vendredi 14 juin 2024

Amandine Leynaud : « Si je peux aider Bourg de Péage, je le ferais »

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Jean-Marc Azzola
Jean-Marc Azzola
Journaliste

C’est une « Doudou » sereine, lucide, apaisée, Amandine Leynaud s’apprête à raccrocher à 36 ans. La gardienne de Györ revient sur les grands moments de sa carrière au palmarès incomparable et évoque ses nouveaux projets.

Est-ce bien votre dernière saison en tant que joueuse ?

Absolument. Je prends ma retraite sportive définitive à la fin de cette saison.

Vraiment ?

(sourire) Il faut laisser la place aux jeunes. C’est important (sourire). J’ai 36 ans. J’ai l’impression d’avoir accompli ce que je devais faire. C’est la fin et le début d’une nouvelle vie.

Pourquoi est-ce le bon moment pour arrêter ?

C’était une décision très dure à prendre, mais j’ai compris que c’était le bon moment pour moi après presque 20 ans au plus haut niveau. J’avais envie de pouvoir décider quand j’arrête. J’espère arrêter à mon pic. C’est une décision qui se prend sur plusieurs années. Je suis en paix avec cette décision.

De quoi êtes-vous la plus fière au moment d’arrêter votre carrière ?

On me pose souvent cette question. On me répète que je suis la plus titrée du handball féminin. Les médailles restent évidemment quelque chose d’extraordinaire, surtout quand tu t’entraînes au quotidien depuis des années, que parfois tu souffres beaucoup.

Mais ce qui me rend particulièrement fière est d’avoir su toujours me remettre en question, d’avoir eu une carrière aussi longue et intense, de m’être mise en danger à certains moments tout en gardant toujours le positif, d’avoir fait des rencontres fabuleuses qui m’ont faite grandir et évoluer, d’avoir vécu aussi à l’étranger, d’apprendre d’autres langues et m’imprégner d’autres cultures. Tout cela m’a permis de devenir ce que je suis en tant que joueuse et femme.

« J’ai toujours su me remettre en question »

A quel moment avez-vous senti que vous alliez devenir une grande joueuse ?

Je ne savais même pas que je pouvais être professionnelle ! Tu rencontres une personne, un entraîneur, qui te disent que tu as les capacités pour. Il faut aussi un peu de chance, être accompagnée des bonnes personnes au bon moment. Il faut également savoir faire de bons choix de clubs, d’entraîneurs, te permettant d’évoluer. L’assiduité, le sérieux, le travail sont forcément essentiels aussi. Cela demande beaucoup de sacrifices au quotidien surtout quand tu es jeune pour atteindre le haut niveau.

De nature très discrète, comment avez-vous gardé perpétuellement cette mentalité de gagneuse ?

Je suis quelqu’un qui me nourrit beaucoup des rencontres que je fais, des gens qui m’entourent. Elles me font progresser, sur les terrains et dans la vie. Il faut constamment apprendre. Et cet esprit-là je l’ai depuis toute petite. Je voulais toujours gagner. Les jeux où je savais que je ne gagnerai pas je n’y jouais pas. Quand tu es sportif de haut niveau, tu peux rêver de médailles. J’ai eu la chance de toutes les avoir. Mais tu dois impérativement te remettre en question. Tu ne peux pas toujours tout gagner. Il y a plein de joueuses et joueurs extraordinaires qui n’ont jamais rien gagné. Face à l’échec, tu évolues énormément.

Quel a été le moment le plus fort de votre carrière ?

Il y en a eu tellement ! Mon dernier titre olympique (à Tokyo, Ndlr) est un peu la consécration ultime dont tout sportif rêve d’avoir. Arrêter ma carrière internationale à ce moment-là, cela a été très dur émotionnellement. Cette médaille a été très compliquée à accrocher. L’autre grand souvenir a été ma première médaille en or avec l’équipe de France. Il y a eu aussi le Championnat d’Europe en France devant le public (en 2018, Ndlr). Mais la première fois où tu es championne du monde (2017, Ndlr) après autant d’années, après avoir été deux fois vice-championne du monde (2009 et 2011, Ndlr), après avoir vécu des bas très pénibles, cela reste incontestablement un de mes meilleurs souvenirs. Tu te dis enfin que toutes ces années d’efforts sont récompensées.

Amandine Leynaud et la tentation Bourg de Péage

Quel a été le moment le plus triste ?

Il y a eu plus souvent des regrets que des médailles (sourire). Il y en a beaucoup de ces moments où tu as ce ressenti d’être à deux doigts de réaliser quelque chose d’exceptionnel. Aux JO de Londres par exemple (2012, Ndlr), on avait survolé toutes les phases de poule. En quarts (contre le Monténégro, Ndlr) on mène de 7 buts, et on perd à la dernière seconde. Mais c’est parce que j’en suis à ce point de ma carrière où j’ai pris autant de recul que je me dis que ce genre de déception m’a permis ensuite de gagner les médailles derrière.

Comment voyez-vous l’équipe de France avancer et notamment à votre poste ?

On a de très bonnes gardiennes. Elles sont là depuis un moment. Que ce soit Cléo (Darleux) ou Laura (Glauser). Je suis fière et chanceuse d’avoir vécu tout cela avec elles. Elles ont prouvé qu’en duo cela fonctionnait très bien. Des jeunes arrivent aussi. J’ai essayé de transmettre certaines choses. Je note que cela continue de bien fonctionner avec des joueuses différentes. J’ai récemment vibré à fond derrière elles. Je sais à quel point elles ont fait beaucoup d’efforts et de sacrifices pour avoir cette médaille (argent au Mondial en Espagne, Ndlr) en décembre.

Votre nom a été annoncé du côté de Bourg de Péage. Dans quel rôle ?

Je n’ai jamais caché mon attachement à Bourg de Péage. C’est un club qui m’a formée. Je compte rentrer vivre en Ardèche, retourner aux sources. C’est un club qui est proche de chez moi. Si je peux les aider, je le ferai. Je vais passer mon été tranquille à me reposer et me ressourcer. Après, il sera temps de se positionner pour de nouveaux challenges. On verra à ce moment-là.

Un club de Bourg de Péage qui traverse pas mal de difficultés financières…

Aujourd’hui, il y a des repreneurs dont Greg Anquetil. En tant qu’ancienne joueuse, j’ai été contactée. Je suis toujours restée proche et en contact avec ce club. C’est un club qui m’est cher. Il est familial. Cette année, cette équipe a même réalisé de belles performances. Je suis originaire de cette région. Je suis attachée à ce club. J’espère qu’ils réussiront encore à grandir.

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