lundi 4 mars 2024

La mise en garde de Jean-Claude Plessis : « Le FC Sochaux est vivant, mais il n’est pas encore sauvé »

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Arnaud Bertrande
Arnaud Bertrande
Rédacteur en chef — Pole Sport Lafont presse

SOCHAUX (Nat.) – LORIENT (18h)

À 79 ans, l’ancien président sochalien (de 1999 à 2008), Jean-Claude Plessis, a œuvré durant l’été pour sauver son club. Si l’avenir du FCSM reparti en National est encore incertain, celui qui préside également l’AS Brestoise (Régional 2) ne lâchera rien. Entretien pour Football magazine et Le Quotidien Du Sport.

Le club est-il définitivement sauvé ?

Non. On l’a sorti cet été de l’eau, on l’a ranimé, mais le club est toujours en difficulté. Le trou était quand même assez important. On réduit les frais et la voilure. On va tout faire pour le sauver, mais il faut encore trouver de l’argent.

Financièrement, quelle est la situation ?

Pour assurer la saison prochaine, il faut trouver de l’argent, soit avec un nouvel investisseur, soit nos investisseurs remettront au pot, soit les collectivités locales nous aideront. Tout est sur la table. Le club est vivant, mais il n’est pas encore sauvé parce qu’il y avait quand même un gros trou à boucher.

On est un club équipé pour la Ligue 1, tant au niveau du stade que de certains frais alors qu’on n’est qu’en National ce qui pose quelques soucis même si la masse salariale a considérément diminué. On est un des rares clubs de National à avoir un centre de formation et ça pèse dans la gestion, mais on ne le regrette pas, c’est notre ADN.

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Sochaux a, à peine sorti la tête de l’eau

En voulez-vous à l’ancien propriétaire chinois ?

Le club a été martyrisé depuis des années, mais pas que par les Chinois. C’est un club qui était beau, qui était sain quand je l’ai quitté. Il a été bradé à des premiers chinois. Ensuite, il y a eu des Basques puis d’autres Chinois. Maintenant, ce sont les Francs-Comtois qui le dirigent !

Ce qui s’est passé à Sochaux, est-ce aussi un signal d’alerte pour le football français alors que de nombreux clubs ont été rachetés ?

Evidemment. Il n’y a peut-être pas que des incompétents dans les étrangers qui reprennent les clubs, mais il n’y a sans doute pas l’amour du club comme je peux le trouver aujourd’hui parmi mes actionnaires. Ils ont joué au football à Sochaux, ils ont été voir des matches depuis tout petit avec leur père, leur grand-père. Ils emmènent aujourd’hui leur petit-fils. C’est une culture.

Comment voulezvous que des étrangers puissent appréhender l’histoire de tous ces grands joueurs qui sont sortis du centre de formation. Le stade Bonal à Sochaux, c’est la Tour Eiffel à Paris ! Quand le club a failli disparaître, il fallait voir le désespoir de tous les gens même parfois des gens qui n’allaient pas au foot. C’est leur identité. Avant, c’était Peugeot, maintenant c’est le foot. *

On essaie de leur redonner avec des gens du cru, mais sans doute qu’un jour il faudra ouvrir le capital à d’autres, mais on essaiera de trouver des gens qui ne sont pas des spéculateurs. Pierre Wantiez et moi, on est venus pour sauver notre club, mais on n’est pas venus pour rester.

Plessis ne va pas rester une éternité à Sochaux

Vous avez été fait citoyen d’honneur de la ville, le public a crié « Merci Plessis », ça vous a touché ?

Ça fait plaisir. Dans la rue, tout le monde me salue. J’ai passé 10 ans de ma vie ici avec certains succès parce que j’ai eu la chance d’être à l’éclosion de la génération des Frau, Pedretti, Meriem, etc.

Une génération dorée. On a vécu des années merveilleuses. C’est un club familial et ces joueurs n’ont pas retrouvé ça ailleurs. D’ailleurs, la plupart sont restés vivre dans le coin et travaillent même au club. Il y a des Brésiliens qui habitent encore à Montbéliard ! Si le club avait disparu, ça aurait été une catastrophe économique. Notre objectif est de rendre ce club rentable et à l’inverse de ce qui est fait.

Le football est en danger de vendre son âme systématiquement. C’est vrai que c’est dur de gérer un club. Mais, les capitaux étrangers s’ils viennent, c’est quoi leur intérêt à part de découvrir la formation à la française ? Sadio Mané était intéressé à un moment donné par Sochaux, à cause du centre de formation. Il a opté pour Bourges, mais je ne vois pas ce qu’il va y faire…

Cest quoi le projet Sochaux 2028 ?

2028, ce sera déjà le centenaire du club. L’objectif, c’est de remonter à un niveau convenable, à un niveau professionnel et ne plus être en National. Mais avant de penser à la L1, il faut déjà être en L2 et ne pas descendre cette année sinon le club est mort car le centre de formation disparaitrait. On peut encore rester une année en National, mais pas éternellement. Le centre de formation coûte 3,5 M€ et sans centre de formation vous n’avez plus de FC Sochaux !

Sochaux veut retrouver la Ligue 2

Le club n’est-il pas davantage dimensionné aujourd’hui pour la L2 que pour la L1 ?

