samedi 26 novembre 2022

Comment Filippo Ganna (INEOS) est devenu le maître du temps

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Eric Mendes
Eric Mendes
Journaliste

En battant le record de l’heure, en octobre, Filippo Ganna a permis de repousser une nouvelle fois les limites. L’Italien a-t-il atteint un plafond de verre ou peut-on encore aller au-delà ?

Le record de l’heure a toujours été une obsession. Etre le maître du temps et repousser les distances, quand ce ne sont pas les vitesses, cela peut être l’objectif d’une vie. Et cela s’est encore vérifié en le 8 octobre avec Filippo Ganna qui est devenu le nouveau recordman de l’heure avec 56,792 km parcourus.

Une performance incroyable qui repousse encore les limites et surpasse même l’ancien record de Daniel Bigham (55,548 km). Ce dernier, ingénieur personnel de Ganna, était venu en août au vélodrome de Granges pour préparer justement cette tentative de record du coureur italien. Et il avait déjà réussi à prendre le meilleur sur le Belge Victor Campenaerts qui l’avait battu en avril 2019. Mais, le plus impressionnant, reste l’évolution des chiffres.

Qu’il est loin le temps où Henri Desgrange réalisait 35,325 km à Paris, le 11 mai 1893, pour valider le premier record de l’heure de l’histoire. Depuis, il n’a eu de cesse de changer de propriétaire avec quelques grands noms comme Lucien Petit-Breton, Marcel Berthet, Oscar Egg, Fausto Coppi, Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Chris Boardman, Jens Voigt, Rohan Dennis, Alex Dowsett ou encore Bradley Wiggins.

Bientôt Pogacar ou Evenepoel ?

Et il ne fait aucun doute que l’évolution des préparations physiques et du matériel permet aux cyclistes d’aujourd’hui d’avoir de réelles ambitions pour repousser ce record de l’heure. Depuis 2000, l’UCI a décidé d’encadrer ce record, ne se privant pas de le scénariser et de s’offrir un sponsor particulier (Tissot) qui promet aux candidats potentiels de marquer l’histoire.

Précurseur dans la technologie développée pour aller plus vite à vélo dans les années 90, le Britannique avait été le premier coureur à passer la barre des 51,5 km parcourus en 1993. Mais, du fait de sa position et de son matériel, il avait été freiné par les règlements qui ont depuis laissé la technologie se développer et la façon d’améliorer ce record.

« Je pense que les gens ont eu peur. Tout simplement. En 1993, les mentalités étaient fermées. On n’acceptait pas facilement les évolutions techniques ou matérielles. Même les vêtements portés par les coureurs ne bougeaient pas. On portait encore les mêmes qu’Eddy Merckx ! Rien ne bougeait. Le changement était trop soudain pour eux. Pourtant, j’ai eu un écho favorable de la part des coureurs. Certains comme Francesco Moser n’ont pas hésité à saluer mes idées. »

Il suffit de voir le vélo de Merckx, qui fête les 50 ans de son record de l’heure cette année et celui de Ganna pour s’en convaincre avec un cadre plus léger et des roues pleines. Et tout porte à croire que ce n’est pas terminé. Filippo Ganna lui-même pense qu’il peut encore aller plus loin avec des jambes plus fraîches.

Et difficile de ne pas croire que des coureurs qui excellent sur le contrela-montre comme Remco Evenepoel, Primoz Roglic, Tadej Pogacar ou encore le champion du monde du chrono 2022, Tobias Foss, ne soient pas tentés d’écrire un peu plus la légende.

56,792 km en 60 minutes ! : Ganna nouveau maître du temps

Il n’a que 26 ans, mais Filippo Ganna a déjà marqué l’histoire de son sport. En s’appropriant le record de l’heure, en parcourant 56,792 km en 60 minutes, le coureur d’INEOS Grenadiers, a surtout fait mieux que Chris Boardman, l’unique coureur à avoir été au-delà des 56 km en une heure, en 1996 avec 56,375 km. Mais c’est un véritable rêve que Ganna s’est offert.

« Je veux faire le record de l’heure pour moi-même, expliquait-il au moment d’expliquer ses motivations. C’est un objectif personnel. Je veux essayer de marquer l’histoire pour le cyclisme. » Et dès les premiers coups de pédale sur son vélo spécialement conçu pour ce record, Filippo Ganna se montrait à son avantage. « Le vélo est exceptionnel. Dès les premiers coups de pédale, j’ai senti qu’il volait sur le vélodrome. C’était incroyable comme sensation. » Avant de confirmer sa joie d’avoir réussi cette marque historique des 56,762 km.

« Je volais sur le vélodrome »

« C’était incroyable. C’est fantastique d’atteindre cet objectif. Tout le monde a travaillé énormément pour arriver à ce résultat. Le matin, je voulais battre ce record. Je voulais entrer dans un nouveau monde. Ce résultat est pas mal... » Mais Ganna ne ferme pas la porte à une possible nouvelle tentative. « Je me voyais déjà le refaire à une autre période de l’année avec des jambes plus fraîches. » A croire que le record de l’heure n’a pas fini de croiser la route de Filippe Ganna.

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