé, avec Pinot, la charge émotionnelle du coureur français capable de rivaliser avec les meilleurs. Maintenant que Pinot n’est plus-là, en attendant les Grégoire ou Martinez, il est tout seul. Il sort de deux saisons compliquées, il a encore du punch ; mais il avance aussi en âge (31 ans). Cette année 2024 est hyper importante pour lui. »

Selon ses performances sur les Classiques de printemps, sans Tour de France en perspective, en attendant les JO et les Mondiaux, éventuellement la Vuelta, cette première incursion en Italie, où il adore courir, sera cruciale. « Un peu comme Van Aert, s’il arrive à prendre le maillot rapidement, ça peut tout changer dans son esprit » et le mettre en mode Tour de France 2019.

La double ascension du monte grappa sera-t-elle décisive ?

« Cette 20ème étape a le profil du juge de paix, précise Offredo, à la conclusion d’une semaine de trois étapes dans les Dolomites. La double ascension du Monte Grappa est prometteuse. Il faut juste espérer que les coureurs n’attendent pas cette troisième semaine pour se livrer et s’observent avant. Auquel cas, ce serait favorable à un outsider, à Van Aert peut-être » ou à Alaphilippe, deux profils de puncheurs qui auraient la possibilité de jouer leur va-tout sur un dernier coup de bluff ?

Quel rôle pour les autres français ?

« En pleine possession de ses moyens physiques, je suis curieux de voir ce que peut donner Romain (Bardet) sur ce Giro, nous dit avec beaucoup d’espérance Yoann Offredo. Il est bien intégré maintenant dans cette équipe DSM et fait partie de ces coureurs à maturation tardive qui peuvent performer longtemps à l’image de Thomas, 2ème l’an passé à 36 ans. »

Avec le retrait de Pinot, et face à l’inconnue Alaphilippe, Bardet est le seul à pouvoir espérer un bon classement. S’ils s’y présentent, on suivra avec attention les jeunes de chez Arkéa-B&B Hotels, notamment Champoussin ou Vauquelin, inspirés par la victoire de Paret-Peintre l’an passé. Le coureur de Decathlon AG2R La Mondiale « est devenu une valeur sûre » qui sera peut-être accompagné par Benoit Cosnefroy qui a déclaré en fin d’année « ne pas avoir forcément envie de faire le Tour en 2024 » notamment pour mieux préparer les JO.

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