mercredi 24 juillet 2024

Ile de France, l’île aux trésors du football en Europe

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La richesse du vivier de la région parisienne en jeunes joueurs de talents irrigue la planète football bien au-delà de l’hexagone. Dans le sillage de la génération championne du monde 2018, le phénomène ne cesse de prendre de l’ampleur et de faire de l’Ile de France le plus grand bassin du monde.

Aréola, Benjamin et Ferland Mendy, Rabiot, Ndicka, Pogba, Mbappé, N’Golo Kanté, Matuidi, Digne, Saint-Maximin, les frères Thuram, Coman, Kimpembe, Martial, Diaby, Ndombele, Koné, Soumaré, Seko et Youssouf Fofana, Blas, Sakho, Maignan, Ntep, Todibo, Mukiele, Disasi, Nkunku, Kondogbia, Kolo Muani, Ben Yedder, Ikoné, Saliba, Guendouzi, Gnagnon, Konaté, mais aussi Mahrez, Brahimi, Feghouli et Aït Nouri (Algérie), Guerreiro (Portugal), des internationaux sénégalais (Diaw), marocains, ivoiriens (Aurier et Haller)…

Les Franciliens sont présents dans tous les grands championnats européens et font le bonheur d’une dizaine de sélections nationales. En 2022, l’IledeFrance était la région de naissance la plus représentée lors de la Coupe du monde, avec 29 joueurs, largement devant la région canadienne de l’Ontario (15), celle d’Hoverdstaden au Danemark (14) ou Buenos Aires en Argentine (13), Dakar au Sénégal (12), Montevideo en Uruguay, Sao Paulo au Brésil, Kanto au Japon et Doha au Qatar (11), le Grand Londres, le Grand Accra au Ghana et Esmeraldas en Equateur.

Le vivier francilien est donc devenu plus riche que ses homologues sud-américains, surtout brésiliens, qui alimentent l’Europe du football depuis les années 80.

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« Les joueurs recrutés en Ile de France ont appris à jouer dans la rue »

Pas étonnant avec un bassin de population de 12,5 millions d’habitants, le plus important de France, avec un potentiel de licenciés en constante augmentation depuis une dizaine d’années, proche des 290 000 joueurs l’an passé, et donc supérieur ou égal à des pays comme le Portugal ou la Turquie. En plus, le niveau moyen y est plus élevé qu’ailleurs avec une capacité hors norme à sortir des top players.

Peut-être aussi parce que les jeunes, issus de quartiers défavorisés, ont davantage envie de devenir des joueurs professionnels, certainement parce que la très forte densité de clubs, et la concurrence qu’elle engendre, oblige ceux qui veulent réussir à en faire beaucoup plus qu’ailleurs. Le curseur pour sortir du lot se situe bien plus haut que dans toutes les autres ligues avec des championnats qui accouchent de matches de grande intensité où seuls émergent les plus forts mentalement.

« Il sufit de se retrouver au bord d’un stade pour comprendre, nous dit ce recruteur d’un club pro de l’Ouest de la France. Les matches en Ile de France, en banlieue, sont des combats, disputés dans un contexte souvent difficile, un environnement très compétitif et parfois agressif. Sans vouloir caricaturer, on ne retrouve pas aussi systématiquement ce genre de conditions à Rennes ou à Bordeaux où les jeunes ne vivent pas le foot de la même manière. »

Une région qui respire le foot

« Pour ceux de Seine Saint-Denis, c’est parfois leur seule chance de prendre l’ascenseur social. Mentalement, ça change tout quand on doit choisir car on préférera toujours celui qui va jouer sa vie à celui qui joue uniquement pour se faire plaisir. Parce que le foot pro, ce n’est pas le pays des bisounours ! »

Les clubs français ou européens ne s’y sont pas trompés qui ont tous des scouts, parfois à temps plein, qui sillonnent les terrains de banlieue à la recherche de la pépite de demain. Et ça marche. Quand les Bleus n’avaient qu’un joueur originaire d’Ile de France lors du premier titre européen de 1984 (Thierry Tusseau), ils en comptaient 11 lors du dernier Mondial.

