mardi 23 avril 2024

OM 1993 : 10 choses que vous ne saviez pas sur le sacre de Munich

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Comme dans la grande histoire de France, il en est ainsi avec cette finale de 1993, avec le temps, on a parfois du mal à distinguer ce qui relève de la réalité ou de la légende.

1 : Barthez plus lunaire que jamais

A 22 ans, à l’issue de sa première saison à l’OM, et de ses débuts européens, le divin chauve qu’il n’était pas encore, prend-il la pleine mesure de l’événement lorsque, à 3 heures du matin, la nuit précédent la finale, il est interpelé par Jean-Pierre Bernès qui avait aperçu de la lumière sous la porte de sa chambre d’hôtel ? Incapable de s’endormir, il regarde la télé…

Tout aussi étonnés que le bras droit de Tapie, le lendemain, les joueurs n’en reviennent pas de le voir profondément endormi dans le bus sur le chemin du stade ! Entre temps, l’Ariégeois oublie ses gants à l’hôtel, et va en égarer une autre paire pendant la cérémonie de présentation des équipes sur la pelouse du stade Olympique. Rester dans sa bulle, ne surtout pas se confronter à la réalité… sa manière bien à lui de relativiser et de s’enlever toute pression inutile. Sa méthode fera ses preuves quelques années après avec l’équipe de France.

2 : Tapie chambre Berlusconi

La veille de la finale, le bourgmestre de Munich donne une grande réception qui réunit, outre les présidents de l’OM et du Milan AC, le ministre allemand des sports, les représentants de l’UEFA et de la FIFA et quelques personnalités du football. Tour à tour, chacun prend la parole et y va de son petit commentaire. Berlusconi en tête qui, en montant sur l’estrade, s’approche de la coupe aux grandes oreilles, qui trône au milieu de la pièce, et la caresse avec envie.

A son tour, plus démonstratif, Tapie s’avance et prend la coupe dans ses bras en embrassant son couvercle. Et de s’adresser ensuite à son homologue italien en ces termes : « Silvio, tu as fait une grave erreur en caressant la coupe. Tu lui as manqué de respect. Ton geste était obscène, tu n’aurais pas dû lui mettre la main aux fesses. Elle va t’en vouloir ! » Elle lui en a effectivement voulu…

3 : Grâce à Völler, l’OM dans les pantoufles de la Mannschaft…

Deux ans après avoir préparé sa première finale de Ligue des Champions, face à l’Etoile Rouge Belgrade à Bari, dans une sorte de camp retranché qui s’était avéré trop fermé et n’avait fait qu’ajouter de la pression supplémentaire, Bernard Tapie souhaite offrir un cadre bien différent à un groupe où ne subsistent que Di Meco, Pelé et Boli. Dès la fin du match à Valenciennes, avec seulement les 16 joueurs présents sur la feuille de match, c’est dans une splendide résidence, sorte de chalet bavarois, en pleine Forêt noire, à 60 km au sud de Munich, que s’installe la délégation marseillaise.

L’hôtel Bachmair, à Rottach-Egern, a été conseillé par Rudi Völler un habitué des lieux lorsque la National Mannschaft évoluait dans l’antre du Bayern. Ouvert aux quatre vents, aux femmes des joueurs comme aux journalistes, le site offre un cadre apaisant et champêtre qui permet de ne pas jouer le match avant, de ne pas perdre trop d’énergie mentale inutilement. La visite de Chris Waddle, organisée par Tapie, enlève un peu de tension supplémentaire, dédramatise l’évènement. Tout ce qu’il faut pour ne pas passer à côté le jour J.

: Malgré Goethals, Ivic a joué les espions

Avant la finale, Tapie missionne Tomislav Ivic, dont il est resté proche malgré son départ de l’OM quelques mois plus tôt, pour étudier le jeu du Milan AC lors de deux rencontres de Serie A. Raymond Goethals, qui avait succédé au coach yougoslave avant de prendre la place de Jean Fernandez, ne veut pourtant pas entendre parler de celui qui reviendrait à l’OM au début des années 2000. Une histoire d’ego. C’est donc directement à Jean-Pierre Bernès qu’Ivic rend ses rapports avant que Tapie les consulte.

Le but est de détacher les faiblesses italiennes et considérer qu’il faut oser aller les chercher là où ils ne l’attendent pas, dans un pressing haut et agressif qui coupe l’axe Baresi-Rijkaard-Van Basten. C’est aussi dans ces rapports qu’est ciblée pour la première fois la zone du premier poteau pour tous les corners offensifs. Ce qui n’échappera pas au duo Pelé-Boli…

5 : Basile Boli ne doit pas jouer…

Pour se mettre dans les meilleures dispositions possibles, à l’initiative de Bernard Tapie, il est décidé que tous les joueurs qui ne sont pas opérationnels pour le dernier match avant la finale, en championnat à Valenciennes le 20 mai, soit six jours avant, ne seront pas non plus alignés à Munich. C’est notamment le cas de Basile Boli, blessé à un genou, opéré d’un ménisque quelques semaines avant, et qui ne parvient pas à guérir à cause d’un épanchement de synovie.

S’il est pourtant titularisé au dernier moment, malgré des douleurs récurrentes, il le doit à l’obéissance de Raymond Goethals et à l’intuition du président. Pourtant, le début de match est difficile pour le défenseur qui demande même au docteur Bailly, venu intervenir sur le terrain pour soigner Rudi Völler, d’informer le staff qu’il souhaite sortir.

