jeudi 29 septembre 2022

Grégoire Margotton : « Si je disais un quart de ce que disait Thierry Roland, je déclencherais une polémique nationale ! »

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Trente ans après ses débuts sur Canal+, six ans après son arrivée sur TF1 pour commenter l’équipe de France, le Lyonnais de 52 ans, Grégoire Margotton prépare un doc sur les Bleus qui paraîtra juste avant la Coupe du monde.

Entre passion du foot et circonstances de la vie, qu’est-ce qui vous a amené vers ce rôle de commentateur ?

Je n’ai pas dans mon histoire ce désir profond de faire du commentaire sportif qui se serait déclenché très tôt. Par contre, j’ai toujours été, et très vite, un vrai passionné de sport. Dans le sillage de mon grand frère qui, lui, jouait au foot, j’ai baigné dedans pendant toute mon enfance. Un de mes premiers souvenirs remonte à la Coupe du Monde 1978.

J’avais 9 ans et nous nous étions levés avec mon frère, en cachette de nos parents qui étaient sortis, pour regarder, très tard le soir, un match de l’Argentine. On s’était fait attraper à leur retour, mais cet épisode dit quelque chose du rapport que j’ai toujours entretenu avec le foot et le sport en général, car je regardais aussi assidument les rares retransmissions de sport à la télé à cette époque; Roland-Garros, le Tour, le Tournoi des V Nations.

Avez-vous joué au foot ?

Nulle part ailleurs que dans la cour de mon immeuble, parfois jusqu’à très tard le soir. Le doué de la famille était mon frère qui aurait pu prétendre intégrer un sport-études si mes parents, profs, n’avaient pas mis leur véto. En club, j’ai joué au basket, jamais au foot.

« Le commentaire est le socle de ma vie professionnelle »

Est-ce cette appétence pour le sport qui vous a amené au journalisme ?

L’envie de faire du journalisme a germé vers 15-16 ans et comme le sport faisait partie de mes principaux centres d’intérêt, le lien est devenu évident le jour où j’ai eu la possibilité de faire un stage à Canal + en 1992. A la base, je m’orientais plutôt vers du journalisme politique avant de comprendre que ce milieu ne me correspondait pas.

Et ce rôle de commentateur, était-il une évidence ?

Non, parce que j’aurais très bien pu faire autre chose. Charles Biétry estimant que j’avais quelques qualités dans cet exercice, j’ai poursuivi avec d’autant plus d’ambition que je prenais aussi beaucoup de plaisir.

Ne faire que commenter des matches, n’est-ce pas frustrant ?

Ce le serait certainement si je n’avais pas eu la possibilité, encore aujourd’hui, de m’essayer à d’autres formes de journalisme ; la présentation d’émissions, la confection de sujets plus ou moins longs, la réalisation d’interviews, etc. Le commentaire est le socle de ma vie professionnelle, mais pas le seul exercice que j’affectionne.

En marge de la préparation de TéléFoot toutes les semaines, je prépare depuis le mois de mars un documentaire de 90 minutes sur l’équipe de France qui sortira en novembre. Sur Canal, l’été, je pouvais aussi m’évader du foot en commentant de l’athlétisme, du basket. Je garde d’ailleurs un fantastique souvenir de ma semaine avec Jean Galfione aux JO de Pékin en 2008 pour commenter les épreuves d’athlétisme.

Margotton toujours autant passionné

Justement, après trente ans de foot, n’êtes vous pas blasé d’un milieu qu’il est devenu de bon ton de fustiger ?

Ce qu’on dit aujourd’hui sur le foot et ses excès, on le disait aussi, d’une autre manière, dans les années 80. A cette époque déjà, les footeux étaient trop payés et n’avaient pas de cerveaux !

A ce niveau, la position du foot dans la société n’a pas beaucoup évolué sinon en transformant ses meilleurs joueurs en stars dont les faits et gestes sont amplifiés par les réseaux sociaux. Je n’ai peut-être plus le même regard d’enfant, mais quand je vois le niveau atteint par certaines équipes, la passion des supporteurs et l’ambiance qui règne dans certains stades, franchement, je n’en suis pas très loin ! Malgré les côtés obscurs qu’il peut charrier, le foot nous offre régulièrement de belles éclaircies qui suffisent à me renvoyer à mes 12 ans.