Et ce n’est pas prêt de s’arrêter car le pourcentage des Franciliens dans les sélections nationales de jeunes ne cesse de croitre. Des U16 aux U23, ils étaient en effet 97 la saison passée. Déjà, en 2017, le phénomène bien implanté avait suscité cette réflexion de la part du président du Bayern Munich, un certain… Karl Heinz Rummenige :

« Il existe plusieurs endroits au monde qui sont des terres bénies du football : le Brésil et la France, et plus particulièrement la Seine Saint-Denis. » En 2019, 158 footballeurs nés en Ile de France évoluaient dans les cinq grands championnats européens, dont la Bundesliga, où s’est révélé l’actuel sélectionneur autrichien, Ralf Rangnick, avec le RB Leipzig, le club allemand le plus francisé avec, entre autres, Konaté et Mukiele (Paris FC), Nkunku (AS Marolles), Bitshiabu et Augustin (AC Boulogne Billancourt).

158 joueurs d’Ile de France dans les 5 grands championnats

L’ancien boss de la branche foot chez Red Bull expliquait ainsi cet axe de recrutement : « Les joueurs recrutés en France ont appris à jouer dans la rue, ils ont une bonne conduite de balle et apportent un bon mélange de puissance physique, de vitesse, de dynamisme avec une bonne technique. C’est cette culture du football de rue que nous recherchons. »

Du city stade plutôt pour être plus précis et contemporain. Avec la même résilience et la même part de rêve qu’un rectangle de terre ocre de Yaoundé ou un improbable terrain vague d’une favela brésilienne, cette infrastructure de proximité représente aujourd’hui, en se multipliant, le quotidien des jeunes franciliens en manque d’espaces verts, mais toujours prompts à se défier sur le petit carré.

En mode futsal, ils font et refont leurs gammes techniques dans des zones où le foot est une évidence, un échappatoire à une réalité pas toujours facile. Sauf qu’en région parisienne, derrière, ils rebondissent sur un maillage de clubs et d’écoles de foot dans lesquelles les meilleurs poursuivent leur formation.

Ils peuvent aussi compter sur un club phare de plus en plus attractif. Même si son axe de développement majeur ne passe pas forcément par la formation, le PSG n’ignore plus les talents qui fleurissent près de chez lui.

A l’opposé d’un club marseillais toujours aussi impuissant à exploiter son environnement le plus proche, le club parisien s’y appuie de plus en plus.

Le PSG, une locomotive qui fait rêver

Même si, être au cœur du réacteur est, certes, un avantage, mais surtout pas une garantie car l’offre est tellement importante qu’il ne peut pas toute l’assumer. Forcément, il passe à côté de certains profils que d’autres observent, comme dans une immense foire aux joueurs, fréquentée par des clubs français, à l’image des plus présents d’entre eux, Nantes, Le Havre, Monaco, Rennes, Lille, Caen ou Lens, mais aussi étrangers.

En 2019, Manchester United n’avait pas hésité à investir 10 M€ pour arracher Hannibal Mejbri, né à Ivry sur Seine et passé par l’AC Boulogne Billancourt, à l’AS Monaco. Un an avant, formé à Sucy e nBrie, Joinville et SaintMaur, c’est vers Monaco que s’était pourtant orienté Sougoutou Magassa, une des révélations de la saison en L1.

Pour un Kolo Muani, un Mukiele ou un Mbappé repêchés à Francfort, Leipzig ou Monaco, un Coman, un Rabiot ou un Diaby envolés vers la Juve et Mönchengladbach, c’est Kimpembe et Zaïre-Emery qui rappellent à leurs dirigeants qu’il n’est pas forcément nécessaire d’aller chercher ailleurs ce que toute la planète foot, ou presque, trouve au pied de chez eux…

Tom Boissy

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