vendredi 14 juin 2024

Elisabetta Borgia, psychologue de Trek-Segafredo : « Plein de facteurs viennent troubler la performance »

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Eric Mendes
Eric Mendes
Journaliste

Après avoir connu une belle carrière en cyclo-cross, Elisabetta Borgia est aujourd’hui la psychologue de Segafredo et aide les coureurs à être au top dans leurs têtes et sur l’aspect mental pour donner le meilleur d’eux.

Quel est votre rôle et plus précisément chez Trek-Segafredo ?

Aujourd’hui, je suis officiellement la coordinatrice à la préparation mentale auprès de la Fédération Italienne de cyclisme et je suis la psychologue de la Trek-Segafredo, que ce soit auprès des filles ou des garçons. Mon rôle n’est pas seulement lié à la motivation.

Beaucoup de personnes me demandent comment je fais pour les motiver. Ce n’est pas seulement cela. La préparation mentale, dont je suis diplômée, ainsi qu’en psychologie, est avant tout ciblée sur l’après performance. Il y a plein de facteurs qui peuvent venir troubler la performance, mais on travaille surtout sur les aspects qui peuvent venir parasiter mentalement la performance sportive et donc physique.

Mon approche est d’abord de faire en sorte de créer un lien entre les sportifs et moi. Il doit y avoir une grande confiance avant de basculer dans une analyse de la personne.

C’est un vrai travail. On devient alors le témoin au quotidien de la volonté de performance et de la façon que la personne souhaite mettre en place pour réussir. Il faut toujours travailler en fonction des objectifs de chacun, au quotidien, sans mettre de pression supplémentaire.

J’ai surtout des entretiens individuels et des échanges ciblés pour faire progresser les coureurs. J’ai une approche moderne. Je suis loin des clichés. Je fais en sorte d’être au plus proche de l’action du coureur pour répondre à ses besoins.

J’ai une vision d’ensemble sur toute l’équipe. J’ai besoin alors de connaître tous les rouages de l’équipe pour mieux la servir. Je n’hésite pas à prodiguer des conseils sur les mots et le discours à avoir en fonction de qui doit l’entendre. Il faut être toujours en éveil.

Les aspects psychologiques influence la performance

Pensez-vous que l’aspect mental est important pour performer au plus haut niveau ?

On ne peut pas nier que le mental a un impact sur la performance. On est plus sensible à ce détail et chaque coureur ne l’ignore plus. Il est évident que la vie d’un coureur professionnel est plus dure que par le passé. Le coureur a plus de pression et plus de responsabilités autour de lui. Il y a une évolution constante dans le cyclisme et la préparation mentale en fait partie.

Derrière un champion, il y a un homme ou une femme dont il faut être à l’écoute. Il faut savoir gérer les environnements que ce soient les réseaux sociaux ou les médias. Si on veut être focus sur le sportif, ça passe par un renforcement de l’aspect mental. Chacun doit savoir se préparer et avoir les armes pour se protéger aujourd’hui.

Estimez-vous que le fait d’avoir couru pendant plus de 17 ans vous aide à comprendre les cyclistes d’aujourd’hui ?

Mon expérience est la cerise sur le gâteau. Des coureurs savent que je peux comprendre plus facilement certains détails. En tant qu’épouse de médaillé olympique (Marco Aurelio Fontana, médaillé de bronze aux JO de 2012, Ndlr), j’ai aussi pu l’accompagner pour l’aider à être prêt au quotidien.

« Le mental a un impact sur la performance. Chaque coureur ne l’ignore plus »

Pensez-vous que la préparation mentale dans le sport de haut peut encore se développer ?

On a déjà une grande expérience sur ce qui doit être fait. On sait se former maintenant pour être prêt pour aider. Il faut savoir trouver sa place dans un processus collectif. Les sportifs ignorent qu’un entraîneur ne pourra pas avoir les mêmes leviers qu’un préparateur mental ou un psychologue. Il faut maintenant avancer. On est encore au début.

Le fait d’avoir le rôle que j’ai aujourd’hui est un plus. Je me sens à ma place et tout aussi importante qu’un médecin ou un nutritionniste. Je suis là pour les coureurs, mais pas seulement. Même un entraîneur peut avoir besoin de moi. La psychologie du sport peut permettre d’atteindre une nouvelle dynamique. Cela pourrait aussi permettre d’éviter certaines dépressions et offrir aux sportifs une capacité de rebondir mentalement. On doit intégrer la norme aujourd’hui dans la préparation du sport de haut niveau.

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