lundi 4 mars 2024

Luc Abalo « J’ai envie de bien finir avec les Bleus… »

À lire

Jean-Marc Azzola
Jean-Marc Azzola
Journaliste

Sans filtre, Luc Abalo dit « Lucio » (36 ans), tout en évoquant son avenir, est au Japon pour sa quatrième et dernière olympiade avec un esprit conquérant. Il s’est confié avant de partir pour Tokyo.

Comment résumeriez-vous votre saison en Norvège à Elverum ?

Cela a été une belle expérience. J’ai été content de jouer une saison là-bas. Finir ma carrière en club par cette expérience en Norvège a été extraordinaire. Cependant, j’ai été un peu déçu que la Covid19 ait stoppé le championnat en février.

Mais, si c’était à refaire, je le referais. J’ai appris beaucoup de choses, sur moi-même, et sur la façon de vivre dans un autre pays et dans un autre groupe.

Qu’y avez-vous appris sur le plan culturel et sportif ?

Sur le plan culturel, pas grand-chose malheureusement car avec la pandémie on restait beaucoup chez nous. En trois mois, j’ai pu quand même pas mal étudier la formation norvégienne, et comment ils jouaient au hand. Sportivement, j’ai débuté dans une équipe qui n’était pas censée être favorite. C’était tout nouveau pour moi.

Vous ne serez donc plus joueur de club la saison prochaine. Est-ce ferme et définitif ?

(Il hésite) Je pars là-dessus. Après, on ne peut jamais prendre des décisions fermes à 100%. Quand on ne change pas d’avis, c’est qu’on est bête. On verra…

Aujourd’hui, avec la Covid, on ne peut pas totalement prédire l’avenir, même à court terme. Laissons le temps et les jours passer. A la base, j’ai l’intention d’arrêter après les Jeux, mais les choses peuvent changer.

Luc Abalo joue ses derniers JO

Si vous continuiez finalement, préféreriez-vous revenir en France ?

Pas forcément. Si on propose à un Norvégien de venir en France, c’est une aventure pour lui. Moi je ne suis pas pressé à tout prix de revenir vivre en France. Jouer dans son pays est une forme de confort. Si c’est pour me mettre en zone d’inconfort dans un autre pays, je pourrais continuer à le faire aussi.

Des clubs vous ont-ils déjà contacté ?

Je n’ai pas envie de répondre à cette question ni de parler de cela…

Après les JO de Pékin en 2008, de Londres en 2012 et de Rio en 2016, il va y avoir Tokyo. Dans quel état d’esprit abordez-vous cet événement planétaire ?

Il va avoir une résonance particulière pour moi. Ce sera ma dernière compétition avec le maillot de l’équipe de France. J’ai envie de bien finir. Ma motivation est grande. Je suis très concentré. On verra ce qui se passe. Des gens disent encore que les Jeux n’auront pas lieu…

Personnellement, ma meilleure façon de me préparer pour les Jeux Olympiques est de vivre au jour le jour. Je veux être prêt aujourd’hui pour jouer demain. Je dois m’entraîner jusqu’aux Jeux s’ils ont lieu et être à mon meilleur niveau.

N’est-ce pas difficile de vivre dans cette forme d’incertitude quand on est sportif de haut niveau ?

A la base, ça l’est. Nous sportifs, on est dans cette routine de se projeter, de jouer les matches, de les gagner… Mais on vit aussi cette situation avec la présence du virus, le confinement, depuis février l’an dernier. Après, l’être humain s’adapte. De toutes manières, beaucoup de choses ne dépendent pas de toi. Il faut juste se préparer : que les événements aient lieu ou pas. De ne pas se projeter peut permettre aussi de se libérer l’esprit.

« On a qu’un objectif : gagner ! »

Avec le palmarès qui est le vôtre, pourquoi ne pas avoir candidaté pour porter le drapeau français ?

Sincèrement, je ne suis pas quelqu’un qui aime représenter un groupe. Je n’ai jamais cherché à être le capitaine de l’équipe où j’étais. Je suis dans mon coin et je fais mon travail à travers mes performances individuelles pour porter le groupe vers le haut.

