mardi 23 juillet 2024

Guy Lacombe, le foot et les Jeux Olympiques : « La FIFA place les clubs en porte-à-faux »

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

En 1984, pour la première fois dans leur histoire, les JO ouvraient leur porte aux footballeurs professionnels. Et les Bleus d’Henri Michel d’en profiter pour monter sur la plus haute marche du podium. Quarante ans après, Guy Lacombe nous dit tout ce qu’il doit à ces épreuves olympiques qui font tant peur aux clubs français.

Cette médaille d’or acquise à Los Angeles en 1984 a-t-elle changé votre vie ?

Elle n’a pas changé ma vie, mais il s’agit bien du point d’orgue de ma carrière de joueur eu égard à mon parcours. Car à 20 ans, je jouais encore au niveau départemental. Je suis un pur produit du foot amateur et les JO correspondaient bien à cette étymologie même si c’était la première Olympiade à accepter des professionnels.

La référence aux JO ne s’arrête pas là puisque je dois l’essai que j’ai effectué au FC Nantes, alors que je jouais en D3 à Albi, aux JO de Montréal en 1976. Budzinski (directeur sportif du FCN, Ndlr) cherchait en effet des joueurs pour remplacer Baronchelli, Pécout et Amisse qui étaient partis au Canada avec l’équipe de France Olympique.

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« La médaille des JO, un point d’orgue de ma carrière »

Quel souvenir gardez-vous de ce voyage aux Etats-Unis ?

Nous étions partis là-bas, avec une petite vingtaine de potes (1), comme si on allait faire un tournoi de sixte au fin fond de l’Aveyron (rires) ! Moi, en tout cas, je l’ai pris un peu comme ça. Et on doit à Henri Michel l’ambiance exceptionnelle qui a régné entre nous pendant tout le séjour.

En nous responsabilisant, il nous a permis de vivre au rythme des JO et d’aller assister à d’autres épreuves, à côtoyer d’autres sportifs. Surtout à partir des quarts de finale, qui nous ont amenés à Los Angeles alors qu’on avait joué le 1er tour sur Boston, on a profité à fond de l’atmosphère bon enfant qui régnait dans les stades et en dehors.

Guy Lacombe a revu les médaillés de 1984

Aviez-vous l’ambition de gagner ce tournoi ?

Parce que, quelques semaines auparavant, les Bleus d’Hidalgo avaient gagné l’Euro en France, nous arrivions avec la casquette de favoris, au même titre que la Yougoslavie, le Brésil, l’Italie ou l’Allemagne. Après un 1er tour difficile, Qatar (2-2), Norvège (2-1) et Chili (1-1), où on avait su réagir, comme souvent les Français, en étant au pied du mur, la compétition a pris une autre dimension à partir du quart de finale face à l’Egypte (2-0).

On avait investi le village olympique, à quatre dans des chambres d’étudiants avec lits superposés, en se prenant au jeu et en se disant qu’on avait les moyens d’aller le plus loin possible, au moins sur le podium pour ramener une médaille. La demi-finale face à la Yougoslavie a été le match le plus dur du tournoi.

Parce qu’ils avaient passé cinq buts aux Allemands (5-2) en quarts, les Yougos nous avaient pris un peu de haut ce qui nous avait permis de mener 2-0 très rapidement. En musclant leur jeu en seconde période, ils sont revenus à égalité, mais ont aussi perdu deux joueurs expulsés qui leur ont fait défaut pour les prolongations (4-2).

Ensuite, en finale, face à un Brésil qui avait l’ossature de Porto Alegre, renforcé par Dunga, on a maîtrisé la situation pour faire la différence après la pause (2-0). Dans le Rose Bowl de Pasadena, on venait de jouer notre troisième match d’affilée devant plus de 100 000 spectateurs. Jamais plus je n’ai joué devant autant de monde !

Ces JO 1984 ont-ils créé des liens privilégiés entre vous, médaillés d’or ?

On s’était retrouvés à Paris une fois avant d’être invités récemment par l’UNFP puis pour le tirage au sort des JO cette année. C’était fantastique de se revoir en ayant l’impression d’être quarante ans en arrière…

Henri Michel avait-il eu autant de difficultés que Thierry Henry pour parvenir à confectionner son groupe, en raison des réticences des clubs à libérer leurs joueurs ?

Cela n’avait pas été aussi facile que ça. Et peut-être en serait-on aussi arrivé là sans l’intervention d’un grand dirigeant qui s’appelait Fernand Sastre, le président de la FFF. Il avait insisté auprès des clubs pour que la France envoie une sélection compétitive et avait réussi à faire reporter d’une semaine le début du championnat. Mais, au départ, quand on est allé chercher notre qualification à Bochum, alors que personne n’y croyait, ça embêtait pas mal de monde…

« Jamais plus je n’ai joué devant plus de 100 000 spectateurs »

En 2024, comprenez-vous la réticence des clubs qui refusent de libérer leurs joueurs pour les Jeux de Paris ?

Si j’étais encore entraîneur de club, en tant qu’ancien médaillé, j’encouragerais les joueurs à y aller… au risque de mécontenter mes dirigeants. Mais les clubs ne sont pas fautifs dans cette histoire, moins que la FIFA qui les place en porte-à-faux. Les JO, comme la Coupe du monde ou l’Euro, devraient être une date FIFA réservée aux U23 avec la possibilité de prendre trois joueurs plus âgés. Et on n’en parlerait plus.

Une compétition aussi importante que les JO honore quand même de manière exceptionnelle le football. Au lieu de ça, on a laissé partir le pauvre Sylvain Ripoll à Tokyo avec une équipe de bras cassés. Ce n’est pas correct. Des joueurs comme Neymar ou Messi ont tout fait pour en être, il faut respecter l’envie des joueurs qui veulent participer.

(1) 17 exactement : Ayache, Bensoussan, Bibard, Bijotat, Brisson, Cubaynes, Garande, Jeannol, Lacombe, Lemoult, Rohr, Rust, Sénac, Thouvenel, Touré, Xuereb, Zanon

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