dimanche 26 mai 2024

[EXCLUSIF] Rai : « Le PSG n’a pas besoin de moi, mais s’il faut aider un jour, je répondrais présent. »

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Rai revient à Paris ! Pas pour aider son meilleur ami, Leonardo au PSG, mais pour suivre des cours à Sciences Po pendant deux ans dans le cadre d’une thèse. Entre ses engagements caritatifs et sa passion pour le football, le stratège brésilien, élu meilleur joueur parisien du siècle, revient pour Le Quotidien du Sport sur ses années parisiennes qui ont changé sa vie et offert un bel héritage au PSG de Neymar et Mbappé.

Vos années PSG sont-elles les plus belles de votre carrière ?

J’ai passé de belles années à Paris (19931998, Ndlr), mais j’ai aussi joué huit saisons au Sao Paulo FC (1987-1993 et 1998-2000, Ndlr) où j’ai d’ailleurs fini ma carrière. Lors de mon premier passage là-bas, j’y ai tout gagné : deux fois la Copa Libertadores, le championnat du Brésil, la Coupe Intercontinentale… La différence entre Sao Paulo et Paris, où la réussite sportive a été à peu près la même, tient à l’intensité des émotions.

Elles sont toujours plus fortes lorsque vous parvenez à vous imposer loin de chez vous. Et elles furent décuplées parce que mes premiers mois au PSG ont été compliqués. Le défi à relever était plus difficile donc en y parvenant la joie était aussi plus forte. Il y a eu dans ma relation au PSG quelque chose de la conquête d’un nouvel espace, la rencontre de nouveaux gens, une nouvelle culture… tout ce qui rend la réussite sportive encore plus appréciable.

Vous le dites, vos premiers mois n’ont pourtant pas été faciles…

Parce que mon approche du football a toujours dépassé le cadre sportif, pour intégrer aussi les valeurs d’un club, d’une ville, d’un pays. Pour être bon, j’ai toujours eu besoin d’être en harmonie avec un contexte, me sentir intégré et apprécié dans mon environnement. Lorsque la greffe a prise, c’était ok (rires) !

« Je redeviens Parisien ! »  

Tellement OK que vous avez depuis obtenu la nationalité française !

Normalement, en France, vous avez le droit de l’obtenir après cinq ans de présence sur le territoire. Dans un premier temps, je n’ai pas pu la demander parce que je n’y suis resté que quatre ans et huit mois ! Mais comme j’ai gardé un pied à terre ici, qu’une de mes filles y vit à temps plein, j’ai toujours eu des liens très forts avec votre pays, où je reviens régulièrement. Cette nationalité est juste une façon d’officialiser ce rapport avec la France.

Mais la démarche ne vient pas de moi. Pendant la Coupe du Monde 2014 au Brésil, et les JO 2016 à Rio, j’ai pas mal aidé les médias français, avec lesquels j’ai entretenu de bons rapports. Ce sont des gens du gouvernement français qui me l’ont proposé. A mes yeux, que l’initiative ne vienne pas de moi lui confère une plus grande valeur encore.

Lorsque, à l’Elysée, le Président de la République m’a annoncé que j’étais Français, la fierté que je ressentais a vite été effacée par le devoir que je me fais depuis d’être un lien entre mes deux pays. Je prends ça comme une mission : créer des passerelles.

Le plus Brésilien des Français, le plus Français des Brésiliens.

C’est exactement ça ! Je suis un ambassadeur informel pour aider à monter des projets communs aux deux pays. Chaque fois qu’il se passe quelque chose en France, les journalistes brésiliens m’appellent pour savoir ce que j’en pense. Et inversement.

Ce lien est unique et il l’est pour toujours. Je fais en permanence la navette entre Rio et Paris. Ma fille est éducatrice psy dans la service public ici, mes deux autres filles sont restées au Brésil, et moi je vais démarrer, à Paris, une thèse à sciences po sur le management des politiques publiques qui va durer deux ans. Je redeviens Parisien !

Rai, un lien unique avec sa ville de Paris

On voit bien que votre attachement à la France et à Paris va bien au delà du PSG.

Mais l’origine de tout ça… c’est quand même le PSG. Je suis très reconnaissant à ce club de m’avoir mis sur ces rails. Et c’est vrai, dès que je discute de mes cinq ans au PSG, de suite, ça dépasse le cadre du foot. Disons que le foot est une racine tellement profonde qu’elle m’a permis de recueillir beaucoup de fruits.

Vous avez été un temps ambassadeur du club en Amérique du Sud, pourquoi n’avez-vous pas poursuivi ?

Je ne l’ai été qu’une saison mais sans être très actif, ni très efficace. Le club était en pleine transition après le départ de Canal+ et j’habitais à Londres.

Quels rapports avez-vous avec le PSG version QSI ?

J’ai toujours gardé de très bons rapports avec un club qui a changé de propriétaires, mais qui a gardé ses racines populaires avec les mêmes supporteurs. Même si un de mes meilleurs amis, Leonardo, est revenu, je vous avoue avoir moins de contacts aujourd’hui. J’y viens de temps en temps, peut-être un peu plus à l’avenir dès lors que je vais rester pendant ma thèse.

« S’il faut aider un jour, je répondrai présent »

Existe-t-il une filiation entre le PSG de C+ que vous avez connu et le PSG de QSI ?

