lundi 4 mars 2024

Les vérités de Gaël Angoula (Arbitre en Ligue 1) : « L’arbitrage, c’est de l’interprétation »

À lire

Arnaud Bertrande
Arnaud Bertrande
Rédacteur en chef — Pole Sport Lafont presse

C’est rare un arbitre qui parle. Ancien défenseur de Bastia, Angers ou encore Nîmes où il a raccroché les crampons en 2017 (31 matches de Ligue 1, 109 matches de Ligue 2), Gaël Angoula (41 ans) est aujourd’hui le seul ex-joueur de L1 à arbitrer en L1 ! Il

Des joueurs reconvertis arbitres, il n’y en a pas beaucoup. N’avezvous pas l’impression d’être un ovni ?

En joueurs professionnels, on est cinq à être arrivés au plus haut niveau, Ligue 1, Ligue 2. Mais je suis le seul à avoir joué en Ligue 1.

A LIRE AUSSI : les plus belles femmes de joueurs en photos

Et à létranger ?

Arbitrant au plus haut niveau après avoir joué au plus haut niveau, je suis le seul au monde. tré en Ligue 1. On a discuté, je lui ai posé des questions sur l’arbitrage et, de fil en aiguille, de discussion en discussion, je me suis dit pourquoi pas. Je rentrais dans les critères requis, mais c’était ma dernière année. Si je ne faisais pas ça maintenant, je ne pouvais plus bénéficier de cette passerelle. C’est pour ça qu’il a fallu rompre mes deux années de contrat.

« Je me sens plus important en tant qu’arbitre qu’en tant que joueur »

Si on vous avait dit au début de votre carrière que vous deviendriez arbitre…

… Impossible ! Même cinq mois avant le passage de mon examen fédéral !

Larbitre, dans lesprit des gens, cest celui qui fait des erreurs…

S’il fait un bon match, c’est normal, à l’image d’un pilote d’avion. Il fait atterrir son avion, c’est normal, il le fait décoller, c’est normal, mais s’il fait une erreur, on ne le rate pas. Passer de joueur à arbitre, vous passez de la lumière à l’ombre.

Les joueurs savent-ils qui vous êtes ?

Oui. J’ai été un des leurs pendant pas mal de temps. Ils m’accordent une certaine légitimité du fait d’avoir joué et d’avoir été l’un des leurs.

Essayezvous de convaincre d’autres joueurs de suivre vos traces ?

Beaucoup de collègues m’ont passé des coups de téléphone pour voir s’ils pouvaient prendre cette passerelle. Beaucoup de joueurs de Ligue 2. Depuis 2017, une vingtaine de joueurs a dû m’appeler. Aujourd’hui, les critères ne sont plus les mêmes et il faut avoir 30 ans, je crois, pour bénéficier de la passerelle. Moi, à 30 ans, je jouais en Ligue 1 et je ne me voyais pas arrêter pour faire arbitre. A 34 ans, j’étais en Ligne 2.

Angoula, arbitre jusqu’à 45 ans

Y a t-il toujours une limite d’âge pour arbitrer ?

Non, c’est terminé. Tant qu’on réussit les tests physiques, c’est bon. Mais moi je suis pour le renouvellement donc je ne vais pas arbitrer jusqu’à 60 ans. Jusqu’à 45-46 ans ce sera déjà bien.

Jusqu’à quel niveau espérez-vous arbitrer ?

Je suis déjà arrivé au plus haut niveau français. Pour moi, c’est déjà beaucoup. Maintenant, si je peux faire de l’international, je ne sais pas si mon cas s’est déjà présenté, je le ferai avec grand plaisir.

Le plaisir est-il le même comme arbitre que comme joueur ?

J’ai connu de grosses émotions en tant que joueur parce que j’ai fait des montées, j’ai eu la chance d’être champion de France de National (en 2011, Ndlr) et de Ligue 2 (en 2102, Ndlr) avec Bastia. J’ai eu la chance de monter de Ligue 2 à Ligue 1 avec Angers après 22 ans d’attente dans la ville. Mais c’était noyé dans un collectif alors que là quand j’ai eu mon examen fédéral et quand j’ai arbitré pour la première fois avec le badge de Fédéral 1 ça avait une saveur particulière parce que c’était individuel.

Quel a été votre premier match de Ligue 1 comme arbitre ?

J’ai eu la chance d’en faire un il y a deux ans parce que j’ai remplacé Anthony Gautier qui s’était blessé à l’échauffement sur Marseille-Brest devant 60 000 personnes à guichets fermés (le 4 décembre 2021, Ndlr), mais j’étais arbitre de Ligue 2. Je considère mon premier match de Ligue 1 cette saison (Clermont-Metz le 27 août, Ndlr) parce que j’avais l’écusson.

« Je me sens plus important en tant qu’arbitre »

La pression est désormais tout autre.

Je me sens plus important en tant qu’arbitre qu’en tant que joueur parce que j’ai de grosses responsabilités sur les épaules. Il faut que je sois bon. Entre l’autorité et l’autoritarisme, la frontière est infime et il faut que je reste à ma place.

N’y a t-il pas un match où vous avez eu peur ?

