lundi 4 mars 2024

Le coup de gueule de Laurent Nicollin (Montpellier) : « Sans nouveau stade, le club va mourir ! »

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Arnaud Bertrande
Arnaud Bertrande
Rédacteur en chef — Pole Sport Lafont presse

Président du club héraultais depuis le décès de son père le 29 juin 2017, Laurent Nicollin (51 ans le 26 janvier) se bat pour la construction d’un nouveau stade pour que le club perdure.

Quel regard portez-vous sur ce début de saison ?

Al Tamari, Adams et Omeragic sont trois bonnes recrues. La cellule recrutement a bien travaillé. Mais c’est trop tôt pour faire un bilan.

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Adams, cest vraiment la bonne pioche ?

Il jouait en Norvège (à Lilleström, Ndlr), donc on pouvait avoir beaucoup d’interrogations. C’est un très bon recrutement et je pense qu’il va marquer d’autres buts et être encore plus performant.

Certains disent quAl Tamari est le Messi jordanien…

C’est comme ça qu’il est appelé dans son pays. C’est notre Messi à nous ! Qu’il continue à être performant et à enchaîner les bons matches.

Savanier brille, par contre, moins cette saison.

Je ne me fais pas de soucis. Ses stats monteront au fur et à mesure de la saison. Il a toutes les capacités, les qualités techniques et mentales pour y arriver. Je ne suis pas inquiet.

Le club a été champion de France en 2012. Depuis, c’est plus compliqué. Comment jugez-vous l’évolution du MHSC ?

Trois ans avant d’être champion, on était en Ligue 2. Onze ans après ce titre, on est toujours en Ligue 1. Dans le football, il n’y a aucune vérité, aucune logique, la seule logique, c’est celle de l’argent. Plus vous en avez, plus vous pouvez aller haut. On est un club qui est resté à visage humain, avec un petit budget (50 M€, le 13ème de L1, Ndlr), avec des structures qui ne sont peutêtre pas dignes d’un club de Ligue 1.

Je parle du stade, pas du centre d’entraînement. On se maintient, on essaie de s’accrocher avec nos moyens. Il y a des saisons qui sont plus compliquées, d’autres meilleures comme il y a cinq ans quand on a terminé 6ème. On essaie de retrouver un fil conducteur et un certain équilibre avec Michel Der Zakarian qui était parti et qui est revenu.

Il y a eu une année de transition la saison dernière qu’il a pris en cours. Cette saison encore un peu et on espère la saison prochaine, voire déjà cette saison, remettre le club dans les 10 premiers. Parfois, ça ne tient pas grand chose pour terminer 6ème . On continue à travailler pour être performant.

Laurent Nicollin vise le top 10 avec Montpellier

Rêvez-vous d’un nouveau titre de champion ou estce exclu vu le contexte ?

Je ne l’ai jamais rêvé il y a 10 ans parce que pour nous c’était quelque chose qui paraissait irréel. Je ne rêve plus. On peut juste souhaiter et espérer faire un beau parcours en championnat pour accrocher une 5ème ou une 6ème place qui pourrait être synonyme de Coupe d’Europe. Le Graal, c’est de faire une Coupe d’Europe.

Mais on est 1012 clubs à vouloir accrocher cette place. On a néanmoins l’ambition d’aller plus haut sinon ça ne sert à rien. Après, il faut être conscient que je n’ai pas 30 000 personnes à la Mosson, je n’ai pas un budget de 100 M€. On fait avec nos moyens, avec le centre de formation en essayant de recruter intelligemment comme cette année.

Un club vous inspire t-il ?

Au football, personne n’est un modèle. Si vous prenez les 18 clubs de Ligue 1, chaque club a son histoire, son identité, sa logique. Certains clubs se ressemblent plus que d’autres, mais c’est tout. Mon seul souci, c’est de faire avancer mon club pour qu’il soit le plus performant et qu’il aille le plus haut possible.

Je ne regarde pas chez le voisin parce qu’au football il n’y a pas de vérité. Pour certains, ce sont les datas, pour d’autres la formation, etc. C’est une multitude de choses qui font qu’un club est plus performant qu’un autre.

« Au football, personne n’est un modèle »

Beaucoup de clubs français ont été rachetés, votre voisin Toulouse par exemple, avec plus ou moins de succès. Etes-vous ouvert à cette perspective pour faire grandir le club ?

