lundi 26 février 2024

L’OM s’est-il laissé déborder par ses supporters ?

RENNES - OM (21H05)

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Julien Huët
Julien Huët
Journaliste

RENNES – OM (21H05)

Porté par un engouement unique en France, l’Olympique de Marseille est parallèlement fréquemment en crise avec certains de ses groupes de supporteurs. Entre menaces à l’encontre de Pablo Longoria et caillassage du bus de l’OL, les limites ont-elles été dépassée ?

« Jamais je n’accepterai des menaces dans le cadre de mon travail. » Ephémère entraîneur de l’Olympique de Marseille en début de saison, Marcelino a rapidement pris la décision de démissionner, extrêmement marqué par la violence des incidents ayant opposé fin septembre les groupes de supporteurs à la direction de l’OM. L’affaire avait fait grand bruit et même totalement chamboulé Pablo Longoria : 

« On nous a dit : “Démissionnez tous les quatre, sinon c’est la guerre », avait-t-il assuré à La Provence. Les limites ont été dépassées. En 2023, un dirigeant de n’importe quel club ne peut pas subir ces menaces. Je ne les accepte pas, je n’ai pas eu peur, mais j’étais choqué, je considère que ce n’est pas normal. Je n’avais pas le droit à la parole, je n’étais pas le président du club dans cette réunion.

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Marcelino quitte le club après deux mois

Comment dialoguer quand quelqu’un veut te prouver sa supériorité ?”. Sur le point de rendre son tablier, le dirigeant espagnol a pourtant fait machine arrière. Grâce semble t-il au soutien massif d’une autre partie de la
communauté marseillaise  : 

« J’ai été touché par l’élan de soutien de toutes parts, joueurs, salariés, supporteurs, acteurs du monde politique et institutionnel. Tous ceux qui ont compris la nécessité d’un changement. J’ai eu une longue conversation avec Frank McCourt et le conseil de surveillance qui m’a affiché un soutien inconditionnel. »

Zeroual au coeur de la polémique

« Ces soutiens me font chaud au cœur. Ils montrent tout l’amour, la passion qu’il y a autour de l’Olympique de Marseille. Ça me donne beaucoup d’énergie ». Cible d’une grande partie des critiques médiatiques pour son influence supposée dans la coulisse, le leader des South Winners Rachid Zeroual n’est pas homme à se laisser traîner dans la boue sans réagir. Bien au contraire. Sur RTL, il a démenti avoir menacé de mort quiconque, tout en assumant avoir reproché “des faits très, très graves”  aux dirigeants marseillais  : 

« Pour tous ceux qui veulent me jeter en pâture : essayez toujours. Je suis Marseillais, je suis supporteur de l’OM, je suis là pour supporter mon club. J’aime mon club, j’aime mon groupe de supporteurs. Je déteste les traîtres. » 

Fidèle de l’OM depuis des dizaines d’années, Zeroual est le symbole d’un club où la culture ultra est la plus développée de France.  L’Olympique de Marseille recense sept groupes de fans, dont cinq (Winners, Ultras, Dodgers, MTP et Fanatics) se revendiquent du mouvement Ultras. Au total, ils représenteraient 26 000 abonnés. Un chiffre considérable. Leur pouvoir d’influence l’est donc également.

Et, depuis Bernard Tapie qui leur avait octroyé à la fin des années 1980 le droit de gérer la billetterie et les abonnements des virages, chaque dirigeant passé par l’OM a eu fort à faire pour mettre un terme à ce régime de faveur, ce qui serait enfin arrivé en 2016.

