jeudi 29 septembre 2022

Michaël Vieillefond (Rugby) : « Le retard sur les stades en passe d’être comblé »

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Le stadium manager du CA Brive synthétise la situation globale d’un parc de stades qui a en partie rattrapé son retard afin de constituer en 2021 un levier de développement majeur pour tous les clubs français.

De manière générale, que vous inspire la situation des stades du Top 14 ?

Dans le sillage du Label Stades LNR*, ils répondent de plus en plus aux exigences du rugby moderne. Depuis quatre ou cinq ans, la situation s’est nettement améliorée dans tous les domaines. La qualité des pelouses, l’éclairage pour les télévisions, le confort des spectateurs, la qualité des hospitalités… tout est monté en gamme. Par rapport à l’autre sport collectif phare, le football, en matière d’accueil du public, le retard était assez important. Il est en passe d’être comblé.

Le stade reste une source de revenu non négligeable

Il a fallu changer les mentalités.

Disons qu’on a eu du mal à considérer que le stade pouvait aussi être une source de revenus supplémentaires. Désormais, tous les clubs ont un Stadium Manager, ça montre que les choses sont appréhendées différemment. Mais la situation n’est pas homogène d’un club à l’autre et, surtout, la marge de progression est encore très importante. Si trois-quarts des stades de Top 14 sont prêts pour se projeter sur l’avenir, ce n’est pas le cas partout. Ici, à Brive, il y a encore beaucoup à faire notamment dans tout ce qui concerne les hospitalités VIP, le domaine qui rapporte le plus.

Nonobstant le cas particulier de l’U Arena, le petit sondage que nous avons effectué met les stades Marcel Michelin de Clermont et Marcel Deflandre de La Rochelle devant les autres…

est-ce aussi votre avis ?

Oui, mais dans deux configurations bien différentes. A La Rochelle, les deux tribunes GL Events sont plus éphémères car démontables. A Clermont, on est sur du dur avec un projet piloté par le même architecte depuis vingt ans. Surtout, la grosse différence tient à leur gestion, privée à Clermont et publique à La Rochelle. Même si le club en a la gestion unique et la responsabilité de son entretien, ça change quand même pas mal la donne. Le Stade Rochelais s’est appuyé sur son stade pour grandir petit à petit, augmenter son budget, en accueillant de mieux en mieux, de plus en plus de spectateurs. Le stade a été un vrai outil de développement.

« A Gerland, le CA hors jour de match est supérieur à celui du jour de match »

C’est le modèle d’aujourd’hui, est-ce aussi celui de demain ?

Au LOU, avec qui nous avons de bons échanges, le chiffre d’affaires de Gerland hors jour de match est devenu supérieur à celui du jour de match grâce à la brasserie, aux locations des salles pour les séminaires, les événements annexes. C’est clairement le modèle de demain vers lequel tous les clubs tendent chacun en fonction de leur spécificité.

Qu’en est-il du modèle de l’U Arena au Racing 92?

Il est plus atypique, mais répond à une même logique : exploiter les infrastructures plus souvent que 15 fois par an ! En construisant ce stade et en lui offrant la possibilité d’accueillir des concerts ou des spectacles très lucratifs, Jacky Lorenzetti a voulu préparer le moment où il se désengagerait. Car il n’a pas d’autre but que de financer le club avec son stade, ne plus faire dépendre le Racing de son seul mécénat. Ce concept vient des USA où le sport est un presque perçu comme un prétexte pour remplir le stade et générer du spectacle donc des recettes.

Le Racing a un modèle comme aux USA

Pour l’exploitation de ses stades, comment se situe la France par rapport à l’Angleterre ?

Les stades de rugby anglais sont plus petits, avec des affluences plus proches des 10 000 spectateurs. A Bristol, ils partagent même leur stade avec le club de football dans une configuration de 25-30 000 places et une jauge de 15 000 places pour le rugby. En France, seuls Grenoble et Pau sont dans le même cas de figure.

Pourquoi n’y en a-t-il pas davantage ?

C’est un peu culturel et lié aux relations pas toujours harmonieuses, souvent concurrentielles, entre deux clubs de sports différents dans la même ville. Surtout, les problèmes de pelouse sont importants, avec l’obligation assez contraignante (une nuit de travail pour tout refaire) de changer les marquages au sol et l’habillage du stade, ce qui peut réduire à néant les avantages de la mutualisation des charges.

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