lundi 20 mai 2024

Rugby : les commotions cérébrales au coeur des polémiques

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Jean-Marc Azzola
Jean-Marc Azzola
Journaliste

Avec l’évolution de ce sport, la vitesse croissante et la rudesse de plus en plus forte des chocs, les commotions cérébrales sont devenues un sujet central loin d’être pris à la légère. Certains joueurs ont même attaqué world rugby ! 

Les lésions neurologiques liées au rugby sont une préoccupation grandissante. L’Argentine, nation phare, a récemment mené une étude au long cours sur les séquelles chez des joueurs ou anciens joueurs. Lancée en février, cette étude a visé 140 volontaires, joueurs ou anciens joueurs entre 35 et 75 ans ayant pratiqué le rugby au niveau amateur ou professionnel pendant au moins cinq ans. Le but, évaluer avec le plus de justesse les séquelles des lésions cérébrales.

Benoît August, l’ancien talonneur international (1 sélection), est le témoin de deux époques :

« Le rugby actuel a évolué. Il est un peu plus propre. Il est aussi beaucoup plus « fliqué » avec la vidéo. Tous les mauvais gestes sont bannis et c’est tant mieux ! Concernant les commotions, il y en avait aussi avant. Ce sport est devenu professionnel. Il faut vendre. On a donc aussi besoin d’éradiquer tous ces paramètres qui pourraient rendre le rugby dangereux. Mais il ne l’est pas plus qu’un autre. Le cyclisme semble faire bien plus de dégâts chaque année. Pourtant, on ne parle pas des commotions… Quand on joue au rugby, on sait qu’on va prendre des coups. On s’y prépare. A la différence du football américain, on sait à quel moment on peut en prendre, non pas quand on court où on se replace ». 

« Quand on joue au rugby, on sait qu’on va prendre des coups » 

La problématique des commotions a encore pris davantage d’ampleur quand récemment 180 anciens joueurs, souffrant de problèmes de santé, ont décidé d’attaquer World Rugby en justice pour son manque d’action : « Je ne connais pas tous les tenants et les aboutissants de ces affaires confie August. Mais nous, on se battait pour être sur le terrain. Quand on nous demandait si on voulait sortir, on répondait que non. On engageait notre responsabilité. Il faut malgré tout continuer à protéger la santé des joueurs. Le calendrier à notre époque était aussi infernal. Mais tant mieux aussi si le rugby devient de plus en plus sécuritaire ». Maxime Machenaud (38 sélections) retient l’avancée des choses sur la prise en charge :

« Il y a maintenant beaucoup de choses qui sont mises en place. On voit un neurologue chaque début de saison. Il y a les protocoles commotions. Des médecins au bord du terrain aussi. On ne peut donc pas dire que la santé et la sécurité du joueur sont occultées. Les chocs à la tête sont sanctionnés directement. Il y a de moins en moins de commotions. Même si les chocs sont de plus en plus violents liés à la vitesse du jeu, aux surfaces synthétiques et dures de plus en plus nombreuses. Il y a du positif dans ce qui est mis en place. Malheureusement, le risque 0 n’existe pas. Mais il est fondamental de limiter le risque. On a des protocoles à respecter pour retourner sur le terrain. On est sur le bon chemin. »

Un protocole commotion basé sur la confiance du joueur

« Pour en avoir subies quelques-unes pendant ma carrière, on les prend très au sérieux. On a cette obligation d’être sur le terrain tous les week-end. Néanmoins, ce qui est compliqué à sentir est que ces commotions le plus souvent sont invisibles. Suite à ces chocs à la tête, on ne fait pas des IRM du cerveau pour constater si on a bien récupéré. On fonctionne beaucoup à la confiance avec le médecin et le ressenti du joueur. Alors, forcément, on essaie de se préparer au mieux en conséquence, en se musclant au niveau des cervicales pour mieux encaisser les chocs. La technique de plaquage est essentielle aussi ».

Son équipier à Bayonne Camille Lopez est sur la même ligne : « Le rugby reste un sport très physique. On expose le corps humain. Mais on ne peut pas tout enlever non plus. Si on ne plaque plus, ce n’est plus du rugby ! L’accent est beaucoup placé sur les commotions. Des protocoles sont mis en place. J’ai évolué dans des clubs comme à Clermont. Ils étaient très rigoureux là-dessus. De plus en plus de choses sont mises en place. C’est encadré. Malheureusement, des commotions, il y en aura encore ».

L’ex-rugbyman gallois Alix Popham propose que les joueurs passent un scaner chaque année. Face au problème la solution miracle n’existe pas. Il faut protéger les joueurs sans dénaturer le rugby.

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