« Dans les années 80 on disait déjà que les footeux étaient trop payés »

Dans un paysage médiatique qui ne valorise pas toujours ceux qui le méritent le plus, que pensez-vous de l’image que renvoie le foot auprès de nos enfants ?

Il faut faire la part des choses et insister sur le travail des éducateurs dans tous les clubs. Leur discours est capital pour apprendre à nos enfants à appréhender avec le recul nécessaire le football et tous ses dérivés. Comme tous les enfants, ils vibrent davantage au spectacle sportif qu’à celui des défilés de grosses voitures ou de belles maisons affichées sur Instagram. Il faut leur expliquer la différence entre Karim Benzema sur le terrain et Karim Benzema sur les réseaux sociaux. En matière d’éducation, parvenir à leur enseigner ça est un des défis majeurs que nous avons tous à relever dans le futur.

En matière d’éducation, en tant que commentateur de l’équipe de France de football, vous avez aussi un rôle à jouer dans la lignée de vos prédécesseurs les plus célèbres. Thierry Roland, Thierry Gilardi, Christian Jeanpierre… quel profil revendiquez-vous plus qu’un autre ?

Je ne revendique rien du tout ! Le fait est que lorsqu’on a la cinquantaine, on a tous entendu trois fois sur quatre la même voix pour accompagner l’équipe de France, celle de Thierry Roland. Forcément, ça laisse des traces. Des réflexes perdurent. Mais l’époque a changé et aucun commentateur n’a le même impact. Il serait impossible de commenter de la même manière aujourd’hui et heureusement car il y a des choses qu’on ne peut plus dire. Je me permettrais de dire un quart de ce qu’il disait à l’antenne dans les années 80-90, je déclencherais une polémique nationale.

En passant de Canal+ à TF1, vous avez quand même dû vous adapter à un public différent.

Oui, l’évolution est là. J’ai clairement basculé, notamment en apprenant que l’expression « grand public » n’était pas un gros mot. Quand je m’adressais à plusieurs milliers de téléspectateurs sur Canal+, je suis passé à plusieurs millions sur TF1 dont une bonne partie ne regarde le foot que tous les quatre ans. Je me dois donc d’être plus accessible, de ne pas les saouler avec trop de stats ou de notions tactiques.

Grégoire Margotton regrette la rigidité des clubs

Quels rapports entretenez-vous avec les joueurs ?

Quand je revois les images des années 80, Thierry Roland qui vient fumer sa clope dans les vestiaires après les matches… ce temps est bien fini. J’ai débuté ma carrière en 1992, jusqu’au début des années 2000, on pouvait aller dans tous les clubs, sans exception, la veille des matches, à l’entraînement, pour discuter avec les coachs, parler de tout, de la vie, de ses joueurs, de ses choix, etc. Depuis, les clubs ont fermé leurs portes et je suis comme tous mes collègues, obligé de passer par les conférences de presse et les zones mixtes.

Et comme je ne suis pas du genre à sortir en boite pour les côtoyer, forcément les relations sont limitées. Et encore, je me considère comme un privilégié dans la mesure où je travaille pour un média partenaire de l’équipe de France avec un accès facilité pour les interviews, même s’il y a des strates à passer, notamment les agents.

Quel est votre meilleur souvenir de commentateur de l’équipe de France ?

Le huitième de finale de la Coupe du Monde 2018, France-Argentine. On pourrait croire que c’est la finale face à la Croatie, mais non… ce match est tellement spécial que dans l’instant on ne prend pas trop de plaisir à le commenter.

Plus tard peut-être, je me dirai, j’y étais… Aujourd’hui, je garde de ce France-Argentine comme un sentiment de plénitude. Tout y était bien : le stade, la météo, le scénario, la révélation Mbappé, et le sentiment de faire du bon boulot avec Bixente (Lizarazu). Et je dis ça avec d’autant plus d’humilité et de réserve qu’il est très rare que je ressente ce genre de choses.

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