Il est dimensionné pour la L1, le tout est de savoir si on a la capacité d’être en L1 et à quelles conditions. On a essayé d’y être à tout prix ces deux dernières années et on s’est retrouvé avec 25 M€ de pertes ! Montons en L2 et voyons comment ça se passe.

Il y a 10 ans, le club était en L1…

On a failli monter les deux dernières années. On a le public, le stade et les joueurs. C’est un miracle ce qui nous arrive cette année. Avec une équipe qui a été bâtie en huit jours, on arrive à être parmi les meilleures équipes de National. Je note surtout la jeunesse de notre effectif.

Ça veut bien dire qu’on est un club formateur qui a de l’avenir. C’est une équipe enthousiaste, pleine de jeunesse avec un entraîneur qui n’a pas peur de faire jouer des jeunes. C’est beau à voir ! La réserve fournit aujourd’hui des joueurs de grande qualité.

Si on était resté en L2, ces joueurs n’auraient jamais joué… C’est le hasard de la vie qui veut qu’ils jouent autant et qu’ils puissent montrer leurs qualités. Et je me dis : « Et si on était au début de quelque chose comme avec les Meriem, les Frau, Pedretti… » Si on repartait avec une telle génération qui peut nous ramener en Ligue 1 assez rapidement.

« Sadio Mané était intéressé par Sochaux, il a préféré Bourges »

Monter en L2 dès cette saison y croyezvous ?

On a le potentiel. Mais le championnat est encore long et le Red Star semble au-dessus. En tout cas, je suis satisfait de l’équipe qui a su séduire le public. Les supporteurs sont chauds bouillants. On a du plaisir à voir ces jeunes qui se battent et qui sont dans la lignée de leurs prédécesseurs.

Quel club vous inspire aujourdhui ?

Il y a quelques années, j’aurais dit Auxerre. Je pourrais dire Lens ou Clermont, mais je ne crois pas qu’on a besoin de s’inspirer, c’est nous les inspirateurs ne serait-ce que par notre centre de formation. Il faut qu’on retrouve nos valeurs, mais on les a actuellement avec nos jeunes. On s’est un peu perdu ces trois,quatre dernières années, mais j’ai confiance. Et puis, on a un public formidable.

Un public qui a mis la main à la poche pour sauver le club !

C’est aussi pour ça qu’on s’est battu. Les socios font désormais partie du conseil d’administration. Ils pourront voir comment le club est géré.

Le club a gagné la Coupe de France, la Coupe de la Ligue. Rêvezvous de revivre de tels moments ?

Ce passé, c’est le mien ! Mais je ne pense pas que je revivrai de tels moments, je partirai avant, mais j’espère qu’on mettra le club sur orbite pour connaître de nouveau la même chose. Je ne vais pas soulever la Coupe d’Europe à 93 ans, je ne veux pas être la Madame De Fontenay du football !

Plessis, le sauveur des petits clubs

Strasbourg, Brest, vous avez fait quelques infidélités à Sochaux…

Strasbourg, c’était autre chose et je ne suis pas resté très longtemps. L’actionnaire s’est fait avoir. Brest, j’étais président du club il y a 40 ans. J’ai repris le club quand ils sont venus me chercher il y a quelques années (en 2021, Ndlr). Je suis bi-président, à Brest et à Sochaux.

Brest est un club de Régionale 2 qui fonctionne très bien avec 550 licenciés. J’ai des gens sur place. Si quelqu’un veut prendre ma place, il n’y a pas de souci. J’ai un pied à Brest, un pied à Sochaux. Ma famille est restée à Brest, ma femme me rend visite de temps en temps à Sochaux.

Je passe trois semaines ici et une semaine à Brest. J’ai vécu 10 ans à Sochaux. On a tout gagné, on était allé trois ou quatre fois au Stade de France. Ce n’est pas Sochaux que j’aime, mais les Sochaliens, les Francs-Comtois ! Je ne pouvais pas laisser disparaître ce club ! Mais ce n’est pas fini, il faut continuer à se battre, à trouver de l’argent.

Malheureusement, il y a aussi quelques licenciements à faire parce qu’on ne peut pas continuer à vivre avec ces charges. Il n’y a pas que des choses sympas à faire, mais quand dans la rue tu rencontres des gens qui te remercient les larmes aux yeux, que le public scande ton nom au stade, tu peux avoir l’impression d’avoir fait quelque chose de ta vie (sic).

Sedan l’a mauvaise

Comprenez-vous que les Sedanais l’aient mauvaise que Sochaux ait été sauvé et pas Sedan ?

Que les Sedanais soient malheureux, je le comprends, mais ça n’a rien à voir ! Sochaux avait accepté la relégation et on se battait pour avoir notre chance en National. Eux, ils ne voulaient pas lâcher le morceau. La défense de Sedan n’a pas été la même que la nôtre.

On a fait un budget de père de famille, sans faire rêver personne. Je me suis battu aussi à Sochaux parce que certains voulaient déposer le bilan et faire démarrer le club en N3 et alors on perdait notre centre de formation. Je ne suis pas un intime de Monsieur Macron et il n’est pas intervenu. On est passé parce qu’on s’est démerdé et qu’on a fait un budget qui tenait la route. Si on avait voulu rester en L2, c’était mort !

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