samedi 13 avril 2024

Analyse : le Tour de France promis à un grimpeur ?

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Les caractéristiques du départ du Tour 2023, depuis Bilbao, vont obliger les favoris à être prêts dès les premiers coups de pédales pour sortir de l’exigeant paysage basque sans encombres. Rarement entrée en matière aura été aussi difficile dans les Pyrénées avant ensuite un enchainement Massif central, Jura, Alpes et Vosges démoniaque, 30 cols (un record) et seulement 22 km de chrono, qui ne pourra couronner qu’un grimpeur ou un grand, un très grand puncheur.

Pour retarder encore un peu l’irruption du nouveau phénomène du peloton mondial sur le Tour, les organisateurs pouvaient difficilement proposer parcours plus difficile à Remco Evenepoel. Si le champion du monde avait finalement décidé d’avancer d’un an sa découverte de la Grande Boucle avec l’ambition de l’apprivoiser, il aurait fait preuve d’une confiance peut-être un peu présomptueuse en ses capacités.

Certes, ses limites ne sont pas encore clairement déterminées, et la manière avec laquelle il a gagné la Vuelta a été impressionnante, mais la concurrence autant que les difficultés en montagne qui s’annoncent à partir du 1er juillet sont d’un tout autre calibre.

Les 3000 mètres de dénivelé positif autour de Bilbao pour les trois premières étapes, les Pyrénées avec le Soulor, Ichère, Marie Blanque dès la 5ème étape, Aspin, le Tourmalet, la montée vers Cauterets-Cambasque dans la foulée, puis le Puy de Dôme (9ème étape, voir encadré) proposent une première semaine potentiellement explosive.

Une deuxième semaine à la montagne pour le Tour de France 2023

La deuxième semaine l’est à peine moins avec le Grand Colombier (où Pogacar avait lâché Bernal en 2020) dans le Jura puis avant les Vosges, cinquième massif au menu avec le Ballon d’Alsace, le Petit Ballon et Platzerwasel pour mieux dévaler sur Paris -, les Alpes, en guise de plat de résistance, avec 13 des 30 cols, un record.

Jamais la Grande Boucle n’en avait proposé autant. Alors que les organismes seront déjà largement entamés, qu’une première hiérarchie aura forcément été effectuée… tout restera encore à faire au matin du 15 juillet au départ d’Annemasse vers Morzine. Même sans les mythiques Alpe d’Huez ou Galibier,

le col du Feu, la Ramaz, Joux Plane, la Forclaz de Montmin, la Croix Fry ou le Bettex amèneront ceux qui restent vers l’étape reine de ce Tour 2023, la 17ème entre Saint Gervais et Courchevel, avec ses 5100 mètres de dénivelé positif en escaladant les cols des Saisies, du Cormet de Roselend, de la Loze (le toit du Tour à 2304 mètres d’altitude), la côte de Longefoy…

Prudhomme : « Le Tour est plus fait pour les puncheurs »

Pire, avec un mini chrono de 22 km à se mettre sous la dent, les rouleurs auront d’autant moins de place pour compenser les éventuelles pertes qu’ils devront aussi se farcir la célèbre côte de Domancy (2,5 km à 9,4 %).

Si, malgré tout, Evenepoel avait quand même décidé d’y aller pour gagner, c’est soit qu’il était encore plus fort qu’on le pense, soit qu’il sous-estimait, non seulement la nature exceptionnelle de l’effort à accomplir sur trois semaines pleines et intenses, avec deux jours de repos (10 et 17 juillet) et des ascensions prévues encore lors de l’avant-dernière étape entre Belfort et Le Markstein dans les Vosges, mais aussi qu’il faisait fi de la concurrence.

Pogacar, Vingegaard et Roglic sûrement, Van Aert, Bernal, Carapaz, Bardet, Thomas et Gaudu, les outsiders se confondent avec l’immense favori que devrait être le Slovène revanchard. Pour Evenepoel, c’eut été autre chose que Mas, Ayuso, Lopez ou Almeida, ses challengers lors d’une dernière Vuelta qui en a fait un potentiel vainqueur du Tour.

Pas forcément celui de 2023 même si, au même âge (23 ans), Bernal et Pogacar avaient déjà amené le maillot jaune jusqu’à Paris, mais avec un parcours nettement moins compliqué.

Le Tour de France a pris l’habitude de partir de l’étranger

Car, en choisissant Bilbao, après Brest et Copenhague, pour le deuxième grand départ d’Espagne, 31 ans après le premier, en 1992 depuis San Sebastian, les organisateurs souhaitaient n’escamoter aucun grand massif, tout en se défendant de privilégier la montagne donc la possibilité de voir un grimpeur s’imposer à Paris.

« Nous ne dessinons jamais un parcours pour favoriser tel ou tel coureur, déclarait Christian Prudhomme au moment de la révélation du tracé en octobre. Par contre, je confirme que le Tour est plus fait pour des puncheurs car nous avons une génération exceptionnelle de ce type de coureurs. »

Des puncheurs capables de résister de plus en plus longtemps en montagne face aux vrais grimpeurs au point de les devancer parfois, de plus en plus souvent. Ainsi de Pogacar, Roglic, Bernal, Van Aert, Alaphilippe et donc sans Evenepoel qui a fait du Giro sa priorité en 2023.

UAE Team Emirates, le grand favori

Mais avec la volonté farouche de ne pas laisser la main aux Jumbo Visma ou aux UAE Emirates renforcés par Adam Yates, de ne pas laisser à David Gaudu le soin de se rapprocher de son rêve d’enfant « Depuis que je cours le Tour, il s’agit du parcours qui me plait le plus, avec beaucoup de montagne et un chrono en bosse » -, de ne pas offrir à Bardet l’opportunité qu’il attend depuis si longtemps.

Lui qui se prépare à « vivre un Tour très spécial avec un parcours enthousiasmant et une physionomie de course inédite. Aussi peu de chronos avec une entame aussi musclée, je n’ai jamais vu ça. C’est la première semaine d’un grand Tour la plus difficile de l’histoire ! » Pas le meilleur moment pour Remco de faire son entrée en scène…

Tom Boissy

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