Ce n’est absolument pas à l’ordre du jour. Il n’y a jamais eu d’approche ni de contact. Avec mon frère, on n’est pas vendeurs. Je ne sais pas si ça arrivera un jour. Pour l’instant, ce n’est pas du tout dans notre esprit. Le jour où financièrement on n’arrivera pas à suivre et qu’on n’a plus la foi et l’envie, on réfléchira, mais, pour l’instant, ce n’est pas du tout d’actualité. On est encore le petit village gaulois et ça nous va bien ! On est en Ligue 1, au plus haut niveau du football français.

Plutôt que de céder le club, on espère franchir un palier avec un nouveau stade qui ramènera plus d’argent. Vous pouvez avoir des clubs avec plein de milliardaires, il y aura toujours un premier, un 2ème, un 3ème et un qui finira 9ème ou 10ème. Je ne suis pas trop fan de la course à l’échalotte. Tant qu’on peut s’accrocher avec notre système qui est rare en France on le fera. On n’est pas encore dépassé !

« Montpellier n’est pas à vendre »

Où en est le projet du nouveau stade ?

C’est capital pour l’avenir du club. Mais, vous savez, en France, si les choses se faisaient rapidement, ça se saurait (sic). Nous avons eu un désistement de la Banque des territoires. On essaie de faire un tour du pôle financier pour voir où on en est. On est dans une réflexion de voir ce qu’on peut faire sur le site qui nous a été proposé par la métropole de Montpellier et voir si on peut financièrement boucler le projet qui était pratiquement calé au mois de mai avant ce désistement.

Avec la crise actuelle, les taux ne sont plus les mêmes. Quand vous attaquez un projet avec un taux à 1,5 et qu’il est à 5,5 aujourd’hui, ça coûte de l’argent. On va voir si on maintient le projet sur ce site, si on le stoppe ou si on le fait ailleurs et moins cher. Ce qui est certain, et c’est mon profond sentiment, c’est que, sans un nouveau stade, le club va mourir.

C’est pour ça qu’on se bat corps et âme pour essayer de faire ce stade qui nous amènera un nouveau soufle et qui nous permettra de franchir d’autres paliers ou du moins de nous maintenir à ce niveau. Il faut un nouvel outil pour dégager plus d’argent et faire venir plus de monde au stade.

La Mosson est notre stade historique mais, à un moment donné, c’est le sens de l’histoire, on a besoin de construire un nouvel outil pour amener un soufle nouveau et peut-être voir plus haut. Lille a changé de stade, Bordeaux aussi. Marseille a refait son stade. Lyon a changé de stade. Nice aussi. C’est qu’il y a des raisons. On n’est pas plus bêtes ou plus intelligents. On a besoin de cet outil pour que les gens viennent au stade et surtout consomment.

Nicollin veut s’inspirer de Nice et Lyon pour le stade

Avez-vous des liens avec le club de rugby ?

Ils ont leur stade qui n’est pas adapté au foot, on a notre stade. Ce n’est pas le même sport, ce ne sont pas les mêmes publics. Leur stade ne fait que 12 000 places alors que nous on fait plus de 12 000 à tous les matches. On a de très bons rapports avec Mohed Altrad, mais on ne peut pas envisager une quelconque association concernant le stade.

Le futur stade de foot devrait s’appeler stade Louis Nicollin. Etes-vous néanmoins ouvert au naming ?

On est ouvert à tout. Mais, à la base, c’est la moindre des choses que mon père ait un stade à son nom où on pourra mettre le musée avec toutes ses collections pour lui rendre hommage. Mais sortons déjà le stade de terre !

Que penserait d’après vous votre père de l’évolution du football ?

Je sais ce qu’il aurait dit sur les débordements de supporteurs… On a néanmoins un très bon championnat avec Lens qui a fait une très belle saison dernière. C’est un championnat équilibré où personne ne domine. Nos clubs commencent même à être performants en Coupes d’Europe. Il y a une lutte haletante pour le titre, une autre pour les places européennes et une pour la relégation. A 18 clubs, c’est encore plus compliqué que les saisons précédentes. Après, on n’est pas aux Etats-Unis où il n’y a pas de descente.

Pas de matchs sur le stade du MHR

Seriez-vous favorable à une Ligue fermée ?

Non. Ce n’est pas notre culture. Après, moins il y a de descentes, plus vous pouvez investir et faire de choses et jouer. Quand il y a des descentes, les équipes ne vont pas jouer l’attaque à fond pour perdre des matches ! Mais c’est quelque chose qui n’est pour le moment pas du tout d’actualité et qui n’arrivera selon moi jamais parce que ce n’est pas culturel.

Vous n’avez pas été épargné par les débordements de supporteurs. Le phénomène s’aggrave t-il ?

