jeudi 23 mai 2024

Alaphilippe / Hirschi : le duel succulent entre puncheurs

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Eric Mendes
Eric Mendes
Journaliste

Avec six ans de plus et un palmarès largement en sa faveur. Le Français de 28 ans Julian Alaphilippe possède encore une marge sur son cadet. Mais la facilité avec laquelle la révélation suisse est entrée dans le cercle des meilleurs cyclistes mondiaux en 2020 témoigne d’un destin forcément hors norme. Et de poser les bases d’une des grandes rivalités du présent et du futur. L’élève face à son maître.

Julian Alaphilippe, le meilleur puncheur Français

PHYSIQUE : 8/10

Il a les caractéristiques physiques de son passé en cyclo-cross où il a pu travailler son endurance et une agilité largement au-dessus de la moyenne. Ce côté équilibriste qui le distingue des coureurs classiques. À l’instar d’un Van der Poel ou d’un Van Aert, le cyclo-cross lui a permis de gagner en confiance. En résistance et en capacité à reproduire les efforts. Sans être le plus puissant, cette polyvalence lui permet d’exister sur tous les terrains. Même ceux qui, a priori, ne sont pas naturellement faits pour lui, notamment les sprints ou la haute montagne.

MENTAL : 8/10

Il a l’état d’esprit d’un puncheur dans le sens où il ne manque jamais l’occasion de saisir une échappée, de l’initier, de prendre la course en mains pour la dynamiter, obliger les favoris à se livrer. Pour mieux les contrer. Mais là où il est parfois bluffant, c’est que sa mentalité de course n’a pas changé quand bien même il fait désormais partie des favoris.

Cette fraîcheur mentale, cet enthousiasme de junior, cette capacité à se relever vite de tous ses échecs sont peut-être ses qualités principales. Celles qui lui permettent de positiver tout le temps, d’avancer et de se projeter en permanence sur la course d’après. Cette envie de croquer dans toutes les courses avait inspiré cette réflexion à Eddy Merckx pendant le Tour 2019 : « Il y a du Merckx chez Alaphilippe !»  

EXPÉRIENCE : 9/10

Depuis sept ans et sa première saison professionnelle, il n’a jamais cessé de monter en régime. Et d’ajouter, saison après saison, de nouvelles flèches à son arc. D’abord catalogué puncheur et rouleur, il a su étoffer son registre en démontrant de réelles capacités en montagne. Cette progression toujours en cours lui a permis de participer à toutes les grandes épreuves avec l’ambition de les gagner toutes, ou presque. Le titre mondial en 2020, la Flèche wallonne en 2018 et 2019, la

Classique San Sebastian en 2018, Milan-San Remo et la Strade Bianche en 2019, le maillot du meilleur grimpeur du Tour en 2018, cinq étapes du Tour, une étape de la Vuelta et une ribambelle de places d’honneur pour Liège-Bastogne-Liège (2ème, 4ème et 5ème), pour Milan-San Remo (3ème et 2ème), pour l’Amstel Gold Race (4ème), le Tour de Lombardie (2ème)… jusqu’aux JO de 2016 (4ème). Seuls le Giro et ParisRoubaix manquent à sa panoplie…

MARGE DE PROGRESSION : 8/10

La patience, la concentration… « peut-être ses deux défauts principaux»  avoue son entraîneur et cousin Franck Alaphilippe. La capacité à gérer ses efforts et à suivre jusqu’au bout une tactique de course. Voilà où se situent principalement les axes de travail et donc de progression du champion du monde. Si son profil psychologique convient parfaitement aux courses d’un jour, il le fragilise sur les grands Tours.

Pour espérer en gagner un, il va lui falloir devenir plus rationnel, plus calculateur, ce qui devrait aussi lui permettre d’éviter les petites bêtises aux grandes conséquences. Comme son ravitaillement hors-zone qui lui coûta le maillot jaune. Son sprint irrégulier et sa joie trop précoce lors du dernier LiègeBastogne-Liège ou sa chute dans le Tour des Flandres. À 28 ans, il est prêt pour franchir un cap supplémentaire… et intégrer le cercle très fermé des vainqueurs de grands Tours.

