jeudi 29 septembre 2022

Bernard Vallet : « Je croyais beaucoup en Pinot, mais il est fragile dans sa tête »

À lire

Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

A 67 ans, Bernard Vallet l’un des derniers vainqueurs de Bordeaux-Paris (1987) est rentré chez lui, dans la Drôme, où il jouit d’une retraite active après avoir été directeur sportif, organisateur et chef d’entreprise. Peut-être parce qu’il a été, lui aussi, meilleur grimpeur sur le Tour, il croit en Alaphilippe.

Qu’avez-vous fait après avoir raccroché le vélo en 1987 ?

J’ai d’abord été directeur sportif pendant trois ans chez RMO, avec Charly Mottet, première équipe mondiale, puis pour la dernière année de Toshiba aux côtés de Bernard Tapie. Malheureusement, nous n’avons pas pu trouver de repreneurs alors que nous avions une belle équipe avec Jalabert, Gayant, Rominger…

Les années 90 ont été terribles pour le cyclisme français. Il ne faut pas oublier qu’il n’y avait que quatre équipes françaises sur le circuit (…) J’intervenais aussi sur les épreuves organisées par ASO quand le PDG du Dauphiné Libéré m’a proposé de racheter le plus gros dépôt de presse de la Drôme.

Un changement radical de trajectoire !

Effectivement. Dépositaire central à Valence, j’étais chargé d’alimenter plus de 220 revendeurs, bureaux de tabac, grandes surfaces… partout où on vendait le Dauphiné. Avec mes quatre salariés, nous faisions 900 km de tournée tous les matins, 7 jours sur 7, tous les jours de l’année sauf le 1er mai.

J’ai bossé comme un fou à dormir quatre heures par nuit pendant 19 ans. D’un tempérament plutôt bouillant, ça m’a plu, mais c’était usant. Lorsque j’ai revendu l’affaire en 1997, j’ai créé une société de communication et d’événementiel dans laquelle j’interviens encore aujourd’hui, notamment sur l’Ardéchoise, où j’organise un village VIP tous les ans au service d’entreprises partenaires que je dois démarcher. C’est du boulot, mais je ne pourrais pas rester sans rien faire.

« Dans ma vie de cycliste amateur et pro, j’ai fait 900 000 km ! Pour tous ceux qui me demandent pourquoi je n’enfourche plus le vélo ! »

De votre carrière, quels souvenirs marquants conservez-vous ?

Mon maillot à pois sur le Tour en 1982 d’abord. Je l’avais pris à Bâle au départ pour l’amener à Paris, sans jamais le lâcher, en me battant tous les jours comme un chien pour le garder alors que je n’avais, a priori, pas le profil pour ça. Malgré tout, ce n’est pas un maillot au rabais que j’aurais pu gagner en me contentant des difficultés secondaires. Non, j’ai passé tous les grands cols des Pyrénées et des Alpes aux avant-postes.

C’est une fierté pour le pistard que j’étais l’hiver et qui ne m’a pas empêché de gagner 56 Six jours à travers le monde. Je n’oublie pas non plus mes dix championnats du monde, dont le plus beau à Sallanches en 1980 quand Hinault gagne et que je suis le dernier de l’équipe à l’accompagner, parce que la stratégie avait été ainsi établie. Ma victoire dans Bordeaux-Paris en 1987 est un autre moment fort, ne serait-ce que pour la sensation de ne plus pouvoir marcher à l’arrivée à Paris après 620 bornes…

Que pensez-vous du cyclisme d’aujourd’hui ?

Il a beaucoup évolué et en bien. A notre époque, on avait 170 jours de courses et 45 000 km par an, en enchaînant le Giro, le Tour, et en étant en permanence dans l’obligation d’être performant pour gagner sa place d’une épreuve à l’autre. Aujourd’hui, un coureur se concentre sur quelques courses et prend le temps de bien s’y préparer. Nous n’avions pas ce luxe et c’est d’ailleurs pour ça que, quand j’ai arrêté, je n’ai plus beaucoup roulé. J’ai tout compté, tout marqué… dans ma vie de cycliste amateur et pro, j’ai fait 900 000 km ! Pour tous ceux qui me demandent pourquoi je n’enfourche plus le vélo (rires) !

Bernard Vallet pense qu’Alaphilippe ou Gaudu ont les qualités pour succéder à Hinault

Vous êtes d’une génération qui a connu le cyclisme français au top, voyez-vous poindre le successeur de Fignon ou d’Hinault à l’horizon ?

Demandez donc aux Belges combien de temps ils ont dû patienter après Merckx avant de voir émerger les Van Aert, Evenepoel, Van der Poel (né en Belgique mais de nationalité néerlandaise)… Des Hinault ou des Fignon, il n’en existe qu’un tous les trente ou quarante ans.

Je croyais beaucoup en Pinot, il n’a pas été chanceux et, à mon avis, il est un peu fragile dans sa tête. Gaudu a des qualités et sera peut-être l’heureux élu, mais à condition de progresser dans le contre-la montre.

Et Alaphilippe ?

Il a toutes les qualités requises… à condition d’en être persuadé et, surtout, d’avoir une équipe autour de lui pour ça. Pour le moment, ces deux conditions ne me semblent pas réunies. Mais le jour où elles le seront, où il en fera une priorité, il n’a aucun complexe à faire.

Retrouvez cet entretien dans son intégralité dans Cyclisme magazine, en vente ici ou chez votre marchand de journaux

spot_img

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Actu

spot_img
spot_img

À lire aussi