jeudi 13 juin 2024

Josip Skoblar : « L’OM reste encore le plus grand club de France »

À lire

Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Depuis sa Croatie natale, à 80 ans, il ne manque aucun match de l’OM, jamais indifférent à toutes les péripéties de son club de cœur. Mais si le recordman des buts inscrits en championnat sur une saison, Josip Skoblar (44 en 1970/1971) a accepté de sortir de son silence médiatique pour Le Quotidien du Sport, c’est parce qu’il avait des choses de dire. Tendez bien l’oreille, il va encore droit au but !

Que vous inspire l’OM de Sampaoli ?

Je ne peux pas dire que j’aime bien ce style de coach et de management, mais je pense qu’il a réussi à bâtir une équipe solide et cohérente. Tellement d’entraîneurs ont échoué avant lui qu’il faut reconnaitre que cet OM là évolue en équipe, avec des joueurs talentueux, et qui font preuve d’engagement, d’une mentalité digne de ce que représente le club aux yeux des supporteurs.

Depuis les années Deschamps, dans la durée, on n’avait plus vu ça à l’OM. Hors PSG, pendant que des clubs comme Lille, Rennes, Nice et même Lyon progressaient, l’OM régressait tous les ans un peu plus à échouer à offrir un vrai projet sportif, une équipe digne de la passion de cette ville. Cette fois, on sent que c’est un peu plus sérieux, plus professionnel, plus stable.

« Sampaoli a ramené du sérieux et du professionnalisme »  

Vous évoquez l’ère Deschamps comme une référence, parce qu’il s’agit du dernier titre ?

Pas seulement. Je considère effectivement qu’un entraîneur qui gagne a toujours raison. Mais, pour avoir été au club à cette période, j’ai beaucoup apprécié l’état d’esprit et la personnalité de Didier (Deschamps). Il formait avec Guy Stephan, un staff très pro qui a été capable de construire un vrai collectif, avec des dirigeants qui lui ont donné les moyens de son ambition.

Il a quand même un titre et trois Coupes de la Ligue. Dommage qu’il ne soit pas resté plus longtemps. On touche là aux limites d’un club très compliqué où il est difficile de s’inscrire dans la durée.

Quel souvenir gardez-vous de vos années de directeur sportif à l’OM à la fin des années 70 ?

Quand j’estimais faire un pas en avant, le club et ses dirigeants en faisaient deux en arrière. Je suis resté deux ans, j’en ai eu marre, je suis parti. Et lorsque je suis revenu au début des années 2000, ce n’était pas vraiment mieux. Bernard Tapie était revenu au club pour s’occuper du recrutement… ce fut certainement sa plus grande erreur.

Josip Skoblar rend hommage à Trésor

Vous avez connu les deux présidents qui ont le plus fait gagner l’OM : Marcel Leclerc et Bernard Tapie. Lequel avez-vous préféré ?

On ne peut rien enlever au bilan de Tapie qui a investi de son argent, au contraire de Leclerc, et est parvenu à gagner la Ligue des Champions. Il avait une vision, un objectif et a tout fait pour l’atteindre. Avec Leclerc, lorsque le club a été en position de rivaliser avec les meilleurs clubs européens, après notre titre de champion de 1971, il a préféré récupérer de l’argent, vendre des joueurs essentiels plutôt que de se renforcer, ce qui nous aurait permis de rivaliser.

Vendre Charly Loubet, un des meilleurs ailiers gauches de France, qui mettait une vingtaine de buts par saison, pour recruter Couécou qui ne jouait pas au même poste, a été une erreur qui ne nous a pas permis d’exister en coupe d’Europe.

Skobar a adoré Tapie

Vous échouiez régulièrement face aux meilleurs, l’Ajax en 1971, la Juventus en 1972 et Cologne en 1973…

A domicile, on était à la hauteur, mais à l’extérieur, on n’était pas assez costauds. Pourtant, on a mené 1-0 face à l’Ajax deux fois, face à la Juve… Ça manquait de stabilité, d’expérience parce que le président n’avait pas de vision à long terme.

