lundi 26 février 2024

OM : les secrets de Gennaro Gattuso, un entraîneur pas comme les autres

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Jérémy Kinot
Jérémy Kinot
Journaliste

Trois mois après son arrivée, le bilan de Gennaro Gattuso sur le banc de l’OM est prometteur. Le Calabrais à la riche carrière de joueur, est dans son élément.

Quand il a posé ses valises à Marseille, le 27 septembre dernier, Gennaro Gattuso avait été précédé par sa réputation. Celle de joueur surtout, car, malgré une carrière d’entraîneur de plus de dix ans, quand on citait le nom de l’Italien, on pensait d’abord à la Coupe du Monde 2006, remportée aux dépends de la France, ses deux Ligue des Champions avec le Milan AC, la Coupe du Monde des clubs, les championnats d’Italie… Gennaro Gattuso reste ce milieu de terrain travailleur, rugueux, agressif même, auquel on a attribué cette doctrine très personnelle : « quand tu défends face à un joueur, tu peux laisser passer le ballon ou le joueur, mais jamais les deux ». A cette phrase, dont on n’a pas une certitude totale sur la traduction, on peut ajouter celle rapportée par nos confrères de l’Equipe : « Pour moi, un match de foot idéal, ça se joue un soir d’hiver, sous la pluie, dans le froid. Quel plaisir de voir la fumée qui se dégage des corps à la moindre respiration… »

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Tout est dit. Mais tout est aussi réuni pour nous inquiéter sur les véritables compétences tactiques de l’Italiens, son amour pour le beau jeu, tourné vers l’attaque. Alors que celui qui est passé sur le banc de 8 clubs avant d’atterrir à l’OM était d’abord pressenti à l’OL, on ne pouvait pas s’empêcher que ses qualités (notamment celles de meneur d’hommes) étaient davantage adaptées aux problèmes des Gones que ceux des Phocéens. Tout en se disant aussi que le caractère du joueur né en Calabre, en 1978, était fait pour l’OM.

Gattuso a dû se forcer pour faire des choix payants

Exubérant, fantasque, impulsif, adepte d’une communication inclusive, très proche de ses joueurs, Gennaro Gattuso a la personnalité inverse de Marcelino, à qui il succède sur le banc, après le bref intérim de Pancho Abardonado, en ce début d’automne.

Après la bonne impression laissée d’entrée, malgré une défaite à Monaco (2-3), un nul contre Brighton (2-2) après avoir mené 2-0, et une victoire accueillie avec soulagement face au Havre (sur le score flatteur de 3-0), le temps du questionnement est arrivé. La défaite à Nice (0-1), le 0-0 contre Lille, la défaite à Lens (0-1) et le nul à Strasbourg (1-1) ont mis le doute, malgré la qualification acquise en Ligue Europa, avant même la dernière journée.

Finalement, il faudra une série de quatre victoires de suite en Ligue 1 à l’entraîneur italien pour convaincre. Peu importe si les adversaires battus (Lyon en match en retard, Rennes, Lorient et Clermont) sont en difficultés. Après tout, les problèmes de l’OM ne sont-ils pas venus après un nul (0-0) au Vélodrome contre Toulouse ?

Au cours de ces quatre rencontres, Gattuso a proposé des choses nouvelles. A commencer par deux changements tactiques de poids : la mise en place d’une défense à trois et l’association de deux attaquants, alimentés par un meneur de jeu.

Des changements qui ont permis à l’OM de remonter à la 6ème place, à 4 petits points de la quatrième place, qualificative pour le 3ème tour de qualification de la Ligue des Champions. C’est l’objectif prioritaire et indétournable de l’OM, qui conditionnera l’avenir de l’Italien.

« Il y a une différence entre le Gattuso joueur et le Gattuso entraîneur »

Avant le jeu ? En arrivant à Marseille, l’ancien grand joueur du Milan AC tenait un discours idéaliste : « Je pense qu’il y a une différence entre le Gattuso joueur et le Gattuso entraîneur. J’ai une vision différente du jeu. J’aime repartir de l’arrière, avoir le contrôle du jeu, être en supériorité numérique. Je veux avoir une équipe compacte, qui mouille le maillot. Je veux qu’on joue comme une équipe. Quand on rate une passe, je veux qu’on récupère le ballon, sans s’énerver sur son coéquipier. Je veux un jeu offensif et jouer dans le camp adverse ».

Il reste du travail à l’entraîneur italien, mais vue dans quelle situation physique et mentale il a récupéré l’équipe, on peut dire que le travail commence à payer. La difficulté, les embûches, l’Italien connaît. Sur les sept clubs fréquentés comme entraîneur avant l’OM, la moitié l’ont été dans des conditions d’urgence, et dans la grand majorité des cas, il n’a pas été au terme de son contrat. Avec une extrême en 2021, quand il a passé 23 jours à la Fiorentina, avant de quitter le club, à la suite de désaccords avec ses dirigeants !

La seule fois où il a été véritablement blessé, c’est quand, en 2021, une campagne en ligne le dépeignant comme homophobe et sexiste l’a détourné de Tottenham. « J’ai dû accepter une histoire qui m’a blessé bien plus qu’une défaite ou qu’une suspension », expliquait alors Gattuso au media Il Messaggero. La raison ? Lors de l’Euro 2008, Il s’était dit « scandalisé » par la légalisation du mariage entre personnes du même sexe (sa déclaration à l’époque : « Cela me scandalise parce que je crois en la famille, mais bon on est en 2008 et chacun fait ce qu’il veut ») et avait lâché cette punchligne, en 2013, après la nomination de Barbara Berlusconi dans le board du Milan AC : « Moi les femmes dans le foot, elles ne me vont pas. Je suis désolé mais c’est comme ça ».

Gennaro Gattuso ne sera jamais un entraîneur comme les autres

En dix ans, l’Italien a su évoluer, et s’adapter, même s’il ne sera jamais un entraîneur comme les autres. Il le sait. « Au niveau de mon caractère, si on regarde ma carrière, il y a peu de gens qui ont parlé de moi avec des éloges en raison de ma carrière de joueur car je jouais de manière agressive. Mais en tant qu’entraîneur, je parle avec les joueurs, je suis transparent. Ils apprécient quand on dit la vérité. Je dis ce que je pense mais je suis honnête. La chose sur laquelle je dois m’améliorer c’est sur mon rapport avec les dirigeants.»

Pour l’instant, tout va bien avec Pablo Longoria et semble parti sur des bases saines avec Medhi Benatia. Eux aussi savent à qui ils ont à faire. C’est la nouvelle force de l’OM.

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