lundi 26 février 2024

Jonas Vingegaard se met-il en danger ? 2024 en 10 questions fortes

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Eric Mendes
Eric Mendes
Journaliste

A l’aube d’une année 2024 qui s’annonce passionnante, Le Quotidien Du Sport a posé les bonnes questions.

2023 a été une année exceptionnelle avec l’exploit de la Jumbo-Visma qui a dominé les trois grands Tours avec trois coureurs différents. Jonas Vingegaard a confirmé qu’il était un leader redoutable pendant que Tadej Pogacar a continué à enchaîner les succès. Tout comme Remco Evenepoel revenu à son meilleur niveau. Sans oublier Mathieu Van der Poel imbattable sur les courses d’un jour ou encore Primoz Roglic, Wout Van Aert et Christophe Laporte, le nouveau champion d’Europe. Alors que peut-on attendre de 2024 ?

Vingegaard prend-il un risque en se focalisant sur le Tour ?

« Je verrai cet hiver ce que je ferai en 2024, mais le Tour de France reste la plus grande course au monde. Le Tour de France est spécial. Je pense que je vais tenter de le gagner encore l’an prochain. » A peine le temps de célébrer sa victoire sur le Tour 2023 que Jonas Vingegaard affichait la couleur pour son année 2024. Et le jaune sera forcément dans un coin de sa tête. Le leader danois du Team Visma Lease a Bike veut affirmer sa mainmise sur l’épreuve reine du cyclisme mondial.

A 27 ans, Vingegaard est au sommet de son art et si le Tour 2022 sonnait comme une révélation, la confirmation a bien eu lieu en 2023 malgré la concurrence et la pression du résultat. Pour cette nouvelle saison, Vingegaard aura donc pour objectif principal le Tour de France. Il était tout aussi enthousiaste au moment de découvrir le parcours de la prochaine édition qui partira d’Italie. Et si en 2023 il avait doublé les grands Tours avec le Tour puis la Vuelta, on aurait pu penser que le Giro soit dans ses plans. Sauf que ce ne sera pas encore le cas avec un Tour taillé sur mesure pour ses qualités.

Et ses adversaires sont les premiers à le reconnaître. Son manager général a conscience de la capacité à Vingegaard de se montrer à la hauteur des défis qui l’attendent. C’est d›ailleurs pour cela qu’il n’a pas hésité à laisser partir son autre leader Primoz Roglic, permettant au passage à Sepp Kuss de prendre un peu plus d’ampleur avec l’équipe néerlandaise.

« Mais pour moi, gagner le Tour de France de cette manière-là, mais aussi gagner des étapes sur la Vuelta et aider Sepp Kuss, ça fait de lui un grand coureur, une personnalité. » Jonas Vingegaard est prêt à prendre le risque de tout miser sur le Tour de France en 2024. En 2023, cela lui a réussi tout en trustant des succès sur les plus grandes courses que ce soit le Tour du Pays basque ou le Critérium du Dauphiné.

Désormais, le Danois sait calculer sa préparation et ses efforts pour arriver au top le jour J apprenant même à se débrouiller seul pour ne pas subir les assauts de ses adversaires. Le talent additionné à l’expérience, Vingegaard risque d’encore mener les débats sur les routes du Tour en 2024.

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Pogacar est-il encore capable de gagner le tour ?

Toujours numéro 1 mondial au classement UCI, Tadej Pogacar n’a plus remporté de grands Tours depuis 2021. C’est une réalité. Si le phénomène slovène a toujours connu le podium en 5 participations (4 sur le Tour et 1 sur la Vuelta), il est difficile de croire qu’il a subi la loi du plus fort en l’occurrence Jonas Vingegaard depuis 2022. Pour cette nouvelle saison, le Tour de France sera encore l’objectif majeur du leader de l’équipe UAE Team Emirates. Désormais, il n’aura que le jaune à aller chercher.

