vendredi 14 juin 2024

Laporte / Brunel : deux bleus chez les cadors

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Après Alaphilippe, Cavagna et Sénéchal chez Quick Step, deux autres Français ont rejoint des formations de top niveau mondial en 2022. Christophe Laporte (Jumbo Visma) et Alexys Brunel (UAE Team Emirates) ont l’objectif commun de franchir un palier tout en aidant leur leader à gagner un grand Tour.

Ce n’est pas forcément pour rester dans l’ombre de Roglic et de Pogacar, leurs deux incontestables leaders, que Laporte (29 ans) et Brunel (23 ans) abordent une saison 2022 placée pour eux sous le signe du changement et de la remise en cause.

En perdant chez Jumbo Visma le statut protégé qu’il avait chez Cofidis, le premier espère aussi trouver les ressources pour sortir de son confort par le haut et repousser ses limites. Régulièrement placé, trop rarement gagnant, le Varois avait besoin de changer quelque chose dans son approche sinon des courses, tout au moins de son métier.

Laporte et Brunel, Les Français ont la côté auprès des équipes du World Tour

En rejoignant l’une des équipes les plus puissantes du peloton, il entend se donner les moyens de ses ambitions, enrichir un palmarès que d’aucuns estiment indigne de son talent. En découvrant le gigantesque et impressionnant nouveau complexe sportif et administratif mis au service de sa nouvelle équipe, aux Pays-Bas, près d’Utrecht, à Hertogenbosch, il a rapidement compris qu’il avait changé de monde et effectué le bon choix pour

« Une nouvelle approche de l’entraînement et de la compétition afin d’optimiser mon potentiel à travers une multitude de petits détails qui peuvent faire la différence. La performance, ça englobe le matériel, la nutrition, la recherche, l’entraînement, etc… »

Il n’a du reste pas tardé à sentir la différence lors du stage de préparation effectué en Espagne, sur la Costa Brava, juste avant les fêtes de fin d’année. Laporte a eu un avant-gout de ce qui va lui permettre, il l’espère, de progresser, notamment dans l’exercice du contre-la-montre, où il estime avant encore une belle marge de progression.

Laporte déjà bluffé par le professionnalisme de Jumbo-Visma

« Etre dans une équipe qui se présente au départ de toutes les courses pour gagner, qui excelle dans tous les domaines de la performance, ça ne peut que me faire progresser. Jusqu’à présent, j’étais loin de tout faire à 100%, notamment dans la préparation, l’alimentation… où une application nous permet après chaque entraînement de prévoir les sortes d’aliments et les quantités adaptées à notre effort. Dans tout ce qui est recherche et matériel, Jumbo-Visma est vraiment un cran au-dessus. Lorsque vous vous entraînez
mieux, vous devenez plus performant sur tous les terrains. Et avec leurs vélos chronos, j’ai envie de voir jusqu’où je peux aller sur le contre-la-montre. »

A l’approche du début de la saison, il avait déjà eu l’occasion de travailler sa position, passant deux jours à Eindhoven pour passer des tests en soufflerie et tester dans la foulée une potence de 14 cm (contre 13 auparavant).

Si, lors des premiers essais, les sensations n’étaient pas excellentes, la démarche est révélatrice de la quête obsessionnelle de la meilleure performance possible incarnée par le nouveau directeur de la performance, Mathieu Heijboaer, spécialiste des études en science du mouvement, mais aussi par Richard Plugge, le manager général de l’équipe, coach en PNL (programmation neurolinguistique).

Une classe d’écart avec les équipes internationales

Dans ce registre aussi, le Français a été surpris de voir à quel point les échanges entre les coureurs autant que les entretiens individuels avec le staff pouvaient être profonds et riches d’enseignements.

De quoi lui ouvrir de nouvelles perspectives d’entraînement, de préparation physique et travail psychologique à faire sur soi, avec toujours le même objectif de progression.

« Jusqu’à présent, je pense que je n’ai pas maximalisé mon potentiel. J’ai été très proche de gagner de belles courses et c’est bien pour passer ce dernier palier là que j’ai effectué ce choix. Je ne veux pas avoir de regrets une fois la carrière terminée. » Il n’en a pour le moment pas d’avoir pris la direction des PaysBas. « Avec des leaders tels que Roglic ou Van Aert, je m’attends à être moins exposé dans les grandes classiques et j’espère que ce sera libérateur et que ça me permettra de m’exprimer davantage. »

Brunel a fait le grand saut

Pour Alexys Brunel, c’est parce qu’il estimait ne pas avoir suffisamment sa chance chez Groupama FDJ qu’il a souhaité s’expatrier… devançant la décision de Marc Madiot de ne pas renouveler son contrat. « Je ne sentais pas assez de confiance de la part du staff.

J’avais surtout ide découvrir autre chose, envie de vivree de nouvelles expériences, une nouvelle culture. Et c’est pour ça que je voulais partir à l’étranger. Mon agent m’a conforté dans mon idée; lui aussi m’a dit que ça me ferait du bien, que j’avais le caractère pour ça. »

De là à se retrouver dans l’équipe du dernier double vainqueur du Tour de France… « J’y vais sans pression, avec beaucoup de curiosité et d’envie, persuadé que j’ai fait le bon choix pour voir le vélo différemment, travailler, m’entraîner, courir aussi d’une autre façon. »

Et se mettre, forcément, au service des nombreux leaders qui encadrent l’ambition d’une équipe boostée depuis deux ans par la réussite de son jeune prodige slovène.

C’est aussi une manière pour Alexys de retrouver pas mal de coureurs de son âge, génération 1998 (Hirschi, Pogacar, Bjerg, McNulty) qu’il avait perdus de vue… alors qu’il était au même niveau qu’eux chez les juniors, parfois même devant.

« Quand je gagne Gand-Wevelgem, Hirschi finit 3ème, et il est 2ème quand je suis champion d’Europe du chrono. Pourquoi ne marcherai-je pas non plus, moi aussi ? »

Brunel veut rattraper le temps perdu

Animé d’un fort sentiment de revanche, Brunel a deux ans pour prouver sa valeur et s’inscrire dans la dynamique de tous ces coureurs français qui cherchent de plus en plus leur bonheur en dehors de l’hexagone.

« Parce que quand je vois tous les mecs de mon âge qui réussissent à l’étranger, je me dis qu’en France il y a quelque chose qui ne va pas… » concluet-il en espérant trouver à l’ombre de Pogacar et d’une UAE Team Emirates plus forte que jamais, avec le recrutement d’Almeida, Ackermann, Bennett, Soler et Ficher Black, assez de lumière pour rattraper le temps perdu.

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