jeudi 23 septembre 2021

Clément Venturini : « Le cyclo-cross est encore trop délaissé »

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Jean-Marc Azzola
Journaliste

Le quadruple champion de France Clément Venturini (2017, 2019, 2020, 2021), coureur chez AG2R Citroën, relate à la fois sa satisfaction face au succès, mais aussi les embûches inhérentes à cette discipline.

Pouvez-vous nous parler de cette joie de devenir champion de France de cyclo-cross pour la 4ème fois ?
Chaque titre a sa saveur. Le premier a été forcément particulier. Mais je savoure beaucoup le dernier aussi (le 3ème de suite). Chaque succès n’est pas acquis de la même façon. C’est à chaque fois une grande joie et un pari personnel, du fait surtout que je fais assez peu de cyclocross. Ce n’est donc jamais une garantie absolue au départ pour la gagne.

Peut-on comparer la satisfaction avec une victoire sur route ?

C’est complètement différent. J’ai connu davantage de jours très heureux en cyclo-cross par mes victoires que sur la route. Les joies de succès sur route sont donc démultipliées car il n’y en a pas beaucoup.

Un très bon spécialiste de cyclo-cross fait-il forcément un bon coureur sur route et vice-versa ?

Présentons les choses différemment. Un athlète qui est bon dans sa discipline a des qualités. En cyclisme, d’une discipline à l’autre, il se sert de son bagage. Un spécialiste de VTT, c’est pareil. Mais on en parle moins. Dans cette branche, certains ont bien réussi sur route aussi. Ceux qui font de l’endurance, on peut les comparer aux routiers.

Un cyclocrossman capable de faire une heure d’intensité à fond, avec un minimum d’endurance, peut fournir aussi ces efforts en fin de course et donc briller. Le cyclo-cross est devenu le sujet à la mode notamment grâce à Mathieu et Wout qui mettent cette discipline en lumière.

Clément Venturini fin connaisseur de Van der Poel

Quels bénéfices sur route retire-t-on du cyclocross ?

De l’agilité et de la tonicité. L’effort est très intense. Les relances sur le circuit sont très nombreuses. On travaille cette fibre rapide qui peut servir dans un final de course quand cela attaque.

Faudrait-il encore davantage développer le cyclo-cross en France pour faire émerger de futurs champions ?

Il y a encore du travail à faire à ce niveau. Le cyclo-cross reste assez délaissé par les équipes professionnelles. J’ai la chance d’avoir l’accord de Vincent (Lavenu) pour en faire quelques-uns l’hiver. Si la volonté d’une équipe est là, tout est possible. Mais, globalement, ce n’est pas la priorité des équipes françaises.

Pourquoi ?

Notamment car le calendrier sur route est très chargé. Cela réclame du staff, des demandes matérielles, logistiques aussi. Il faudrait vraiment qu’une équipe retrouve un intérêt derrière tout cela pour en venir à sacrifier un ou deux coureurs.

Les réussites de Van Aert et Van der Poel ne peuvent-elles pas changer les mentalités chez les formations françaises ?

J’ai quand même l’impression que cela a un peu évolué ces dernières années.

« Le cyclo-cross ne crame pas pour la saison sur route »

Est-ce que cela va vraiment bouger ?

Je ne sais pas. Mais il y a déjà une prise de conscience. Faire du cyclo-cross l’hiver ne crame pas pour la saison sur route comme on a pu souvent l’entendre. Après, on reste un sport professionnel. Du coup, il faut un retour là-dessus aussi. Tant qu’il n’y aura pas de sponsors importants, on aura du mal à avoir des coureurs d’équipes françaises professionnelles sur une ligne de départ de cyclo-cross en France.

Notre pays est quand même assez grand aussi. Donc cela implique des déplacements et un coût. C’est une logistique et un calendrier à mettre en place. Pour nos voisins belges, c’est plus simple. En une heure de temps on a traversé le pays. Les coureurs de cyclo-cross dorment souvent chez eux lors des courses proches de leur domicile. Cela facilite les choses.

Comment comprendre aussi que le cyclo-cross ne soit pas une discipline olympique ?

C’est aussi pour cela qu’elle a du mal à émerger. Il y a eu des pétitions à l’UCI, mais on n’est à ce point aujourd’hui. Je peux juste dire que c’est dommage, mais je ne peux l’expliquer.

Un dernier mot sur Mathieu Van der Poel…

On parle là d’un phénomène. Comme peu de générations peuvent en avoir. Je connais Mathieu depuis l’âge de 16 ans. Je suis fier de faire partie de sa génération. Il met la barre tellement haute. Techniquement et physiquement, c’est hyper costaud. Sur un vélo, il est hors-norme.

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