lundi 4 mars 2024

Van der Poel : « Mon grand-père est une source d’inspiration »

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Jean-Marc Azzola
Jean-Marc Azzola
Journaliste

Le petit-fils de Raymond Poulidor, fils d’Adrie Van der Poel (46 victoires dont le Tour des Flandres (1986), Liège-Bastogne-Liège (1988), l’Amstel Gold Race (1990), et 2 étapes du Tour en 1987 et 1988), à l’aise sur tous les terrains, est déjà un phénomène qui s’apprête à vivre, à 26 ans, son premier Tour de France, son premier grand Tour.

Quel premier bilan faites-vous de ce début de saison ?

Je n’ai pas chômé ! Il y a eu aussi le cyclo-cross. Même si ce programme relève d’une période assez courte, cela s’apparente déjà à une longue saison. Ces premiers mois peuvent se résumer en deux mots : courts et intenses ! J’ai connu un début de saison assez satisfaisant (4 victoires, Ndlr). Mais j’avoue avoir ressenti un petit coup de moins bien après les classiques italiennes. J’étais un peu fatigué.

« Ce serait chouette de remporter Milan-San Remo »

Vous avez gagné le Tour des Flandres (2020), l’Amstel Gold Race (2019), A Travers les Flandres (2019), les Strade Bianche (2021), mais Milan-San Remo semble vous poser problème (13ème en 2020, 5ème en 2021).

Ce serait chouette de la remporter un jour. Pour y parvenir, il faut savoir faire preuve de patience et avoir un grand sens d’adaptation. Ce n’est pas non plus ma course préférée car c’est une épreuve fermée. Je m’ennuie lors des 150 premiers kilomètres. Il faut veiller à ne pas s’endormir. Je regarde autour de moi, je discute…

Il faut attendre de se retrouver dans le Poggio la plupart du temps pour que les choses se décantent. Ce moment de la course est un passage difficile. Mais il est compliqué aussi d’y faire de gros écarts. A la fin, c’est souvent le plus costaud et le plus rapide quand même qui gagne. Les jambes finissent toujours par parler. Ce n’est pas ma course de prédilection, mais cela reste une épreuve historique.

Je reste assez lucide pour comprendre que si je ne gagne pas une course, j’aurai du temps encore devant moi dans ma carrière pour pouvoir le faire. Mais, dans le même temps, je suis aussi assez réaliste pour comprendre que des courses m’échapperont tout au long de ma carrière.

Comment rechargez-vous les batteries entre les courses ?

J’ai quelques hobbies qui me permettent de le faire, mais ils ne sont pas évidents à pratiquer quand la saison bat son plein. Je veux surtout parler de ma passion pour le motocross. Alors, quand je le peux, j’essaie d’évacuer le stress en conduisant ma moto.

Et comment gérez-vous la tension avant de prendre le départ d’une course ?
J’aime beaucoup discuter avec mes équipiers. Je suis aussi quelqu’un qui aime regarder des séries ou jouer sur la console. Cela me détend et me permet de ne pas trop penser à la course.

Van Der Poel adore la discute avec ses équipiers

Quel est votre programme désormais ?

Je voulais couper une à deux semaines après le Tour des Flandres. J’enchaîne ensuite sur du mountain-bike avant de faire un stage dans la perspective du Tour de Suisse, du Tour de France avant de penser aux Jeux Olympiques.

L’an dernier, le Tour de France a donné lieu à un spectacle fantastique. Pensezvous qu’il sera plus dur cette année ?

On connaît les forces en présence. Mais il y aura probablement davantage de favoris qu’on peut l’imaginer.

N’avez-vous pas d’appréhension à l’idée de disputer une course de trois semaines pour la première fois de votre carrière ?

Me retrouver dans une configuration de course aussi longue risque d’être étrange, c’est certain. On verra bien comment les choses se passeront pendant la Grande Boucle.

On parle beaucoup des duels à distance entre vous, Wout Van Aert et Julian Alaphilippe. Trouvez-vous que le niveau s’équilibre ?

Tous les trois, on a commencé assez fort en début de saison. Julian et moi, on a été un peu derrière ensuite. Le plus fort s’imposera dans la durée.

Quel regard portez-vous sur le coureur Julian Alaphlippe ?

Tout le monde connaît l’immense potentiel de Julian. Il est peut-être jusqu’à maintenant un tout petit peu moins impressionnant qu’il ne l’était l’an dernier à la même époque. Avoir un maillot de champion du monde sur les épaules n’est pas non plus évident à porter. Mais, avec lui, on le sait capable de retrouver très vite un niveau très élevé. Je n’ai aucun doute là-dessus.

« Je fais du motocross pour évacuer le stress »

Quel autre coureur considérez-vous comme une menace évidente pour vous ?

Michael Matthews reste à mes yeux un coureur très dangereux, excessivement rapide. Il va être à surveiller tout au long de la saison.

Que vous inspire le profil si différent d’un Egan Bernal ?

La Colombie regorge de grands champions en montagne. Egan Bernal en est un. Mais je dois avouer qu’il m’a pas mal étonné dernièrement sur les Strade Bianche (il a fini 3ème de la course, Ndlr). Cela démontre bien qu’il peut être tout à fait à son aise sur les classiques ardennaises aussi. C’est à retenir pour le futur.

Votre grand-père demeure-t-il une source d’inspiration pour vous ?

Il a toujours été pour moi une grande source d’inspiration. Il me suivra tout au long de ma carrière sur le vélo, c’est une certitude.

Pensez-vous être déjà rentré dans l’histoire du cyclisme ? Ce n’est pas à moi de le dire. Je laisse ce genre de considération aux observateurs (sourire).

Un premier tour à 26 ans comme Poupou

Du 26 juin au 18 juillet, Mathieu Van der Poel va découvrir le Tour de France, qui a fait la légende de son grand-père Raymond Poulidor (7 victoires d’étapes, 2ème en 1964, 1965 et 1974, 3ème en 1962, 1966, 1969, 1972 et 1976) :

« L’idée est de terminer le Tour de France. Mais si mon entraîneur me dit que cela risque d’hypothéquer mes chances pour les Jeux, j’envisagerai alors d’abandonner avant la dernière semaine, lors de la deuxième journée de repos par exemple. Les Jeux sont plus importants pour moi cette année que le Tour de France. J’ai d’ailleurs prévu un stage de préparation spécifique de VTT à Livigno avant le départ du Tour de France. C’est là que je prends le plus de plaisir. Je m’amuse vraiment à l’entraînement. Je retrouve des sensations que je ne retrouve pas en compétition ».

26 ans et premier Tour pour Van Der Poel

Si le natif de Kapellen au nord d’Anvers, quadruple champion du monde de cyclo-cross (2015, 2019, 2020, 2021), n’essaiera donc pas de jouer une place pour le général lors de son baptême du feu sur la Grande Boucle, le coureur d’AlpecinFenix se démènera par contre pour essayer d’enlever une victoire d’étape car le dernier vainqueur des Strade Bianche (devant Alaphilippe et Bernal) veut incontestablement marquer l’histoire.

60 ans après son grand-père, il rêvait de gagner Milan-San Remo. Manqué puisque le Néerlandais de 26 ans a fini 5ème de la Primavera (derrière Stuyven, Ewan, Van Aert et Sagan). 26 ans, clin d’oeil du destin, c’est à cet âge que « Poupou » découvrait le Tour de France en 1962. Il avait fini 3ème remportant une étape à Aix les-Bains. Au même âge, le jeune Mathieu remontera le temps et fera son apprentissage lors de la 108ème édition de la Grande Boucle.

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