Devant le tollé général que suscite cette demande de la part des joueurs informés, en premier lieu Deschamps et Desailly, et de Tapie, depuis les tribunes, qui cette fois interdit à Goethals de sortir son joueur par talkie-walkie, Boli serre les dents. Vous connaissez la suite. Quelques minutes après, son but de la tête entre dans la légende.

Trois jours après, dans l’euphorie de la victoire, il remettait ça face au PSG en championnat (3-1), toujours sur un service du même Pelé, toujours de la tête… et toujours avec cette douleur lancinante qui l’obligera quelques années plus tard, à 31 ans, à mettre un terme à sa carrière.

6 : A la pause… Deschamps est cuit !

Il l’a avoué il y a quelques années. Parce qu’il n’avait pas pu se reposer correctement la veille et la nuit d’avant, certainement parce qu’il avait refait 100 fois le match dans sa tête, Didier Deschamps n’a eu aucune bonne sensation pendant les 90 minutes de la finale.

« Alors que je pétais le feu à l’échauffement, au bout de cinq minutes, je n’avais plus de jambes. Un sentiment atroce. Donc je suis allé à l’essentiel. Je me revois mettre du Synthol sur les cuisses pour rafraîchir tout ça. Quelle frustration ! J’ai fait ce que j’ai pu avec des moyens limités. J’ai dû parler plus que d’habitude pour compenser. En fait, j’avais bouffé trop d’énergie avant, j’avais fait le match de trop dans ma tête et ça m’a servi de leçon pour la suite de ma carrière. » Effectivement.

7 : Abedi Pelé a tout prévu

Attitré aux corners, qu’il tire régulièrement, Abedi Pelé a l’habitude de viser le second poteau où, depuis qu’il est revenu à l’OM, les Mozer, Casoni ou Boli règnent en maîtres du jeu aérien. Pourtant, face à la grande taille et à l’expérience des Rijkaard, Maldini, Costacurta ou Tassoti dans le domaine, le Ghanéen prévient son compère Boli qu’il change son fusil d’épaule. Boli raconte : « Avant le match, il vient me voir et me dit :

« Base, pas la peine d’aller au second poteau, ils sont trop grands. Fais semblant d’aller au second, mais va au premier ! Et quand il récupère la balle, qu’il lève les yeux, ces deux putains de deux yeux-là me rentrent dans le cerveau direct… » Et c’est effectivement au premier poteau, en devançant Rijkaard, que Boli catapulte le ballon dans le but de Rossi… à la réception d’un corner qui n’existe pas puisque c’est bien Pelé, taclé par Maldini, qui a touché le ballon en dernier avant qu’il sorte !

8 : Olmeta dans l’avion des supporteurs

Aussi incroyable que cela puisse paraître, en 1993, le gardien n°2 de l’OM, Pascal Olmeta, qui s’était fait devancer par Barthez au milieu de la campagne européenne, n’a pas effectué la préparation de la finale avec le groupe. Il ne l’a même rejoint que la veille, avec un des avions affrétés pour les supporteurs, ne dormant pas dans le même hôtel que les autres joueurs.

Peut-être en raison de l’animosité qu’il entretenait vis à vis de Bernard Tapie, avec lequel il avait failli en venir aux mains une semaine avant le jour J pour une affaire de primes non versées. La suite, la fête après le match, le retour à Marseille et en Corse, c’est lui qui la raconte :

« A notre retour, j’ai été le premier à avoir la coupe et je suis parti en Corse avec. Une semaine après, Bernès m’appelle et me demande de la ramener. Je réponds : « Tu sais quoi ? Quand j’encaisserai ma prime de match, je ramènerai la coupe ! » C’est grâce à ça que je l’ai touchée, sinon je suis sûr que Monsieur Tapie ne me l’aurait pas versée. »

9 : Et Goethals s’en est allé…

L’anecdote est racontée par Basile Boli, toujours volubile quand on évoque cette finale et un coach qu’il a gardé dans son coeur. Le stade s’est vidé, l’OM a enfin gagné la coupe aux grandes oreilles, les joueurs sont dans les vestiaires…

« et Goethals est assis, seul, sur le banc de touche. Je vais m’asseoir près de lui et je finis de comprendre l’homme qu’il était. On a parlé de tout, en prenant notre temps. Et à un certain moment, il m’a dit : « Ça y est, j’y suis arrivé, c’est fait mon gars ! »

Comme si un bouchon avait sauté. C’en est fini de Raymond la science à l’OM. Même le si persuasif Tapie ne parviendra pas à le faire changer d’avis. Après quatre finales européennes, deux avec Anderlecht, une avec le Standard et une avec l’OM, la cinquième est la bonne. A 72 ans, il raccroche sur une apothéose.

10 : La troublante prémonition de Berlusconi…

Après la finale, alors qu’il vient saluer et féliciter les Marseillais dans leur vestiaire, Silvio Berlusconi a ces mots à Pascal Praud, qui lui demande pour TF1 s’il est un président malheureux : « Malheureux ? Mais pourquoi ? Moi, je suis certain de revenir en finale l’année prochaine. En sera-t-il de même pour Marseille ? »

Avant que n’éclatent, quelques jours plus tard, les prémices de l’affaire VA-OM, le président du Milan AC a-t-il déjà des informations ou est-il seulement dans un exercice de communication dont il a le secret et qui l’amène, toujours, à considérer que l’avenir lui est forcément favorable.

Toujours est-il que ses propos vont se révéler prémonitoire puisque l’OM est exclue des coupes européennes la saison d’après pendant que les Rossoneri (renforcés par un certain Marcel Desailly) étrillent le Barça de Cruyff en finale (4-0).

Tom Boissy

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