samedi 26 novembre 2022

Egan Bernal peut-il revenir au top niveau avec INEOS ?

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Un an après avoir heurté un bus en Colombie lors d’une sortie d’entraînement, Egan Bernal est encore loin d’avoir retrouvé tous ses moyens physiques. Au terme d’une saison 2022 qui n’aura duré que quelques semaines, après sept mois de coupure, et un an sans compétition, il espère néanmoins voir le bout du tunnel en 2023. A-t-il raison d’y croire ?

Le 22 septembre, le Colombien passait une nouvelle fois sur le billard de la clinique de l’université de La Sabana. Dans son long processus de rééducation, l’opération à son genou droit dont la rotule s’est fracturée lors du choc, ne constituait pas une étape décisive même si, en retirant les vis et les broches, il espérait gagner en confort et en mobilité.

A l’issue d’une saison qui se sera limitée aux Tours du Danemark, d’Allemagne et à la Coppa Sabatini, jamais Bernal n’a réussi à reprendre le rythme, abandonnant dans les deux premières épreuves, terminant à six minutes de son coéquipier Daniel Martinez (28ème) dans la dernière, pour douze petits jours de courses et 1620 km parcourus qui disent tout du retard accumulé par le vainqueur du Tour 2019.

Bernal se remet du choc avec le bus

« Eu égard à la gravité de ses blessures, il était déjà presque miraculeux qu’il puisse remonter sur un vélo en compétition aussi rapidement après son accident, alors que le processus normal aurait voulu qu’il fasse l’impasse sur toute la saison, nous dit le médecin d’une équipe de World Tour. Donc on peut déjà considérer que tout ce qu’il a fait cette saison est du plus, un bonus sur lequel il va pouvoir s’appuyer pour mieux préparer 2023. A condition qu’il n’ait pas aggravé certaines pathologies ou qu’il ne s’en soit pas créé d’autres en voulant compenser… »

Ce qu’Egan a traduit en ces termes lors d’une interview accordée au média colombien Revista Mundo Ciclisto : « Je pensais déjà à l’année prochaine, c’est vrai, mais je récupérais tellement facilement que j’ai demandé au manager de me laisser reprendre, à l’équipe de me faire confiance ».

Boostée par un mental hors norme, c’est souvent le cas avec les champions d’exception, la rééducation s’est effectuée au pas de course ce qui a rapidement permis au coureur d’INEOS Grenadiers de reprendre sa place dans le peloton, certes pas aux avant-postes, mais avec suffisamment de présence pour envoyer un message à ses adversaires, rassurer ses coéquipiers.

A 25 ans, sa carrière est encore devant lui. Au moment de conclure sa saison, après une encourageante Coppa Sabatini, il se voulait optimiste : « J’en suis à un point où je finis les courses, disait-il à Revista Mundo Ciclisto, mais j’ai besoin d’un petit plus pour faire la différence, pour être dans le groupe des meilleurs. Je suis sur la bonne voie. »

La jurisprudence Froome…

En juin 2019, en marge du Dauphiné, c’est aussi sous les couleurs d’INEOS que Chris Froome avait été victime d’un terrible accident avec plusieurs fractures (coude, hanche, vertèbre, sternum, cotes) et une hémorragie qui lui avait fait perdre deux litres de sang. Depuis, après une coupure de huit mois (avec quatre mois d’avance sur les prévisions médicales), jamais il n’a retrouvé ses sensations.

« Mais il avait déjà 34 ans, rappelle notre témoin médecin, et des capacités de récupération forcément moins importantes. Mentalement, même s’il s’est vite remis de ses blessures, l’impact n’a pas été le même. »

Le dernier succès du Britannique remonte à 2018… il n’a plus rien gagné depuis quatre ans. Même s’il ne faut jamais négliger les conséquences d’une chute aussi sévère sur des athlètes qui ont des corps réglés au millimètre, la trajectoire Bernal ne s’inscrit pas dans la même dynamique. Avec dix ans de moins, il a aussi dix ans de plus devant lui.

Bernal a échappé au pire

« Etre passé aussi près de la catastrophe va peut-être changer sa façon d’aborder le cyclisme, en bien ou en mal, seul l’avenir nous le dira… » De sa capacité de résilience va dépendre la suite de la carrière d’Egan Bernal pour qui « le fait d’être en vie est déjà une victoire, je pourrais être mort. J’avais 95% de chances de devenir paraplégique… »

En saisissant les 5% qu’il lui restait, son destin l’a projeté de nouveau sur une vie de sportif de haut niveau. Pour redevenir un champion hors norme et espérer gagner un second Tour de France il compte bien être au départ de l’édition 2023 ! ou un second Giro, il va désormais lui falloir lutter contre son propre corps autant que contre des adversaires qui ne l’ont pas attendu pour pousser le curseur de l’exigence encore plus haut. Sans aucune assurance de les rejoindre un jour… Il a désormais neuf mois pour faire taire les septiques…

Tom Boissy

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