mercredi 28 septembre 2022

Les secrets de Richard Virenque : « En 2003, j’ai fait exprès de perdre le maillot jaune… »

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

De son premier Tour en 1992, à 22 ans, à son dernier, en 2004, à 34 ans, d’un premier jour en jaune à un septième maillot à pois, peu de coureurs autant que Richard Virenque auront incarné la Grande Boucle avec la même intensité. Pour le meilleur comme pour le pire.

Vous souvenez-vous de votre état d’esprit au départ de votre premier Tour en 1992 ?

L’inquiétude dominait. Je venais de finir 6ème des championnats de France, et Marc Braillon, le boss de RMO, a décidé au tout dernier moment de m’inscrire sur la liste du départ. A cette époque, un néo-pro comme moi n’avait pas vocation à disputer aussi vite le Tour, il fallait patienter. Je n’avais que 22 ans. J’ai appris que j’y serai que quelques jours avant.

Le deal était de ne faire qu’une semaine, la chose était entendue avec l’équipe. Et comme je savais que je n’irai pas au bout, j’ai voulu me montrer le plus vite possible. J’étais le plus jeune du peloton.

Au départ de San Sebastian, je finis 6ème de la 1ère étape, et dans la 2ème, en montagne avec 7 cols au menu avec l’arrivée à Pau, j’attaque pour terminer 2ème et prendre le maillot jaune… le maillot vert et le maillot à pois ! J’ai laissé la victoire d’étape à mon compagnon d’échappée, Javier Murguialday, mais c’est ce jour-là effectivement que je suis entré dans la lumière, grâce à cette étape. Et je n’ai évidemment pas abandonné après une semaine (25ème au final, Ndlr). J’avais découvert l’engouement du Tour, son ambiance. Je n’étais pas préparé mentalement, mais j’en redemandais !

En 1992, vous n’avez gardé le maillot jaune qu’une journée. Dans votre carrière, vous ne l’aurez eu que deux jours, le deuxième en 2003, n’est-ce pas un regret ?

En 1992, la direction de RMO n’a pas voulu le défendre car il fallait se reposer pour le contre-la-montre par équipes. On avait une grosse armada avec Lino, Mottet, Caritoux, Pensec… et c’est malgré tout Pino qui, en profitant d’une échappée, a pris le maillot pour le garder une dizaine de jours. Les aléas de la course… Au-delà de mon premier Tour, pour espérer garder le maillot jaune, il faut une équipe pour ça et un objectif fort.

J’étais par ailleurs trop focalisé sur le maillot à pois. Il aurait été impossible de le gagner à sept re prises si j’avais voulu aller chercher le jaune plus souvent. En 2003, lorsque je l’ai eu pour la deuxième fois, après avoir gagné l’étape à Avoriaz (7ème étape), j’ai même fait exprès de le perdre le lendemain dans la montée de l’Alpe d’Huez pour pouvoir aller chercher plus facilement des points pour le classement de la montagne. Deux jours en jaune… j’aurais pu l’avoir davantage mais, au final, ça n’aurait pas changé grand-chose.

‘‘En 1997, je pleurais tout seul sur mon vélo. Il faut croire que je commençais à déranger…’’

A quel moment avez-vous pensé pouvoir gagner le Tour ?

J’ai pris une autre dimension en 1994, pour mon troisième Tour. D’ailleurs, à 72h de l’arrivée à Paris, avant un contre-la-montre où j’ai fait n’importe quoi, j’étais encore 2ème derrière Indurain (5ème au final, Ndlr).

C’est là que j’ai pris conscience que je devais travailler cet exercice et que j’ai rencontré Armel André, un ingénieur ergonome qui avait déjà collaboré avec Fignon et avec qui j’ai vécu une belle histoire. Je suis monté en puissance jusqu’en 1997. Cette année-là, le Tour était à ma portée.