Pas peur. Mais lors d’Ajaccio-Bordeaux, j’ai dû arrêter le match pendant plus d’une heure suite à des débordements dans les tribunes. A la reprise du match, je sentais qu’il fallait un rien pour que le match parte vraiment en vrille et que je sois amené à l’arrêter. Ça a été une gestion de tout, d’éteindre les incendies à droite à gauche pour pas que ça se termine en bagarre générale. Parfois, c’est limite.

Les arbitres ne sont-ils pas assez payés par rapport aux joueurs ?

En Ligue 1, j’ai connu le côté joueur avec forcément des salaires plus élevés. Mais je n’ai pas envie de dire que les arbitres ne sont pas assez payés. Je me contente de ce qu’on me donne et c’est déjà pas mal.

« L’arbitre vidéo ne doit pas prendre le dessus sur l’arbitre de terrain »

Le rugby est un sport à la pointe au niveau de l’arbitrage avec notamment l’apparition du bunker lors de la Coupe du monde. Le football ne devrait-il pas s’en inspirer ?

Je reste sur ma faim avec le rugby, surtout après la Coupe du monde et avec cette histoire de bunker parce que j’ai l’impression que l’arbitre… il n’arbitre plus ! Il est là pour donner les décisions mineures et toutes les décisions majeures sont prises par un arbitre vidéo. Il arbitre quand ?

Moi, on ne m’attend pas sur des touches, des six mètres ou des corners, mais sur des penaltys, des exclusions, des choses importantes. Si je ne peux plus faire ça, est-ce que j’arbitre vraiment, je ne suis pas sûr (le football va tester les exclusions temporaires, Ndlr).

Notre sport, notre arbitrage est celui où il y a le plus d’interprétations beaucoup plus qu’au rugby. Aujourd’hui, ce que je vais juger moi comme faute, vous dans votre canapé, vous allez sûrement dire qu’il n’y a pas faute. Il y a peu de décisions qui font l’unanimité par rapport au nombre de décisions qu’on prend.

Angoula favorable à un arbitre toujours plus humain

Il y aurait peut-être moins de polémiques.

La polémique, dans le football, ça a toujours été. La vidéo, quand il y a une erreur flagrante, oui. Mais l’arbitrage, ça reste de l’interprétation. Moi j’ai fait de l’arbitrage pour ça, pour être arbitre et pour les rapports humains.

Quelques femmes arbitrent, mais pas beaucoup. Seriezvous favorable à ce qu’il y en ait davantage ?

Oui bien sûr. A l’image des femmes, je fais partie des minorités en tant qu’ancien joueur. Je suis favorable à ce que les femmes arbitrent. Stéphanie Frappart m’a arbitré en Coupe de France et ça avait été difficile pour elle. Mais moi que ce soit une femme ou un homme, ça ne changeait rien. Si elle était là, c’est qu’elle était compétente et la preuve vu le niveau qu’elle affiche aujourd’hui. Elle a mis la barre très haut.

En tant que joueur, étiez-vous un joueur compliqué pour les arbitres ?

Oui. Déjà, j’avais une relation conflictuelle avec mes adversaires et, forcément, la barrière entre l’adversaire et moi, c’était l’arbitre qui se mettait entre les deux et qui devait faire, entre guillemets, la garderie. J’ai eu des soucis avec les arbitres, j’étais un joueur compliqué.

Angoula regrette son comportement de joueur

En étant passé de l’autre côté, cela ne vous donne t-il pas des regrets sur certains comportements ?

Oui, surtout que je me suis retrouvé dans des situations où j’ai contesté des choses sans connaître parce que je ne connaissais pas les lois du jeu. Les arbitres appliquaient bêtement les lois du jeu mais, sans les connaître, je les contestais bêtement. Je me suis retrouvé dans des situations que j’aurais pu éviter si j’avais connu les règles.

Seriezvous pour la sonorisation des arbitres comme au rugby ?

J’ai eu la chance d’être sonorisé sur le match Metz-Bordeaux, la saison dernière en Ligue 2, un match important pour la montée. J’ai trouvé que c’était top. Les gens sont friands de rentrer dans notre intimité. J’ai eu énormément de retours positifs de la sonorisation et l’ouverture qui est faite par notre direction de l’arbitrage va dans ce sens.

Beaucoup de jeunes veulent devenir footballeurs mais, au final, peu réussissent. Ne pourrait-on pas mettre davantage l’accent sur la possibilité de devenir arbitre, ce qui permet aussi de côtoyer le milieu du football ?

Quand je suis arrivé en Ligue 1, je me suis rendu compte que dans le foot il y a X métiers. Tous les jeunes veulent devenir footballeurs, mais tout le monde ne va pas y arriver. On peut aussi y arriver par le journalisme ou l’arbitrage. Il y a tellement de métiers dans un stade qui font que tu côtoies le haut niveau. Les jeunes, ils veulent côtoyer Mbappé, Messi. Moi, en tant qu’arbitre, je suis à côté d’eux. Le journaliste aussi. L’arbitrage est un bon moyen d’arriver à ses fins.

À LIRE AUSSI : l’actualité de l’arbitrage à suivre

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Actu

spot_img
spot_img

À lire aussi