TOTAL : 33/40

Marc Hirschi plus fort que Julian Alaphilippe ?

PHYSIQUE : 7/10

« Mes muscles ne sont pas encore assez puissants pour grimper en position assise, cela prend du temps ».  Obligé de se mettre en danseuse, une position très « énergivore»  et qui nécessite de la force pour être vraiment efficace. Hirschi se sait encore perfectible dès que la route monte.

Sans aller sur les cols des grands Tours, qu’il a découverts cet été, il a perdu beaucoup d’énergie dans les courses d’un jour pour suivre les meilleurs dans les côtes. Une énergie qui lui a fait défaut notamment dans le final des derniers Mondiaux où Alaphilippe et Van Aert l’ont devancé.

De petit gabarit (1m74), le Suisse tire sa force de sa vélocité et d’une agilité qu’il a lui aussi travaillée pendant ses années de jeunesse sur les VTT et les compétitions de cyclo-cross. Mais aussi dans la course à l’américaine dont il fut champion de Suisse en 2016 à 18 ans.

MENTAL : 9/10

Son panache, manifesté sans relâche lors du dernier Tour de France, son premier grand Tour, rappelle celui d’Alaphilippe. Car, après deux tentatives infructueuses, et énormément d’énergie déployée en vain, beaucoup auraient rangé les armes en considérant que leur chance était passée. Pas le genre de la maison suisse qui a remis ça. Inlassablement, dès que la possibilité lui était offerte de faire des écarts. Et d’être récompensé avec une première victoire d’étape qui en appelle évidemment d’autres. Sur le Tour et ailleurs.

EXPÉRIENCE : 7/10

Avant 2019, il n’en avait aucune, ou presque, au niveau pro. Ses faits d’armes remontaient à 2018 avec un double titre de champion d’Europe et champion du monde espoirs. Mais, dès ses premières incursions dans la cour des grands, il ne tarda pas à s’y affirmer. 3ème de la Classique San Sebastian, 5ème du BinckBank Tour et 2ème du championnat de Suisse de contre-la-montre… jusqu’à son entrée fracassante dans le Tour 2020.

Dont il fut l’un des principaux animateurs avec une étape à son actif et le prix de la combativité. La Fèche Wallonne, le plus jeune à s’imposer depuis 1936 et le premier depuis Merckx à gagner lors de sa première participation. Une deuxième place de Liège-Bastogne-Liège et le podium des championnats du monde confirmaient son potentiel de vainqueur et le plaçaient déjà, à 22 ans, parmi les meilleurs.

MARGE DE PROGRESSION : 9/10

Elu coureur suisse de l’année 2020, à 22 ans, la précocité de Marc Hirschi le prédispose à régner longtemps sur le cyclisme de son pays. Il suit la voie de son agent et modèle, son compatriote Fabian Cancellara. Héritier d’un cyclisme qui se rapproche de celui d’un Philippe Gilbert, le nouveau coéquipier de Pogacar chez UAE Team Emirates. Il a démontré tellement de facilité dans les rares classiques qu’il a pu disputer qu’il n’est pas exagéré de lui prédire un avenir XXL.

Notamment dans les courses d’un jour, les Classiques ardennaises surtout, qui correspondent parfaitement à son profil de puncheur. L’ancien champion du monde italien, Giuseppe Saronni, le décrit ainsi : « Il n’est pas encore du standing d’un Alaphilippe. Mais il appartient à un groupe de jeunes coureurs de demain, les futurs grands tels Evenepoel, Van der Poel…»  

TOTAL : 32/40

Alaphilippe – Hirschi qui l’emporte ?

S’il n’a pas encore atteint le niveau d’Alaphilippe, Hirschi fait déjà presque jeu égal. Hirschi semble avoir le potentiel pour rejoindre le Français assez rapidement dans à peu près tous les domaines.

Pour peu qu’il parvienne à gagner en puissance. Son intelligence de course et son mental d’attaquant en feraient même presque l’héritier naturel du champion du monde. En attendant une éventuelle passation de pouvoir, Alaphilippe conserve encore une marge. Le Français serait bien inspiré de rapidement l’exploiter. Car le potentiel de son challenger suisse semble sans limites, et même supérieur en sprint.

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