Ullrich était en grande difficulté dans le Ballon d’Alsace (17ème étape, Ndlr), mais tous ses adversaires n’ont pas voulu collaborer. Les mecs ne voulaient pas rouler. Je pleurais tout seul sur mon vélo ! Il faut croire que je commençais à déranger…

« Nous avions une belle armada en 1998 »

Jusqu’à votre exclusion du Tour dans le cadre de l’affaire Festina en 1998…

Pour gagner le Tour, c’était l’année ou jamais. Nous avions une belle armada avec Brochard, Dufaux, Moreau, Hervé, Rous, Stephens, Zülle… Je ne vois pas comment nous n’aurions pas pu gagner après avoir fini 9ème, 5ème, 3ème et 2ème l’année précédente. On était lancés, très offensifs… avant de se faire exclure (avant la 7ème étape, Ndlr).

Je suis revenu en 1999, grâce à l’intervention du TAS (Tribunal Arbitral du Sport), mais j’incarnais trop le dopage, je n’étais pas le bienvenu. En 2000, je gagne à Morzine (16ème étape, Ndlr) en lâchant Armstrong et Ullrich à Joux-Plane. Après avoir avoué m’être dopé, je n’ai pas pu être présent en 2001 (suspension de 9 mois, Ndlr) et mon retour en 2002 m’a offert une de mes plus belles émotions avec la victoire au Mont-Ventoux (14ème étape, Ndlr).

J’avais repris lors de la Vuelta, puis remporté Paris-Tours, et gagner sur le mont chauve, pour moi qui étais estampillé grimpeur, originaire du Sud, pour mon retour, c’était énorme. Même si j’avais déjà gagné deux fois au Ventoux dans le Dauphiné, il fallait que je le fasse sur le Tour, c’était un passage obligé. En plus, pour mon retour, j’avais un calibre sur la tempe, je me battais tout seul…

Le Tour de France, la troisième course la plus importante

Pendant douze ans, de 1992 à 2004, on a l’impression que votre vie tournait autour du seul Tour.

Avec les Mondiaux et les JO, le Tour est la course la plus importante, surtout quand vous êtes un coureur français. Je brillais sur le Tour, il était logique d’axer ma saison dessus, me préparer pour y être le plus performant possible. C’était mon rendez-vous. Mais je n’ai pas délaissé les autres courses pour autant. J’ai failli gagner Milan-San Remo, je suis monté sur le podium des Mondiaux (3ème en 1994, Ndlr), terminé 4ème des JO d’Atlanta, gagné Paris-Tours (2001).

Quel rapport au Tour avez-vous aujourd’hui ?

Depuis la crise sanitaire, les partenaires ont changé, je ne travaille plus pour Eurosport, seulement pour Europe 1, je vis la course d’un peu plus loin. Et ça me manque parce que je reste un passionné de vélo qui continue à s’intéresser à l’actualité, à être proche de pas mal de coureurs. Je ne suis pas blasé, au contraire, je suis frustré de ne pas pouvoir apporter davantage, vivre le truc de l’intérieur.

Pogacar, trois éditions à la suite

Quel scénario imaginez-vous pour l’édition 2022 ?

Je ne vois pas pourquoi Pogacar ne gagnerait pas une troisième fois de suite… Pour le podium, la course peut être tellement aléatoire parfois qu’il est difficile de faire un pronostic. Si la météo est caniculaire, ça peut changer la donne. Les Français ont de belles cartes à jouer dans les étapes pour animer la course, la rendre plus spectaculaire.

Un Français en jaune à Paris, c’est pour quand ?

Alaphilippe n’a pas été si loin que ça… Il est toujours sur le sport-plaisir, pas encore suffisamment en mode économie pour espérer jouer le classement général jusqu’au bout. C’est sa force, il est comme ça. Il nous met des cartouches et c’est quand même lui qui sauve tous les ans le Tour des Français. Cette année, après sa chute et sa blessure, il sera plus frais que d’habitude.

Romain Bardet était en forme sur le Giro avant d’abandonner sur maladie, le voyez-vous performant sur le Tour ?

Il avait besoin de voir autre chose pour se relancer. Après une année d’adaptation chez DSM, il revient plus fort que jamais. Il est très pro, très intelligent, son travail semble porter ses fruits, je veux croire qu’il pourra concrétiser ses bonnes sensations italiennes sur les routes françaises. J’espère qu’il y aura un Français sur le podium. Pour la gagne, avant 2030, j’y crois (rires) !

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1 COMMENTAIRE

  1. Je ne crois pas que ce monsieur soit très honnête dans ces propos. Le tour de France est meurtri et fatigué du dopage

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