A 25 ans, il est temps pour lui de laisser le maillot blanc aux autres. « Il sera encore sur le Tour en 2024 pour venir prendre sa revanche. » Matxin Fernandez, son manager général, en est convaincu. Pogacar est encore capable d’aller décrocher la 1ère place du classement général de la Grande Boucle. Tout comme en 2020 et 2021.

Son équipe sera encore présente pour l’y aider. Et si Pogacar est un coureur qui veut participer à toutes les courses et ne pas délaisser la période des Classiques, il y aura sûrement des choix à faire pour ne pas connaître une nouvelle mésaventure comme sur le dernier Liège-Bastogne-Liège et sa blessure au poignet qui l’avait contraint à une course contre le temps pour récupérer et se présenter au départ du Tour de France. L’équipe UAE Team Emirates sera encore bien armée pour l’aider dans son objectif majeur.

Surtout que la montagne n’est pas faite pour l’effrayer et que les chronos peuvent souvent lui sourire. Lui le vainqueur de Paris-Nice 2023 connaît également les routes de l’arrière-pays niçois. Il pourra vraiment se montrer à son aise et prouver qu’il est encore capable de viser la 1ère place du podium sur le Tour. A 25 ans, il possède aussi l’expérience pour apprendre de ses erreurs et il sait très bien que sans ses coups de fatigue, il n’aurait pas été loin de Vingegaard. A lui de confirmer maintenant que le meilleur de Pogacar est encore à venir sur le Tour.

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Evenepoel sera-t-il plus qu’un outsider sur la grande boucle ?

A 24 ans, Remco Evenepoel va enfin découvrir le Tour de France. Longtemps protégé par son manager général Patrick Lefevere, le prodige belge va continuer son apprentissage du haut niveau en découvrant la course de référence. Avec 4 grands Tours à son actif (2 participations sur le Giro et 2 sur la Vuelta), il a déjà prouvé qu’il était capable d’aller chercher la 1ère place d’une course de trois semaines en remportant le Tour d’Espagne en 2022. Mais face à Jonas Vingegaard et Tadej Pogacar, Remco Evenepoel serat-il armé pour suivre la cadence de deux anciens vainqueurs de la Grande Boucle ?

Personne ne conteste son talent et sa capacité à se lancer sur une course pour gagner. Ses 7 victoires d’étapes (2 sur le Giro et 5 sur la Vuelta) peuvent en attester, il sera à surveiller. Il faudra aussi bénéficier de la réussite. En 2023, il a tout de même dû abandonner le Giro alors qu’il était porteur du maillot rose à cause d’un contrôle positif à la Covid. Alors que sur la Vuelta, il est perd du temps dès le contre-la-montre par équipes inaugural alors que la nuit est tombée soudainement sur les routes espagnoles, cela ne l’empêchera de reporter le maillot rouge avant de le perdre définitivement après une défaillance lors de la 13ème étape.

Le champion du monde 2022 a appris de cette année et de cette épreuve. Au moment de reprendre l’entraînement, Remco Evenepoel n’avait pas caché sa motivation en donnant un indice sur sa prochaine participation au Tour de France. « Allez c’est parti ! En route vers la Grande Boucle. » Un message clair qui confirme son envie de ne pas se manquer pour sa première participation. De quoi ravir Christian Prudhomme, le patron du Tour, qui n’a pas manqué de le voir comme l’un des futurs grands acteurs de l’édition 2024, au moment d’officialiser le départ de Lille 2025.

« Je le considère comme l’un des favoris du Tour 2024. Pas le grand favori, parce que ce statut-là est réservé à Pogacar et Vingegaard, mais il peut être ce petit grain de sable, parfois inattendu et inespéré, qui, avec cette folie qu’il a en lui, bouleverse tout. Je me souviens de cette phrase de Luis Ocana, je ne sais pas si je vais gagner le Tour, mais, je vais, en tout cas, l’influencer. Cela vaudra pour Remco aussi. Qu’il gagne ou non, il imprimera sa griffe à l’épreuve, ça, j’en suis convaincu. »

Wout Van Aert a-t-il raison de viser le giro ?