Sur deux ou trois ans, on avait été meilleur que notre grand concurrent de l’époque, l’AS Saint-Etienne, où Roger Rocher a su faire ensuite les efforts qu’il fallait pour garder ses meilleurs joueurs et en recruter d’autres. A l’OM, Trésor a été la seule recrue qui a apporté une plus-value. Après, tout le monde est parti; Novi, Magnusson, Bonnel, Gress… et moi à six mois de la fin de mon contrat car je ne cautionnais plus cette politique.

Les gens ont dit que c’était parce que Jairzinho et Paulo Cesar arrivaient, mais c’est faux. J’ai demandé au président Méric de me libérer, il a accepté et après un jubilé face au Real Madrid (le 15 novembre 1974 au Vél’, Ndlr), je suis revenu finir ma carrière à Rijeka. Le Cosmos New York voulait me recruter, mais je n’ai pas donné suite.

« L’OM a été ma chance… mais j’avais le niveau pour jouer dans un club du top européen »

Vous étiez un des meilleurs attaquants d’Europe, comment viviez-vous le fait de ne pas jouer dans un club qui faisait partie du gotha ?

A vrai dire, je n’ai pas beaucoup eu le choix. En quittant la Yougoslavie, je ne pouvais ni aller en Angleterre, qui était fermée, ni en Espagne, où il y avait un dictateur, Franco, ni en Italie, où régnait un embargo. Donc j’ai signé à Hanovre en Allemagne, mais sans pouvoir jouer au début car mon contrat n’avait pas été enregistré à temps.

L’OM a donc été une bonne opportunité. Mais je ne connaissais rien de ce club, de cette ville. Au final, je ne regrette rien car j’ai eu la chance de bien tomber j’aurais pu tomber bien pire en France ! -, et j’ai adoré être à Marseille, mais mon niveau de jeu aurait pu me permettre de jouer dans un club de top niveau européen. Dans ce contexte, l’OM a été ma chance.

Quel fut le meilleur joueur avec lequel vous avez joué ?

Roger Magnusson avait une capacité d’élimination, un dribble exceptionnel, qu’on n’a jamais retrouvé chez aucun joueur ensuite.

Skoblar pas fan de la Ligue Conférence

Que faudrait-il pour que l’OM redevienne un candidat au titre sérieux ?

Avoir les moyens de recruter les meilleurs joueurs, tout simplement, comme le fait le PSG. Et alors, ça pourrait très vite repartir parce que la passion est restée la même et les supporteurs ne demandent qu’à s’enflammer de nouveau.

C’est d’ailleurs pour ça que l’OM restera toujours supérieur au PSG, un club qui n’a pas d’âme et qui ne base sa réussite que sur l’argent. A Marseille, il y a autre chose, une ferveur, une passion qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Même si ça dépasse parfois les limites et que ça se retourne contre le club. Pour moi, l’OM reste encore le plus grand club de France.

Mais qui va jouer la Ligue Europa Conférence cette saison…

Encore une belle bêtise de l’UEFA, une nouvelle invention qui ajoute une compétition de plus à un calendrier déjà chargé et qui nuit à la qualité du jeu. Après la Ligue des Champions qui ne concerne pas que les champions, mais peut sacrer le cinquième d’un grand championnat, l’Euro qui concerne de plus en plus de sélections, 38 pays qui participent désormais à la phase finale de la Coupe du monde, c’est n’importe quoi.

C’est un manque de respect pour les grands clubs des petits pays, pour les footballeurs et au final pour les supporteurs. Que vont-ils maintenant inventer de plus pour faire encore plus de bénéfices ? C’est scandaleux. Je ne pense pas que tout était mieux avant, de réels progrès ont été faits à tous les niveaux pour améliorer le spectacle, surtout dans la qualité des pelouses, des crampons, des ballons, des entraînements, etc… mais tout ça est gâché par l’avidité des instances.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Actu

spot_img
spot_img

À lire aussi