dimanche 2 octobre 2022

Eric Caritoux (Cyclisme) : « Je gagne seulement pour 6 secondes ! »

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Tout comme Stablinski, Poulidor, Anquetil, Pingeon, Hinault ou encore Jalabert, Eric Caritoux fait partie des Français ayant remporté le Tour d’Espagne. En 1984, le grimpeur de Carpentras s’est offert le plus beau succès de sa carrière en dominant des coureurs comme Fernandez Blanco, Dietzen, Delgado, Gorospe, Jimenez ou encore Moser pour quelques petites secondes.

Qu’est-ce qui vous reste de cette année 1984 ?

Chaque année, quand la Vuelta se représente, on se souvient de moi. Ça fait plaisir. Ça rappelle de bons souvenirs. Le vélo a évolué. Quand on pense à la façon dont j’ai gagné la Vuelta, ce ne serait plus possible. On était encore des amateurs par rapport aux équipes de maintenant. C’était une autre époque.

Surtout qu’au départ, vous n’étiez pas prévu sur cette édition de la Vuelta 1984…

C’était comme Cavendish cette année sur le Tour. On lui a dit trois jours avant le départ du Tour. C’était pareil pour moi. On m’a appelé pour me dire que l’équipe (Skil-ReydelSem-Mavic, Ndlr) devait le faire. J’étais parti sur le Tour de Romandie. J’ai dû enchaîner. J’ai connu trois semaines de courses non-stop. Sans jour de repos.

Etait-ce facile de remplacer Sean Kelly au dernier moment ?

Kelly était prévu. Il voulait faire les trois grands Tours. Il avait fait un gros début de saison avec des victoires sur Paris-Nice, Critérium international, Tour du Pays basque, Paris-Roubaix, Liège-Bastogne-Liège, Tour de Catalogne… Mais il était fatigué. Alors il annonce son forfait à Jean de Gribaldy quelques jours avant le départ, mais les organisateurs de la Vuelta obligent l’équipe à s’aligner. C’est comme cela que j’ai été au départ du Tour d’Espagne. Un peu par hasard.

Eric Caritoux a enchainé 3 semaines de cours non-stop

Avez-vous cru à la possibilité de remporter le Tour d’Espagne dès le début ?

Avant de partir, je restais sur un bon début de saison avec une victoire sur le Tour du Haut-Var et une étape sur Paris-Nice. J’avais fait 8ème du général. Je marchais bien. Je visais de faire un Top 10 tout en essayant de remporter une belle étape de montagne.

Tout simplement. Au fil des étapes, ça allait de mieux en mieux et j’ai commencé à y croire. Même si le dernier chrono ne me laissait pas beaucoup d’espoirs pour la victoire finale. Au bout de trois semaines, je n’ai pas lâché le morceau. Avec le maillot jaune sur le dos, je me suis battu jusqu’à l’arrivée. Et pour seulement 6 secondes, je remporte la Vuelta devant Alberto Fernandez Blanco.

Contrairement à maintenant, la Vuelta se courrait entre avril et mai, était-ce différent ?

On est parti de Jerez, il faisait vraiment chaud. Dans l’équipe, il y avait un coureur suisse (Alain Von Allmen), le beau-frère de Jean-Marie Grezet, il avait pris un coup de soleil les deux premiers jours. Il était obligé de mettre des manchettes pour cacher ses brûlures. Dans les Pyrénées, il mettait des manches courtes pour se soulager. On a tout connu à l’époque. Soleil lourd et pluie. Mais on ne pensait pas trop aux conditions quand on était jeunes.

« Je ne devais pas faire la Vuelta »

En prenant le maillot jaune sur les Lacs de Covadonga, avez-vous eu le déclic pour aller jouer la victoire jusqu’au bout ?

Je ne me prenais pas la tête. A chaque jour suffisait sa peine. Je n’avais pas une équipe pour contrôler la course. Je surveillais seulement les coureurs proches de moi au classement.

Pour les autres, je laissais faire. Ce sont plus Fernandez, Dietzen ou Delgado qui surveillaient les autres. Comme ils pensaient me battre sur le chrono, ils me laissaient tranquille. J’étais parti avec 30 secondes d’avantage. J’en ai gardé 6 seulement. Ça a suffi.

Comment avez-vous vécu ce dernier chrono de votre sacre à Madrid ?

Il pleuvait. Je n’avais aucun point de repère, ni de temps intermédiaire. On avait seulement deux directeurs sportifs, deux mécanos et deux masseurs. Je n’ai pas pris de risques. Je ne voulais pas tout perdre. Si j’avais su pour les 6 secondes, j’aurais pris plus de risques, mais j’ai passé la ligne en vainqueur. C’était l’aboutissement d’une belle année où j’avais déjà remporté une magnifique victoire au Chalet Reynard.

Eric Caritoux et les Espagnols pas bons amis

Les Espagnols n’avaient pas forcément été amicaux avec vous…

(Il coupe) C’est normal. On était chez eux. Les Espagnols se soutenaient entre eux. En Italie, c’était pareil. Ça faisait partie du truc. J’ai eu de la chance. Les Espagnols auraient pu me la faire à l’envers, surtout lors des contrôles, mais ils ont été réglos jusqu’au bout.

Pensez-vous qu’il est plus difficile de gagner la Vuelta maintenant qu’à votre époque ?

C’est plus compliqué. Le niveau est plus fort aujourd’hui. Il y a plus de coureurs qui viennent de partout. Il y a beaucoup de nations qui n’étaient pas professionnelles. Maintenant, ça s’est internationalisé. Ça devient plus dur pour gagner des courses. Sur les coureurs au départ, tous peuvent aller briller. C’est plus dur pour gagner des courses. Même chez les amateurs.

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