jeudi 13 juin 2024

Rétro : l’OM à jamais les premiers…

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Jamais un club français n’avait réussi à aller au bout. Deux ans plus tôt, alors que toutes les planètes semblaient enfin alignées, même l’OM de Francescoli, Waddle et Papin, la plus belle équipe de l’histoire olympienne, avait échoué. Des larmes de peine de Bari aux larmes de joie de Munich, Basile Boli, en buteur providentiel, symbolise le sacre olympien, le triomphe de Bernard Tapie.

Voir Papin la tête basse au moment où Didier Deschamps s’apprêtait à soulever enfin cette coupe aux grandes oreilles avait quelque chose d’anachronique, presque de déplacé. JPP avait tellement bataillé pendant six ans pour offrir cette coupe d’Europe au peuple marseillais, avait mis tellement de buts, il la méritait tellement… Aussi exceptionnel que fut son destin, il n’allait pas lui permettre d’être, avec l’OM, au bon endroit, au bon moment.

Ferreri : « Cette équipe de l’OM était pourtant moins talentueuse que celle de 1991 »

Il était écrit que ce moment de grâce était réservé à Basile Boli, l’un des trois « rescapés »  de Bari avec Pelé et Di Meco (Amoros et Olmeta n’ont pas joué la finale).

« Que ce soit face à l’OM ou une autre équipe, la déception a été la même, se souvient -il. Ce jour là, je suis rentré vingt minutes, ce n’était pas suffisant pour faire la différence face à une équipe aussi solide que l’était alors l’OM. Mais si j’avais pu marquer, faites moi confiance, je l’aurais fait. Que l’OM gagne n’a pas accentué ma tristesse ce soir là. Parce qu’une finale, il faut la gagner, il n’y a que ceux qui n’en ont jamais jouée qui n’en ont pas conscience. C’est le foot et si l’OM a gagné 1-0, c’était mérité, forcément. »

Pour la petite histoire, et pour ne pas être influencé, ou risquer de l’être, par ses anciens partenaires, Papin avait changé de numéro de téléphone dix jours avant la finale… Face au grand Milan AC de Baresi, Van Basten, Rijkaard, Maldini… l’OM réalise un match plein d’autorité et de maîtrise. L’ouverture du score de Boli, de la tête à la réception d’un corner de Pelé, arrive au meilleur moment, juste avant la pause (43ème).

Amoros : « En 1993, l’OM était respecté comme un grand d’Europe »  

Avec l’expérience d’un coach, Raymond Goethals, qui vit là sa septième finale européenne (sa dernière aussi), le mental des Olympiens fait la différence. Oubliées la main de Vata face à Benfica, la maudite série de tirs au but face à l’Etoile Rouge, l’élimination surprise face au Sparta Prague… Cette fois est la bonne.

« Pourtant, cette équipe était moins talentueuse que celle de 1991, nous dit Jean-Marc Ferreri, présent sur le banc à Munich sans entrer en jeu. Mais mentalement, c’était une machine de guerre qui ne lâchait rien et avait une détermination sans failles. Comme si elle avait tiré les leçons des échecs passés. »  C’est vrai qu’après la désillusion de Prague en 8èmes de finale de la C1 en novembre 1991, beaucoup pensaient que Tapie avait manqué le coche et ne parviendrait pas à ses fins.

Tout à sa domination nationale et d’un quatrième titre d’affilée qui lui tendait les bras, l’OM de Goethals trébuchait sans gloire sur une modeste équipe tchèque. « Ce fut un vrai tournant, analyse Michel Tonini, le président des Yankee, parce que Tapie a vendu dans la foulée Papin et Waddle pour les remplacer par un Völler vieillissant et un Boksic que personne ne connaissait encore… Franchement, on se posait beaucoup de questions. »  

Cette saison à oublier, marquée également par le drame de Furiani, allait paradoxalement permettre de jeter les bases de l’épopée. Toujours aussi maître de son destin en France, l’OM posait sa patte sur la deuxième édition du nouveau format européen de la C1 désormais appelée Ligue des Champions, avec en point de mire un nouveau rendez-vous de prestige face au Milan AC.

L’année 93, Marseille dans l’histoire

Deux ans après avoir obligé les Rossoneri à quitter, penauds, la pelouse du Vélodrome, l’Olympique de Marseille avait tout à perdre face à une équipe reprise par Fabio Capello, le top du top mondial.

« Autant nous avions sous-estimé Belgrade en 1991, autant nous savions que défi était immense face au Milan AC, insiste Amoros. Mais entre mon arrivée en 1989 et cette finale, j’avais vu le club grandir, Tapie lui insuffler un état d’esprit différent. En 1993, l’OM devient respecté comme un grand d’Europe, parce que les meilleurs joueurs et coachs y étaient passés. Donc cette finale, inconsciemment, on ne l’a pas préparée de la même manière. »  

Aux artistes de 1991, Waddle, Francescoli, Stojkovic, Tigana, Vercruysse, Pelé, Papin avaient succédé les combattants de 1993, Boli, Desailly, Papin, Deschamps, Angloma… Amoros a vu la différence.

« Ce n’était plus la même équipe. Celle de Benfica surtout était supérieure, mais celle de Munich a été la plus efficace… »  comme si ses frustrations passées lui avaient offert ce supplément d’âme indispensable, cette énergie supplémentaire qui allait permettre à l’Olympique d’atteindre son Olympe. A jamais les premiers. Encore et toujours les seuls… à avoir eu le privilège de soulever la coupe aux grandes oreilles.

Pour ne pas faire de jaloux, alors que tous les joueurs voulaient l’emporter avec eux le soir du sacre, c’est le secrétaire général du club, Louis Vassalucci, qui a eu le privilège de passer la première nuit avec elle.

Une nuit de noce qui avait démarré tard, la fête s’étant prolongée jusqu’à 4 heures du matin à l’hôtel munichois de la délégation marseillaise. Pendant ce temps, à Marseille, les supporteurs attendaient leurs héros. Ils seraient 30 000 à les accueillir au Vélodrome le lendemain pour se convaincre qu’ils n’avaient pas rêvé…

Tom Boissy

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