jeudi 23 mai 2024

Il y a 10 ans, il était en DH : comment Pierre Lees-Melou (Brest) a gagné contre son destin

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Elu meilleur joueur du mois de février en Ligue 1, Lees-Melou le métronome brestois de 30 ans est le prototype du joueur intelligent et précieux qui est incontestablement passé à côté d’une grande carrière.

A un poste un peu différent, mais dans la même lignée, les leviers qui permettent aujourd’hui à Pierre Lees-Melou d’être un des meilleurs joueurs de L1 s’apparentent à ceux qui ont permis dans les années 2000 à Eric Carrière de devenir international.

Comme l’ancien milieu révélé sur le tard à Nantes, le Girondin a dû emprunter des chemins de traverse pour intégrer un professionnalisme qu’on lui refusait par manque de moyens physiques. « A 16 ans, je faisais 1m60, j’étais tout petit et toujours aussi fin que maintenant, disait Pierre au site girondins4ever.com au moment de signer son premier contrat professionnel à Dijon en 2015. C’est pour ça que les Girondins de Bordeaux ne m’ont pas conservé au centre de formation. »

Après avoir manqué Mathieu Valbuena, un autre Girondin snobé pour les mêmes raisons, le club au Scapulaire passait à côté d’un vrai footballeur pour privilégier des profils plus puissants à défaut d’être plus brillants. Car ce qui a toujours caractérisé Pierre Lees-Melou, à St-Pierre du Mons à ses débuts, à Langon-Castets ou à Mérignac-Arlac ensuite, c’est son intelligence de jeu.

Il a déjà 20 ans en 2013 quand il débarque à l’US Lège-Cap Ferret en DH, comme Eric Carrière débarquait à l’AS Muret pour jouer en PH avec la réserve, physiques frêles, regards aiguisés.

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Lees-Melou, 30 ans et joueur intelligent

« Sa première année avec nous a été moyenne, se rappelle Alexandre Torres, le coach qui l’a recruté. On est monté en CFA2 la deuxième saison et c’est à ce moment-là qu’il s’est fixé de gros objectifs. Il savait que c’était sa dernière chance pour rebondir. Avec nos petits moyens, on a essayé de l’accompagner dans son ambition et il a explosé ! »

Ses 19 buts en CFA2, qui disent finalement peu du joueur qu’il est devenu, lui permettent quand même de sortir du lot et de rejoindre la L2 à Dijon. A 22 ans, il était temps d’avoir sa chance. Aujourd’hui qu’il a largement rattrapé son retard initial, du haut de ses 1m85, peut-il avoir des regrets de ne pas avoir eu sa chance plus tôt, de ne pas avoir pu bénéficier d’une structure professionnelle avant ses 22 ans ?

« Il n’existe pas de trajectoire rectiligne, rappelle son ancien coach. Et peut-être n’aurait-il pas eu la même progression s’il était resté aux Girondins. Jeune, il avait des qualités qu’on ne met pas tout le temps en avant dans les centres de formation. Il avait besoin de temps pour arriver à maturité et beaucoup de clubs pros ne permettent à ce genre de profil de s’épanouir. »

Pour ça, il aurait fallu qu’ils le gardent jusqu’à 21-23 ans, qu’il y ait dans l’organigramme du club un technicien capable de cerner son potentiel, de croire en son profil « de faux lent, très à l’aise avec le ballon et capable de doubles accélérations. La qualité de son enchaînement contrôlepasse et sa vision du jeu lui permettent d’avoir un temps d’avance pour faire ses choix avec le ballon, mais aussi d’anticiper pour se replacer défensivement. »

« Il avait besoin de temps pour arriver à maturité et beaucoup de clubs pros ne permettent pas à ce genre de profil de s’épanouir »

Pour épouser la trajectoire d’un Eric Carrière ou d’un Mathieu Valbuena, il faudrait maintenant qu’il parvienne à franchir le dernier palier vers l’international. Cette perspective n’effraie pas Alexandre Torres :

« Son passage en Angleterre (Norwich) lui a fait du bien pour s’aguerrir mentalement et physiquement. Il est au top de sa forme et réalise une saison de fou. Si l’équipe de France a besoin d’un joueur qui fait le lien entre la défense et le milieu, dans la conduite du jeu et la possession, il répondra présent. »

Avec certainement plus de maîtrise et de talent qu’un Guendouzi ou qu’un Veretout que Deschamps s’obstine à convoquer régulièrement. S’il est trop tard pour que les Girondins de Bordeaux reviennent sur leur mauvais choix, il est encore temps que le sélectionneur fasse le bon en appelant le meilleur joueur de la L1 en février.

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