Des problèmes, il y en a toujours eus. Le football n’est pas un cocon et est le reflet de la société française. Quand vous avez des gens qui agressent d’autres personnes dans une fête de village à coups de couteau, c’est le reflet de la société. Quand vous avez des débiles qui jettent des choses sur des bus ou sur un terrain, je veux bien que ce soit la faute du football et des clubs, mais on n’est pas là pour se substituer aux pouvoirs publics.

Laurent Nicollin regrette la sanction de la LFP

Au final, cest vous qui payez avec un point de pénalité …

On a accepté la sanction. Mais c’est dommage de pénaliser des joueurs et un staff qui eux n’y sont absolument pour rien. Ils ont fait leur boulot du mieux possible pour gagner un match qu’ils avaient d’ailleurs gagné (Montpellier menait 42 dans les arrêts de jeu pour finalement faire 11 lors du match rejoué, Ndlr) et ils sont pénalisés parce qu’il y a un débile qui a lancé quelque chose sur quelqu’un.

Je veux bien qu’on sanctionne un club si des supporteurs rentrent sur le terrain, mettent en danger corporellement des joueurs ou rentrent parce que notre service de sécurité n’a pas fait son travail. Mais quelqu’un qui lance quelque chose depuis n’importe quelle tribune, c’est quand même compliqué d’être sanctionné là-dessus.

Il faut qu’il y ait des sanctions beaucoup plus fortes pour ces gens car les conséquences pour les clubs peuvent se chiffrer en millions d’euros si pour un point on descend en Ligue 2 ou si pour un point on n’est pas européen ou si pour un point tu termines 9ème au lieu de 8ème avec 3 ou 4 M€ d’écart de droits télés. Ces gens se disent supporteurs, se disent aimer le club, en fait ils n’en ont rien à faire. C’est à l’image de la société où il n’y a pas de sanc

tion, où tout le monde fait un peu tout ce qu’il veut parce qu’il n’y a pas la peur d’une sanction derrière. Au lieu de sanctionner systématiquement les clubs, ce serait bien que la personne soit sanctionnée financièrement ou avec de la prison ou du sursis. En tout cas, il faut trouver une solution. Quand c’est un acte isolé, ce n’est ni de la faute des ultras, ni du club.

Nicollin attend de voir la couleur des droits TV

En tant que président, ne craignez-vous pas que les droits télés soient revus à la baisse ?

Ça ne pourra pas être plus bas que ce qu’on a actuellement (663 M€ par saison contre 1,153 milliard avant le fiasco Mediapro, Ndlr). On est très bas, ça ne peut qu’augmenter. Il y aura plus d’argent que cette année. Combien, je ne sais pas, mais il y a un produit qui est intéressant, que les télés malgré tout veulent. Quatre ou cinq (Amazon, Apple, BeIN…) sont intéressées par les droits. On verra si on arrivera au milliard…

La mode est plutôt aux coachs étrangers en L1. Pas à Montpellier. N’avez-vous jamais hésité ?

Non. J’ai un entraîneur (Michel Der Zakarian, Ndlr) avec qui je m’entends très bien, qui fait du très bon boulot. On avait arrêté un moment parce qu’on avait fait quatre ans ensemble. On a alors fait appel à un entraîneur français (Olivier Dall’Oglio, Ndlr). J’ai repris Michel sans me poser la question si c’était un entraîneur français ou étranger.

A partir du moment où j’ai un entraîneur compétent, je n’ai pas besoin d’aller chercher un autre entraîneur. Je souhaite le conserver le plus longtemps possible. Quand il arrivera en fin de contrat (en 2025, Ndlr), on discutera l’année prochaine.

Laurent Blanc pas dans les plans

Laurent Blanc a fait les beaux jours du club comme joueur. N’avez-vous pas songé à lui pour prendre les rênes de l’équipe ?

L’opportunité ne s’est pas présentée qu’il puisse un jour entraîner Montpellier et aujourd’hui j’ai ce qu’il me faut sous la main. Peut-être que ça se fera un jour. Mais en a t-il le désir et l’envie ? Je ne pense pas…

Olivier Giroud, qui était du titre de champion de France en 2012, pourrait-il venir boucler la boucle dans l’Hérault ?

On a toujours d’excellents rapports. Son premier titre majeur, il l’a gagné à Montpellier. Mais il est très bien à Milan et à une époque son souhait était plus de finir aux Etats-Unis. Je ne pense pas qu’il ait en tête de revenir passer un an ou deux à Montpellier.

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