Ce sera l’une des grandes curiosités de la saison. En effet, Wout Van Aert a décidé que sa saison ne passerait pas par le Tour de France. « Mon grand objectif pour 2024 sera le Giro, expliquait-il au sortir d’une course en Colombie l’automne dernier. Ce n’est un secret pour personne que j’aime l’Italie, pour son environnement, sa gastronomie et le caractère de ses habitants. » C’est donc dans la peau de leader que Van Aert découvrira enfin le Giro à 29 ans. Déjà vainqueur de 9 étapes sur le Tour, le polyvalent belge fera tout pour connaître le même succès sur le Giro. Il devrait même doubler avec la Vuelta au mois d’août.

Un Tour d’Espagne qu’il ne connait pas également. Ses uniques participations (5) étant sur la Grande Boucle. Le Belge a déjà démontré sa capacité à briller sur tous les terrains et s’il arrive en forme en Italie, tout est possible. C’est surtout l’occasion de se jauger et de (sa)voir s’il est un coureur susceptible de viser les premières places d’un grand Tour. Sur les 3 Tours de France qu’il a bouclés, il a toujours tourné autour du Top 20 (20ème en 2020, 19ème en 2021 et 21ème en 2022). Mais c’était surtout comme coéquipier de luxe qu’il réalisait ses performances.

Pour autant, l’ancien maillot vert a déjà annoncé qu’il n’allait pas changer sa façon de courir pour se focaliser sur le général. Il veut continuer à viser des étapes et c’est après que le général prendra son importance ou pas. Wout Van Aert veut continuer à prendre du plaisir sur son vélo tout se focalisant sur sa capacité à finir le premier sur la ligne. D’autant plus que le natif de Herentals a aussi les Jeux Olympiques dans un coin de sa tête et il sait que les efforts consentis pourraient se payer à Paris.

Mais avec le Tour de l’Algarve, les Strade Bianche, le Tour des Flandres et Paris-Roubaix, il y aura de quoi faire avant de basculer sur le Giro puis les JO. On n’est pas à l’abri d’une belle surprise en mai sur les routes italiennes avec le talent qui est le sien.

La Bora est-elle armée pour offrir (enfin) le tour de france à roglic ?

En s’offrant les services de Primoz Roglic, la BORA-hansgrohe a réussi un gros coup sur le marché des transferts. Alors qu’il était encore sous contrat avec la Jumbo-Visma, le Slovène a préféré tenter sa chance ailleurs et continuer à croire dans son destin.

Son leadership avait été remis en cause au sein de la formation néerlandaise avec la confirmation de Vingegaard et l’avènement de Kuss. Pour Roglic, il était donc évident que pour viser le Tour de France, il fallait qu’il trouve un nouvel employeur. Et les Allemands de la BORA-hansgrohe en ont profité. Mais si chez Visma, les lieutenants de qualité ne manquaient pas, chez BORA, on peut s’interroger.

Qui sera capable d’aider Roglic dans les moments difficiles. Au regard des profils, l’expérience ne manque pas avec notamment Emanuel Buchmann, Nico Denz, Bob Jungels, Lennard Kämna, Daniel Felipe Martinez, Aleksandr Vlasov ou encore Maximilian Schachmann. Pour la BORA-hansgrohe, il est évident que la stratégie de l’équipe a pris un virage plus audacieux avec l’arrivée de Primoz Roglic. Déjà vainqueur de la Vuelta (2019, 2020 et 2021) et du Tour d’Italie (2023), c’est le dernier défi La Visma de Sepp Kuss compte bien continuer sa razzia sur les grands Tours… de sa carrière.

Il veut remporter le Tour de France en 2024. A 34 ans, il sait qu’il ne lui reste plus beaucoup d’années. Richard Plugge, son ancien patron, a reconnu que pour lui, Roglic possède encore cette capacité à aller chercher de grandes victoires… Même sous de nouvelles couleurs.

