Du 4 au 26 mai, la 107ème édition du Giro, entre Turin et Rome, a un profil suffisamment équilibré, avec six arrivées en altitude et deux chronos de près de 70 km, pour permettre à Van Aert, et probablement à Pogacar (qui a confirmé son désir d’être au départ), de s’y présenter pour la première fois.
Délesté de son vainqueur sortant, Roglic, ainsi que d’Evenepoel qui devrait faire ses débuts sur le Tour de France, ce Giro 2024 a de grandes chances de s’offrir à un nouveau venu. Si Pogacar décidait de prendre le départ, comme il en était sérieusement question en fin d’année, il serait évidemment le grandissime favori.
Sans aller jusqu’à lui faire un parcours sur mesure, Mauro Vegni, le Christian Prudhomme du Gi-ro, espérait que ça lui « donne envie de faire le doublé ». Pour mémoire, il faut remonter à 1998 pour voir un coureur le réaliser, en l’occurrence Marco Pantani. Depuis, ceux qui s’y sont essayés après s’être habillés de rose, notamment Contador ou Froome, ont tous échoué. Et s’il y en a bien un qui peut marcher sur les traces de Coppi, Anquetil, Merckx, Hinault, Roche, Indurain et donc Pantani, et devenir le huitième de l’histoire, c’est bien Pogi. D’autant que le profil de cette 107 édition peut tout à fait correspondre à cette si difficile quête.
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Un Giro explosif
Les 20% de dénivelé positif en moins par rapport à 2023 vont dans le bon sens, autant que les cinq étapes de haute montagne, les huit de moyenne montagne, et les six de plaine dont les deux chronos qui pourraient lui permettre de faire la différence.
Dans cette perspective, les arrivées en altitude, avec le passage du Stelvio (20,2 km à 7,2 % de moyenne), point culminant de l’épreuve à Livigno à 2835 mètres, au lendemain de la 2ème journée de repos, mais aussi avec le Passo Brocon, trois jours avant l’arrivée, ou la double ascension du Monte Grappa, en Vénétie, lors de l’avant-dernière étape, ne seront pas de trop pour contrer les velléités de l’outsider n°1, Wout Van Aert.
Le Belge de la Jumbo Lease a Bike, refroidi par un Tour de France très montagneux qu’il va laisser au duo Vingegaard-Kuss, sera en effet redoutable sur les 70 km de contrela-montre. Le premier, accidenté de 37,2 km, le second, tout plat, de 31 km avec un secteur de 12 km de graviers des Strade Bianche, seront un terrain de jeu idéal pour lui, l’occasion de récupérer éventuellement des secondes ou des minutes perdues sur les pentes raides.
Le rêve rose de Caruso
Sans aller jusqu’à espérer gagner, le vainqueur du double Ventoux en 2021 sur la Grande Boucle, s’élancera pour la première fois sur un grand Tour avec un statut de leader unique et une équipe suffisamment solide en montagne avec Attila Valter, Thomas Gloag, Johannes Staune-Mittet, PerStrand Hagenes, Matteo Jorgenson et Ben Tulett, pour espérer au moins monter sur le podium.
Et même mieux en fonction des aléas d’une course rendue de plus en plus imprévisible par des conditions météorologiques printanières capricieuses, parfois dantesques. Van Aert fait de ce Giro, « un objectif principal » avant de faire l’impasse sur le Tour pour mieux préparer les JO. Il ne sera pas inintéressant de voir la manière avec laquelle il va gérer ses efforts et assumer cette ambition au classement général.
Un vrai test grandeur nature. Et peut-être naitra alors une nouvelle concurrence pour Pogacar… C’est tout ce qu’espèrent les organisateurs d’un Giro qui regrettent évidemment de ne pas pouvoir compter sur Roglic ou Evenepoel, tous deux centrés sur le Tour. A défaut, avec les Visma, INEOS Grenadiers (Geraint Thomas), Jayco AlUla (Simon Yates) et éventuellement UAE Team Emirates (João Almeida), les regards se porteront sur BORA-hansgrohe où grouille une multitude d’outsiders capables de venir jouer les trouble-fêtes, à choisir entre Aleksander Vlasov, Jai Hindley en passant par le jeune Cian Uijtdebroeks ou le plus expérimenté Daniel Martinez.
Evenepoel le grand absent
« Il faudra être prêt dès la première semaine, détaillait Mauro Vegni lors de la présentation du tracé, car les difficultés sont réparties tout au long des trois semaines. » Avec un total de 3319 km à parcourir, quatre étapes de plus de 200 km, un dénivelé total de 42 900 mètres, largement localisé dans le Nord d’une botte qui ne verra pas passer les coureurs au-dessous de Naples et de Pompéi, ce Giro 2024 qui arrivera dans les rues de Rome après être remonté par la côte est pour une troisième semaine très dense s’annonce plus ouvert que jamais.
Surtout si Pogi décidait finalement de ne pas l’honorer de sa présence… Contre mauvaise fortune bon cœur, les Italiens y verraient peut-être l’occasion de trouver un successeur à Nibali, dernier vainqueur transalpin (2016). 2ème en 2021, 4ème en 2023, au sein d’une Bahrain Victorious ambitieuse (Mohoric, Haig, Bilbao ou Poels), Damiano Caruso aurait presque, malgré ses 36 ans, la tête de l’emploi…
Giro, les dix derniers vainqueurs
- 2023 : Primoz ROGLIC (SLO)
- 2022 : Jay HINDLEY (GB)
- 2021 : Egan BERNAL (COL)
- 2020 : Teo GEOGHEGAN-HART (GB)
- 2019 : Richard CARAPAZ (EQU)
- 2018 : Chris FROOME (GB)
- 2017 : Tom DUMOULIN (PB)
- 2016 : Vincenzo NIBALI (ITA)
- 2015 : Alberto CONTADOR (ESP)
- 2014 : Nairo QUINTANA (COL)
Tom Boissy