lundi 20 mai 2024

Rétro – Jean-Jacques Eydelie (ex OM) : « On s’est permis de « braquer » le grand Milan AC »

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Arrivé en début de saison sur la pointe des pieds du FC Nantes en même temps que Marcel Desailly, à force de travail et de performances de haut niveau, Jean-Jacques Eydelie a fini par gagner sa place et à devenir indispensable au collectif marseillais.

D’un statut de remplaçant à celui de titulaire indiscutable, comment avezvous fait pour finir par convaincre le duo Tapie-Goethals de vous aligner en finale de la Ligue des Champions ?

Je suis arrivé dans un groupe affirmé qui avait déjà beaucoup gagné. Dans un premier temps, je suis resté à ma place… mais rapidement mon tempérament m’a poussé à tout faire pour gagner ma place. Ça ne s’est pas fait tout seul, j’ai eu des frictions avec certains joueurs.

Avec Boli par exemple, je lui ai fait comprendre que moi non plus je n’étais pas là pour rigoler ! Mais je me suis très vite senti à mon aise au milieu de joueurs qui avaient l’exigence quotidienne chevillée au corps. J’ai aimé cet état d’esprit, je me sentais bien dans ce contexte. Je connaissais aussi très bien Deschamps et Desailly. La ville, le club, le groupe… l’ensemble de ce que représentait l’OM à cette époque dégageait une vraie force collective. Et ça, ça me transcendait.

Quel souvenir le plus fort gardez-vous de cette épopée jusqu’à Munich ?

Si je ne devais garder qu’un moment, ce serait notre entrée dans le couloir du stade Olympique de Munich. On s’est permis de « braquer » les joueurs du grand Milan AC, en les regardant droit dans les yeux ! C’est quand on a vu qu’ils regardaient leurs chaussures qu’on s’est dit qu’il y avait peutêtre un coup à jouer. On parle quand même de joueurs comme Baresi, Van Basten, Rijkaard, etc. Donc, au final, même au cours du match, nous n’avons jamais vraiment douté. On était sûr de notre force parce que l’adn de cette équipe était d’aller au combat. Une grande confiance nous animait, on se sentait invincible.

D’où vous venait cette force ?

De l’aura que dégageait Bernard Tapie, qui se comportait avec nous comme un vrai chef de guerre, mais aussi de la passion extraordinaire des supporteurs qui nous accompagnaient partout et nous transmettaient leur foi, leur force indestructible. Il y avait aussi de sacrés caractères, des guerriers dans l’équipe, les Deschamps, Boli, Casoni, Desailly, Di Meco, Sauzée… on se ressemblait tous dans l’engagement qu’on mettait dans tout ce qu’on entreprenait.

Trente ans après, on se demande encore quel a été le vrai impact de Goethals, l’influence de Tapie, etc. Si l’OM a gagné, c’est grâce à qui ?

Avant tout grâce aux joueurs évidemment, nous qui étions sur le terrain. En tirant les leçons de la défaite de Bari, Tapie et l’ensemble du club, avec Bernès aussi, nous ont mis dans les meilleures dispositions pour préparer la finale. Munich, on l’a préparé et abordé comme un match comme un autre. Tapie voulait qu’on soit bien ensemble, heureux, joyeux. Il avait invité Waddle pour apporter sa touche de folie et de rigolade. C’était une vraie colonie de vacances et c’est ce qu’il nous fallait pour relativiser l’enjeu.

Qu’avez-vous ressenti après le coup de sifflet final ?

Vous allez peut-être rigoler mais quand je suis sorti des vestiaires de Munich, je n’avais qu’une idée en tête : être champion du monde avec l’équipe de France. Je voulais continuer à gagner et forcément la suite logique de ma carrière aurait pu passer par les Bleus, là où sont allés Deschamps et Desailly, où Karembeu et Thuram, des joueurs face auxquels je ne faisais aucun complexe. Gagner la C1, aucun club n’y était parvenu, on l’a fait. Je voulais être aussi de la première victoire en Coupe du monde.

« Nous sommes comme des frères d’armes, comme un commando qui est allé à la guerre et qui l’a gagnée ! »

Avec le recul, les conséquences de l’affaire VA-OM, pour vous comme pour l’OM, ne vous demandez-vous pas parfois tout ça pour ça?

J’ai toujours dit qu’aucune grande victoire ne méritait des attitudes ou des comportements anti-sportifs et répréhensibles. Mais à Marseille, trente ans après, ils s’en foutent de tout ça. Les supporteurs s’en foutent parce qu’ils ont vécu quelque chose d’unique. Et moi aussi, je suis passé à autre chose.

L’anniversaire des trente ans sera fêté sans Tapie et Goethals, le vivrez-vous de la même manière ?

On aura une pensée très forte pour eux parce qu’ils sont allés au bout de leur rêve et ont réussi à nous amener avec eux. Avec JeanPierre Bernès, ils ont été les artisans de ce succès. Tant qu’ils ont été là, Tapie et Goethals ne manquaient jamais l’occasion de célébrer cette victoire, de se retrouver. Tout le

monde ne peut pas en dire autant… Certains ont toujours un empêchement et une bonne excuse pour ne pas en être. Je ne vais pas citer de noms, mais il suffit de regarder les photos et voir qui manquent à l’appel à tous les coups… Peut-être ont-ils peur de reparler de certains choses alors qu’on n’en parle jamais. C’est dans leurs têtes… Moi le premier, je suis passé à autre chose alors que je pourrais être gêné. Non, mon coeur raisonne Marseille pour toujours.

Vous n’avez aucune aigreur ou colère personnelle vis-à-vis des conséquences d’une affaire VA-OM qui, à la différence de certains, a largement impacté votre carrière ?

J’ai toujours pris mes responsabilités. Et si je dois en vouloir à quelqu’un, c’est à moi-même ! J’ai pris de la hauteur car je ne pouvais pas éternellement rester bloqué sur le passé. J’ai fait souffrir mes proches, mais j’ai toujours assumé et j’assume encore. Depuis que Tapie est parti, on se focalise quand même moins sur tout ça. Il faut tourner la page.

Que reste-t-il entre vous, joueurs, de ces fortes émotions de 1993 ?

On se voit peu, par la faute du club qui n’estime pas nécessaire de nous inviter plus souvent. Mais chaque fois qu’on se croise, c’est un immense plaisir. Nous sommes comme des frères d’armes, comme un commando qui est allé à la guerre et l’a gagnée ! Dommage encore une fois que tout le monde ne soit pas là… ça gâche un peu la fête.

Que faites-vous aujourd’hui ?

A 56 ans, je continue à évoluer dans le foot. Le métier d’entraîneur est très complexe et difficile d’accès. J’ai vécu de belles choses, désormais j’interviens auprès des jeunes, avec la volonté de transmettre mon expérience. J’essaie d’inculquer les valeurs qu’on m’a apprises au FC Nantes : le respect, de soi et des autres, l’importance du collectif, l’humilité. Je leur dis que le résultat n’est pas toujours une fin en soi…

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