samedi 13 avril 2024

Nacer Bouhanni : « À un centimètre près, j’étais tétraplégique »

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Il s’en est fallu de peu que l’un des meilleurs sprinteurs français de sa génération, Nacer Bouhanni ne revienne jamais dans le peloton. Neuf mois après la terrible chute, au sein d’une formation en pleine dynamique, le triple vainqueur d’étape sur la Vuelta et le Giro n’a surtout pas dit son dernier mot. Entretien réalisé pour Cyclisme Magazine et Le Quotidien du Sport.

Comment avez-vous vécu cette longue coupure ?

Cela faisait plus de neuf mois que j’étais resté loin du peloton et de mon équipe. Cette longue période sans vélo ne fut pas facile à vivre, surtout les trois premiers mois et demi que j’ai passés sans pouvoir rien faire. Deux mois après l’accident, j’ai pu marcher avec une minerve donc ça allait un peu mieux. J’ai repris le vélo mi-juillet sur des sorties d’une ou deux heures.

Au début, je ne voulais plus entendre parler de vélo. Il faut savoir qu’à un centimètre près, j’étais tétraplégique (fracture d’une vertèbre cervicale, Ndlr) ! Donc dans ces moments-là, on pense avant tout à sa santé. Je me suis remis dans le rythme de la compétition, dans l’état d’esprit nécessaire petit à petit.

Comment vous sentez-vous en ce début de saison ?

Ça va de mieux en mieux, les douleurs aux dorsales n’arrivent plus qu’au bout de trois ou quatre heures d’effort… Il n’y a qu’avec la compétition qu’on saura si je peux retrouver 100% de mes moyens et quand. Après le Challenge de Majorque, on affinera les objectifs au fur et à mesure. Dans un premier temps, je veux retrouver du plaisir sur le vélo, on verra plus tard si je peux retrouver le niveau que j’avais dans le passé.

« J’attaque ma 16ème année professionnelle et je n’ai besoin de personne pour me motiver »

Arkéa Samsic intègre le Word Tour pour la première fois, qu’est-ce que ça change ?

Quand on connait l’histoire de l’équipe, d’où elle est partie, c’est beau de la retrouver là. Mais comme tous les débuts de saison, les compteurs sont remis à zéro. On repart sur un cycle de trois ans.

Luca Mozzato et David Dekker, deux autres sprinteurs, arrivent de chez B&B Hotels, est-ce de nature à accentuer votre motivation pour revenir encore plus vite ?

J’ai 32 ans, j’attaque ma 16ème année professionnelle et je n’ai besoin de personne pour me motiver ! Je reviens de suffisamment loin pour ne pas penser à la concurrence aujourd’hui, plutôt à tout ce qu’il a fallu que je fasse pour revenir, tout ce qu’il va falloir que je fasse encore pour retrouver mon meilleur niveau.

Comment vous sentez-vous dans un peloton rajeuni par une nouvelle génération sans complexes qui n’hésite pas à bousculer les habitudes ?

Le cyclisme, comme tous les sports, évolue. De plus en plus de jeunes arrivent très tôt à maturité, dans tous les secteurs, chez les sprinteurs, pour les classements généraux. Ça vient du travail qui est effectué dans les écoles de cyclisme qui forment des coureurs plus pros, plus tôt, dès les juniors et les espoirs. Avant, on reprenait progressivement, en décembre puis janvier… maintenant tout va plus vite, tout est plus pro.

Quand vous voyez Cavendish qui gagne encore à 37 ans, vous imaginez-vous encore compétitif à cet âge-là ?

Je suis loin de tout ça. En 2022, j’ai failli arrêter le vélo… L’âge n’est qu’un chiffre. Si vous avez envie, tout se passe dans la tête.

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