samedi 2 mars 2024

Doublé Giro-Tour de France : 26 ans après, Tadej Pogacar veut s’assoir à la table des légendes

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En attendant que Tadej Pogacar tente sa chance cet été, ils ne sont que sept à avoir réussi le doublé Giro-Tour dans l’histoire, de Coppi, le premier en 1949, à Pantani, le dernier en 1998, trois à l’avoir fait deux fois, quatre une fois.

Fausto Coppi en 1949 et 1952 : à jamais le premier

Souverain chez lui (5 Giro), le champion de chez Bianchi a acquis une autre dimension en traversant les Alpes à trois reprises pour gagner en même temps deux Tours à trois ans d’intervalle. En 1949, son duel avec Bartali atteint des sommets, toujours à son avantage, notamment dans l’étape de Bolzano où il entre dans la légende en s’échappant en solitaire sur 192 km.

En 1952, aux côtés de son coéquipier, Géminiani, il fait exploser le peloton au Passo Pordoi pour son quatrième Giro. Sur le Tour, il bénéficie de l’absence de Bobet, Koblet et Kübler pour terminer avec plus de 28 minutes d’avance sur Ockers, le plus gros écart jamais enregistré sur la Grande Boucle, et 34 sur Bartali (4ème). Une formalité.

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Jacques Anquetil en 1964 : le premier doublé français

Après une pause de trois ans, deux 2èmes places et une victoire en 1960, Maître Jacques revient en Italie pour prendre une revanche construite à partie du chrono de Bussetto. Leader après cette 5ème étape, il contrôle la concurrence essentiellement italienne en montagne pour gagner, envers et contre tous, à Milan avec une petite marge sur Zilioli et De Rosso.

Dans la foulée, il écrit avec Poulidor une des plus belles pages du Tour. Leur chassé-croisé atteint son paroxysme dans la montée du Puy de Dôme où, en résistant aux assauts de Poupou, Anquetil devient le premier coureur français à réaliser l’enchaînement Giro-Tour.

Eddy Merckx en 1970, 1972 et 1974 : insatiable cannibale

Nonobstant le Giro 1974 qu’il aborde après un début de saison gâché par une pneumonie et qu’il gagne au courage pour 12 petites secondes, les cinq autres levées de ses trois doublés sont des démonstrations.

Plus à l’aise sur le Tour, mieux organisé, et où sa supériorité physique et tactique lui permet de faire d’énormes différences, que dans les conditions toujours difficiles d’un Giro plus imprévisible, le Cannibale ne laisse que des miettes entre 1969 et 1974, pour cinq Grandes Boucles avalées qui auraient pu déboucher sur cinq doublés, s’il n’avait pas été exclu du Giro en 1969 pour un contrôle antidopage positif, alors qu’il était en rose, et s’il s’était présenté au départ de l’édition 1971.

Bernard Hinault en 1982 et 1985 : le blaireau au-dessus du lot

Au sommet de sa forme en 1982, il décide de faire l’impasse sur les Classiques du printemps pour tenter le doublé Giro-Tour alors qu’il a déjà gagné une fois le premier, trois fois le second. Face à l’adversité italienne, il fait la différence lors de deux dernières étapes au Monte Campione, pour reprendre le maillot rose à Contini et enfoncer le clou lors du chrono du dernier jour.

Sur la Grande Boucle, après avoir contrôlé ses principaux adversaires, Zoetemelk, Anderson, Van der Velde ou Kneteman, il se paye même le luxe de gagner sur les Champs-Elysées. Trois ans après, il quitte Renault, Guimard et Fignon pour La Vie Claire, Tapie et LeMond. C’est grâce à l’Américain, à qui il rendra la pareille un an après, qu’il parvient à gérer les improbables aléas d’un Giro gagné au nez et à la barbe de Moser, puis qu’il devient l’égal d’Anquetil et de Merckx en allant chercher un cinquième Tour. Mythique.

Stephen Roche en 1987 : un triplé de légende

Son année 1986, où il abandonna dans le Giro et finit 46ème du Tour, ne laissait rien augurer de la domination de l’Irlandais de la Carrera en 1987.

Car à ses premiers, et seuls, Giro et Tour, il ajouta un championnat du monde pour un triplé qu’il est le seul à partager avec Eddy Merckx. Après avoir dominé son affaire sur le Giro, sur le Tour, il ne porta le maillot jaune qu’à trois reprises, au soir de la 19ème étape à Villars de Lans, dans le chrono de l’avant-dernière étape et sur les Champs-Elysées.

Miguel Indurain en 1992 et 1993 : l’extraterrestre ne fait pas de sentiments

En 1992, préférant se rendre sur le Giro que sur la Vuelta pour préparer le Tour, l’Espagnol n’imagine pas qu’il va dominer de la sorte une course qu’il dispute pour la première fois, prenant le maillot rose dès la deuxième journée, ne le lâchant plus, résistant jusqu’au bout à la coalition italienne menée par le duo Chiappucci-Chioccioli.

Sur le Tour, c’est en remportant le prologue et les deux contre-la-montre, dont le premier avec 3 minutes d’avance sur son dauphin, puis en se contentant de suivre le même Chiappucci en montagne, qu’il parachève son premier doublé. Et de remettre ça, un an après, de la même manière, froide et analytique, grâce aux chronos encore une fois, sa grande spécialité.

Sur le Giro, puis sur le Tour, la méthode est la même pour repousser Breukink, Rominger et Bugno avec une marge énorme de 5 minutes d’avance à Paris qui aurait pu être encore plus importante sans une fièvre qui l’a privé du dernier chrono. Deux doublés en deux ans, jamais personne n’avait fait ça avant le Navarrais, jamais personne ne l’a fait depuis…

Marco Pantani en 1998 : le pirate à l’abordage !

Même si cette performance est à relativiser au regard des accusations de dopage qui ont accompagné la fin de carrière du Pirate, elle témoigne du mental hors norme d’un champion qui l’était tout autant. Leader de Mercatone Uno, il aborde le Giro en outsider face aux deux derniers vainqueurs, le Russe Pavel Tonkov et l’Italien Ivan Gotti.

Parmi les autres favoris, le Suisse Axel Zülle, qui reste sur deux succès dans la Vuelta, est le plus en forme de tous. C’est d’ailleurs lui qui fait la meilleure impression lors de la première semaine, avant de subir les assauts du Pirate, irrésistible sur la montée de Val Gardena.

Après s’être défait de Zülle, Pantani profite d’une grosse défaillance de Tonkov sur la dernière étape de montagne, et d’un dernier chrono salvateur pour remporter son premier grand Tour, à 28 ans. Un mois après, il débute timidement un Tour de France largement impacté par l’affaire Festina.

Délesté d’un des favoris, Virenque, exclu de la course, le Tour semble offert à Jan Ullrich, 2ème en 1996 et vainqueur en 1997. Loin de l’Allemand à la sortie des Pyrénées, il s’empare du maillot jaune dans les Alpes en attaquant dans le col du Galibier, transcendé par des conditions météo dantesques, sous la pluie et le froid, et le conserver sur les pentes du col de la Madeleine le lendemain, doublé en poche.

Tom Boissy

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