2021, une année noire pour les ultras

En 2021, déjà, Zeroual avait été en première ligne quand 300 fans avaient envahi le centre d’entraînement de la Commanderie pour demander le départ de l’ancien président, Jacques-Henri Eyraud. La scène avait été très violente  : pétards, feux d’artifice, fumigènes, vitres brisées, voitures dégradées…  Rachid Zeroual et Christophe Bourguignon, respectivement leader des South Winners et président des Ultras, avaient écopé de neuf mois de prison, dont quatre fermes. A l’époque, l’avocat de l’Olympique de Marseille, Olivier Grimaldi, avait eu ses mots révélateurs au tribunal :

« L’OM ne peut pas vivre sans ses supporteurs, mais l’OM n’a pas la capacité de choisir ses supporteurs. Nous sommes à Marseille, nous avons les supporteurs que nous avons ». Réalisateur du film « OM, dans les yeux des miens » disponible en replay sur Canal +, le journaliste Philippe Pujol, prix Albert Londres 2014 pour une série d’articles sur les quartiers nord de Marseille, a choisi dans ce documentaire de raconter sa ville de cœur à travers les yeux de huit de ses supporteurs.

Tous ont des profils différents, mais une même passion dévorante pour leur club. Ce qui fait dire au réalisateur : « Soutenir l’OM va bien audelà du sport et des résultats de l’équipe. C’est toute leur vie. » S’il ne vient à personne l’idée de dénoncer cette passion, c’est l’hystérie collective virant trop régulièrement à une agressivité incontrôlée qui est pointée du doigt.

Les Ultras se sont expliqués avec Longoria

Fin octobre, les représentants de six des sept groupes (seuls les MTP étaient absents) de supporteurs officiels, dont Rachid Zeroual des South Winners, sont venus s’expliquer avec Pablo Longoria et le directeur administratif Stéphane Tessier. Pendant près de trois heures, les différentes parties sont parvenues à rétablir le dialogue. Cela est impératif car la classe politique française est incapable de comprendre les enjeux et surtout de prendre le dossier des supporteurs français à bras le corps.

Fin octobre, au lendemain du caillassage des cars des joueurs et supporteurs de l’OL dans les rues de Marseille, à proximité du Vélodrome, Gérald Darmanin, Ministre de l’Intérieur, et Amélie OudéaCastéra, Ministre des Sports, avaient rejeté la responsabilité des actes sur les clubs.

« Soutenir l’OM va bien au-delà du sport et des résultats de l’équipe. C’est toute leur vie » Gérald Darmanin avait réfuté toute « défaillance » de la police dans la protection du bus de l’OL et avait affirmé que c’était « au club de gérer ses supporteurs ». Pour l’OM, comme pour tous les autres clubs français, le message de l’Etat semble clair et tristement simpliste : débrouillez-vous ! Sinon ?

Sinon, les enceintes continueront à être aseptisées avec des interdictions de déplacement à foison, parfois avec des motifs complètement lunaires, et des interdictions de stade individuelles à la moindre incartade. S’il ne faut certainement pas minimiser les écarts de quelques énergumènes, et qu’il faut même massivement condamner ceux qui ont agressé les cars lyonnais, il est terriblement injuste de mettre tous les fans de football dans la même case.

L’OM, un maillot lourd à porter

Ce dimanche 29 octobre au Vélodrome, 99% des supporteurs étaient venus pour vivre un grand match de football dans une grande ambiance. A cause de dizaines « d’abrutis », pour reprendre les mots de la Ministre des Sports, la fête a été gâchée et des centaines de Minots ont quitté le Vélodrome des incompréhensions pleins la tête et des larmes au bord des yeux. Qu’estce qui a vraiment changé depuis ?

Malheureusement, sans doute pas grandchose. A Marseille, comme ailleurs, mais aussi à Marseille plus encore qu’ailleurs, plus que la passion y est considérée par beaucoup comme infiniment supérieure et moins maîtrisable, les clubs restent suspendus au pouvoir d’influence de leurs supporteurs les plus fidèles et actifs. Même Gennaro Gattuso, qui en pourtant vu d’autres à l’AC Milan ou à Naples, le conçoit : l’OM, c’est bien à part.

« C’est un maillot qui est lourd à porter en raison de son histoire lorsqu’on perd avec tant de fans dans le monde, expliquait le technicien italien en fin d’année. Le blason, c’est l’histoire de ce club qui engendre du stress. Moi, je sens la pression, bonne, mais je la ressens. » Il n’y a plus évidemment qu’à lui souhaiter de ne pas la ressentir aussi négativement que son prédécesseur Marcelino.

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