C’est un nouveau projet, de nouvelles ambitions, un autre fonctionnement mais un même stade, de mêmes supporteurs, dans le respect de l’histoire du club, et au coeur d’un foot qui a beaucoup évolué. Le PSG est devenu plus ambitieux dans les années 90 mais, après mon départ, les enjeux financiers ayant tellement changé, pour continuer à progresser, il fallait s’adapter à cette nouvelle réalité. Parce que Paris mérite d’avoir un club de très haut niveau capable de rivaliser avec les meilleurs clubs d’Europe. C’est le cas aujourd’hui.

N’avez-vous jamais été tenté par un retour au sein du club, comme entraîneur ou dirigeant ?

Comme coach, je n’ai pas de diplôme, donc le problème est réglé (rires) ! Directeur sportif, je l’ai été au Sao Paulo FC pendant trois ans mais lorsque vous passez tellement de temps dans un club, comme joueur, l’impact que vous pouvez y avoir, le symbole que vous représentez, reste toujours plus important que ce que vous pourriez faire au quotidien.

Eu égard à mes années de joueur, ma position au PSG est en quelque sorte intouchable, et ne pourrait que se détériorer si je m’engageais dans un rôle bien précis. Je ne veux pas prendre le risque de casser cette image qui, face à tous les investissements financiers effectués depuis dix ans, représente beaucoup plus pour moi. Je défends cette position avec d’autant plus de force que le club n’a pas besoin de moi. Mais s’il faut aider un jour, je répondrai présent.

Rai a un oeil lucide sur le PSG de QSI

A travers Gol de Letra notamment, vous vous impliquez dans la défense des plus défavorisés au Brésil. Que pensez-vous des sommes astronomiques qui font vivre aujourd’hui le football professionnel ? Ne trouvez-vous pas tout ça un peu indécent ?

Après ma carrière, je me suis beaucoup impliqué dans les milieux associatifs. C’est devenu ma vie. Et je continue à avoir mes convictions, à me battre pour plus de justice sociale.

Mais la réalité du monde capitaliste s’impose. Si tu veux jouer la gagne en Ligue des Champions, tu dois t’en donner les moyens financiers. Cela peut vous paraitre contradictoire, mais les clubs n’ont pas le choix. Je suis d’accord avec ceux qui pensent qu’il y a trop d’argent dans le foot. Mais, pour le moment, on n’a pas trouvé le bon équilibre pour être plus raisonnable et aller vers davantage de justice sociale.

Il faut continuer à lutter pour que le football contribue davantage à un monde meilleur. En même temps, tous ces investissements ne sortent pas de nulle part, ils sont la conséquence d’une grande passion mondiale pour le football et ils génèrent quand même beaucoup d’emplois et d’impôts.

Sportivement, la domination qu’exerce le club en Ligue 1 est-elle profitable au foot français ?

On peut regarder la situation sous deux angles différents. Celui qui, effectivement, rend le championnat moins indécis par manque de concurrence. Mais aussi celui qui pousse tous les autres clubs à chercher des solutions pour espérer rivaliser. On voit bien que des clubs comme l’OM, Lyon, Rennes, Nice ou Lille ont beaucoup progressé ces dernières années. Je pense qu’ils le doivent aussi au rôle de locomotive que joue le PSG.

« La cohésion du PSG des années 90 était supérieure à celle du PSG d’aujourd’hui »  

Si vous n’aviez qu’un moment à retenir de vos cinq saisons à Paris, qui illustrerait ce qu’elles ont été, quel serait-il ?

Mes adieux au Parc en 1998 (25 avril 1998 face à Monaco, Ndlr) m’ont bouleversé. Quand 50 000 spectateurs chantent pour vous, c’est unique, ça dépasse largement le cadre du match, du foot. C’est magique… et difficile à expliquer. Je revois forcément toutes les finales gagnées en coupe d’Europe, en Coupe de France et Coupe de la Ligue, le titre, le fameux match face au Steaua.

Jusqu’au jubilé de 2001 qui s’est disputé à guichets fermés au Parc, une première pour un match amical. Là encore ça montre la force de ce qu’on a vécu ensemble.

Le PSG des années Raï était-il plus fort que le PSG des années Neymar ?

Au niveau individuel, même si nous avions de supers joueurs, Weah avait été Ballon d’Or, j’étais capitaine de la Seleçao et Ginola, Valdo, Djorkaeff, Leonardo, Ricardo, Lama. Ils faisaient partie des meilleurs du monde à leurs postes, il n’y a pas photo avec Neymar, Mbappé, Di Maria, Messi, etc. Mais à onze contre onze. Notre cohésion pourrait les inquiéter. Le PSG est confronté au même défi que tous les grands clubs européens : parvenir à créer une identité, un état d’esprit, un vrai collectif.

Avec une nouvelle génération de joueurs qui est sans cesse sollicitée au quotidien pour d’autres problématiques que le foot, il est plus difficile aujourd’hui qu’à notre époque de créer un esprit d’équipe, de construire un groupe aussi solide.

Le PSG fait quand même un super boulot depuis dix ans, et progresse, et pour aller plus loin il faut continuer à bâtir, tous les jours, des relations toujours meilleures entre les joueurs, le staff, les dirigeants, les supporteurs. C’est un travail sans fin.

Paris monte petit à petit

Le bilan des années QSI vous semble-t-il positif ?

Ils ont atteint une finale de Ligue des Champions, une demi-finale… ça monte petit à petit. S’ils restent sur les mêmes bases, le temps ne peut que jouer pour eux. Gagner la Ligue des Champions, il ne faut pas croire, c’est hyper difficile et parfois aléatoire. Il faut aussi savoir accepter de perdre en demi-finale, en finale… ne pas considérer ça forcément comme des échecs. L’apprentissage est long pour être en capacité de jouer tout le temps sous pression, savoir la gérer. Ils vont y arriver.

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