Tout ma concentration se focalise sur mon engagement sur l’événement. Etre porte-drapeau français ne m’a même pas effleuré l’esprit. Ceux qui me connaissent savent que je suis ainsi. Je n’ai pas envie d’être vu comme un leader, surtout dans un sport collectif. Quand on évoque l’olympisme tous les sports confondus on est une équipe qui va se déplacer au Japon. Je n’ai pas envie d’être le représentant de ce collectif. Ce n’est pas ma personnalité.

Mais Jackson Richardson en 2004 à Athènes l’était !

Cela aurait été bien qu’un handballeur le soit effectivement. Dans ma génération, Nikola Karabatic est arrivé en equipe de France deux ans avant moi. Si quelqu’un devait être le porte-drapeau français du hand, ce devrait être lui ou Michaël Guigou.

En quoi les Jeux Olympiques sont-ils une compétition différente des Mondiaux ?
Pour un sport comme le hand qui n’est pas pratiqué dans tous les pays du monde, les Jeux permettent de le voir sur toute la planète sur une courte durée. Pour nous, acteurs, c’est essentiel par la visibilité que les Jeux offrent.

Emotionnellement, entre 2008, 2012 et 2016, quel moment a été le plus fort ?

2012. Nous étions en plein doute. Mais on a réussi à se mobiliser. On enchaînait les réunions. On s’entraînait dur. Nous réfléchissions vraiment sur le comment on allait mettre nos adversaires en difficulté. Les Jeux restent une compétition très particulière. On a réussi à la gagner cette foislà, en se posant pourtant beaucoup de questions. C’était beau.

« Normalement, j’arrête après les jeux. Normalement… »

Quels sont les objectifs de l’équipe de France à Tokyo ?

De gagner ! Tu y vas toujours pour cela. Si un sportif estime que c’est prétentieux d’avoir ce mode de pensée là, c’est qu’il n’a absolument pas l’esprit compétiteur. C’est justement quand tu es animé par cet esprit que tu vas au bout, que tu progresses quand tu es parmi les favoris. Si tu y vas juste pour faire acte de présence, ce n’est pas la peine…

Les Jeux Olympiques peuvent toutefois présenter cette problématique-là. Tu peux juste être content d’en être (sourire) car c’ est une compétition prestigieuse, mais l’équipe de France doit se mettre dans la tête qu’elle doit gagner. En restant humble et en respectant les adversaires bien entendu.

Quels enseignements avez-vous tirés des récents Mondiaux (la France a fini 4ème, Ndlr) ?

Après toutes ces années passées en équipe de France, être dans le dernier carré, jouer une demie n’est pas une satisfaction. Pourquoi ? Car j’ai envie d’aller au bout et de gagner. Sur les quatre dernières années, on a pas mal perdu au stade des demi-finales.

Personnellement, jouer une 3ème place me fait plus de mal qu’autre chose. Elle ne m’intéresse même pas. Je suis arrivé à un stade dans ma carrière où je veux gagner en finale. J’ai retenu donc qu’il fallait jouer pour gagner la compétition, pas pour se satisfaire d’une médaille.

Finalement, quel sera le bon état d’esprit à avoir en attaquant cette compétition olympique ?

Il faut aussi garder certaines choses à l’esprit. Cette équipe reste assez nouvelle. Elle a pris forme en 2018. Pas mal de joueurs jouent beaucoup depuis. Les joueurs de cette sélection dans leurs clubs ont de grosses responsabilités. Un parallèle est souvent fait avec un certain manque de résultats en équipe de France.

Cela peut générer de la frustration chez certains observateurs. Mais on va aller au Japon avec un état d’esprit guerrier et de vainqueur. Par contre, l’exigence doit être un peu moindre. Ce que je dis n’est pas contradictoire. Gardons en tête que cette équipe reste encore en reconstruction.

Ce n’est pas l’équipe de France qui a tout raflé depuis dix ans. Cependant, on ne doit surtout pas banaliser la défaite. Nous avons vraiment envie de gagner. On va tout faire pour gagner. On va se démener pour bien s’entraîner, pour arriver prêt. Mais la France n’est pas la grande favorite de la compétition. Cela ne doit pas nous empêcher de nous battre pour redevenir cette grande équipe.

Toute l’actu du Hand dans Handball magazine, en vente ici ou chez votre marchand de journaux

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Actu

spot_img
spot_img

À lire aussi