« J’ai trop de respect pour Primoz pour rendre son départ compliqué. On est encore en bons termes et on est toujours amis. Pour moi, il sera toujours notre grand coureur, notre roi, qui a commencé avec nous en 2016 et qui nous a permis de gagner. Il fera partie de notre histoire pour toujours, on est tellement fier de ce qu’on a fait ensemble. Maintenant, il voulait partir et c’est comme ça, c’est comme quand les enfants veulent quitter la maison parentale, c’est normal, je suis content pour lui. C’est un compétiteur, on sait à quel point il est fort, donc il faudra le battre l’année prochaine, ce sera plus compliqué. »

Alaphilippe, l’année de trop chez soudal-quick-step ?

En fin de contrat en 2024, Julian Alaphilippe ne devrait pas prolonger avec l’équipe de Patrick Lefevere. Si la possibilité d’un départ a été évoquée dès cette saison, le double champion du monde va finalement jouer sa carte personnelle dans une formation où son statut de leader est constamment remis en cause.

Il ciblera ses objectifs. A commencer par le Santos Tour Down Under, les Strade Bianche, Milan-San Remo et le Tour des Flandres. Pour le reste, rien n’est sûr. Même le Tour de France pourrait lui échapper à moins qu’il arrive à convaincre qu’il peut être au service de Remco Evenepoel. Les rumeurs sont déjà nombreuses comme un départ chez TotalEnergies, mais les prétendants ne manqueront pas pour recruter l’un des meilleurs coureurs du peloton.

Gaudu est-il capable de passer un cap ?

Malgré un Top 10 et une 9ème place au général du Tour de France, David Gaudu n’était pas satisfait au moment de quitter l’édition 2023 du Tour de France. Le leader de la Groupama-FDJ sait qu’il est capable de faire mieux et son discours reste le même. Il veut encore viser un podium et le Tour de France 2024 pourrait lui permettre d’y croire avec de nombreuses étapes de haute montagne. Il a toujours la confiance de son équipe et de ses coéquipiers. Gaudu prend de l’ampleur chez Groupama-FDJ. A lui maintenant de le confirmer dès cette saison.

Démare peut-il redevenir le meilleur sprinteur du monde ?

Après avoir fait toute sa carrière chez Groupama-FDJ, Arnaud Démare a décidé de tenter le pari d’Arkéa-B&B Hotels. Au sein de l’équipe bretonne, le Picard retrouvé des couleurs et surtout il s’est rapproché de la barre symbolique des 100 victoires. A 32 ans, il reste encore l’un des meilleurs sprinteurs du peloton et Emmanuel Hubert n’a pas hésité à tailler une équipe capable de se mettre au service de l’ancien champion de France avec notamment la venue de coureurs comme Florian Sénéchal, Clément Venturini sans oublier Miles Scotson.

Cavendish doit-il insister pour gagner une nouvelle étape sur le tour ?

Au moment de voir le parcours du Tour de France, Mark Cavendish ne cachait pas sa déception. Avec une dernière semaine montagneuse, le Britannique sait qu’il n’aura pas beaucoup d’occasions d’aller enfin battre le record de 34 victoires d’étapes qu’il détient avec Eddy Merckx. Alors qu’il aurait dû pren-dre sa retraite, Cavendish repart pour un Tour à 38 ans. Il sait que les opportunités seront rares, mais Astana est prête à lui offrir une équipe à son service avec notamment l’arrivée de Michael Morkov comme poisson-pilote ou encore Max Kanter. Mais c’est quand on ne l’attend plus que Cavendish sait se surpasser.

Quintana peut-il redevenir quintana ?

Après un an sans courir, Nairo Quintana effectue son retour dans le peloton au sein de la Movistar. La formation espagnole n’a pas hésité au moment de tenter le pari de relancer l’ancien vainqueur du Giro et de la Vuelta. A 34 ans, le grimpeur colombien va devoir démontrer qu’il est encore capable de repousser ses limites. Sur les derniers championnats sur route de Colombie, il avait pris la 3ème place. La condition semble être toujours présente, mais il faudra vite se remettre dans le bain. Car, pour le moment, il n’a qu’une année de contrat avec la formation d’Eusebio Unzué. Soutenu par tout un pays, Quintana ne manquera pas de motivation pour bousculer les montagnes.

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