lundi 20 mai 2024

Sampaoli (OM), l’élève dépassera t-il le maître Bielsa à l’OM ?

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Cinq ans après, Jorge Sampaoli a réveillé le fantôme de Bielsa en imposant à l’OM un style et une méthode qui doivent beaucoup à son maître. La glacière en moins, la grinta en plus, en apparence tout semble rapprocher les deux techniciens argentins au tempérament de feu. Dans les faits, qu’en est-il vraiment ?

> Tout ce qui les sépare

Leur relationnel avec les joueurs

Autant Bielsa peut être froid et distant avec ses joueurs, n’entretenant quasiment aucune relation particulière en dehors des terrains, dé léguant la gestion du vestiaire à ses adjoints, autant Sampaoli peut être chaleureux et amical avec certains d’entre eux, jugé plutôt cool et bon vivant par ceux qui le connaissent bien.

À Séville, Nasri disait d’ailleurs de lui qu’il le voyait « davantage comme un ami que comme un coach. » Personne n’a jamais dit ça de Bielsa dont les mécanismes relationnels sont encore pour beaucoup… une énigme !

Leur rapport aux arbitres

Sanguin, Sampaoli l’est jusqu’à l’extrême au point d’en découdre trop souvent avec le corps arbitral. S’il n’a pas encore « dégoupillé » en Ligue 1, ses colères sont devenues légendaires partout où il est passé en Amérique du Sud, avec de nombreuses suspensions à la clé. Dans ce domaine, Bielsa a toujours fait preuve de beaucoup plus de maîtrise, manifestant un respect jamais démenti aux arbitres.

Leur management tactique

Dogmatique exacerbé, préférant mourir avec ses idées que gagner avec celles des autres, Bielsa est un jusqu’au boutiste tactique qui a souvent eu du mal à sortir de ses schémas de jeu, peinant à mettre en place un plan B. Dans ce registre, Sampaoli est beaucoup plus pragmatique, capable d’adopter une posture plus défensive, à l’encontre de ses principes de base, pour tenir un résultat ou aller en chercher un.

A Séville, il n’a par exemple pas hésité à aligner trois milieux défensifs en même temps. Avec la sélection argentine, il n’a pas cessé de changer ses plans, en étant davantage dans la réaction que dans l’action, pour un jeu plus défensif bien éloigné des thèses de Bielsa.

A Marseille, il n’a pas hésité à changer plusieurs fois ses plans à la pause après une première période décevante. Quand l’un joue toujours sans se soucier des autres, flexible et intraitable sur ses idées, l’autre est capable de s’adapter aux failles de son adversaire, et donc à faire davantage de concessions.

Leur coaching

Les leviers de Bielsa sont principalement d’ordre tactiques et organisationnels. En cours de matches, ses interventions sont ciblées sur les déplacements, la position de ses joueurs. S’il est aussi très centré sur les consignes tactiques, détestant par dessus tout qu’elles ne soient pas respectées à la lettre, Sampaoli joue davantage sur les émotions et la grinta pour pousser ses joueurs à dépasser leurs limites.

Leur communication

Minimaliste, la communication de Bielsa en interne comme vers l’extérieur n’a rien de naturelle, toujours forcée et préparée avec minutie pour la limiter à sa juste mesure. Mal à l’aise dans l’exercice de la conférence de presse ou de l’interview, le tempérament taiseux de l’aîné ferait presque passer son cadet pour un déluré médiatique.

Le caractère plus volcanique de l’enfant de Casilda en fait un client potentiellement difficile pour les journalistes et les supporteurs lorsque les résultats ne sont pas à la hauteur. Plus calme et mesuré, Bielsa s’éclipse quand Sampaoli ne refuse pas le combat au risque de déraper.

> Tout ce qui les réunit

Leur âge

Lorsqu’il a posé les pieds à Marseille à l’été 2014, après une année sabbatique qui faisait suite à son départ de l’Athletic Bilbao, Marcelo Bielsa avait 59 ans… deux ans de moins que Jorge Sampaoli quand il mit fin à son contrat avec un autre Atletico, celui de Mineiro au Brésil, où il venait de passer une seule saison.

Quatre ans séparent les deux techniciens (65 ans pour l’actuel coach de Leeds, 61 pour celui de l’OM) qui ont un autre dénominateur commun, leur origine. « Sampa » est né à Casilda, Bielsa à Rosario, la capitale de la même province de Santa Fé, à peine distantes de 50 km.

Leur passé en Europe

Avant l’OM, les deux techniciens n’avaient connu qu’un seul club en Europe, en Liga. Bielsa était bien passé par l’Espanyol Barcelone, mais pour n’y demeurer que trois mois avant de prendre la direction de l’Albicesleste. C’est plutôt à Bilbao entre 2011 et 2013 qu’il a pu s’acclimater au rythme différent du foot continental. Même destination pour Sampaoli qui a découvert le championnat espagnol et la Ligue des Champions avec le FC Séville en 2016/2017.

Leur échec avec l’Albiceleste

Ils ont tous les deux été sélectionneurs des deux mêmes pays, le Chili et l’Argentine, poussant le mimétisme à quitter volontairement leur club pour mieux embrasser leur rêve absolu : diriger la sélection argentine. Bielsa n’avait pas hésité à planter l’Espanyol Barcelone en cours de route en 1998 pour succéder à Passarella.

Sampaoli en a fait de même avec le FC Séville, où il lui restait un an de contrat, pour encadrer les coéquipiers de Messi dans la perspective de la Coupe du Monde 2018. Pour le meilleur, et le pire, ils partagent aussi leur échec en Coupe du monde, l’Argentine de 2004 ne sortant même pas de sa poule, celle de 2018 se faisant éliminer en 8èmes de finale.

Leur réussite avec la Roja

Pendant quatre années (2007-2011) à la tête de la sélection du Chili, Bielsa parviendra à donner un vrai style de jeu à une équipe qui parviendra à s’illustrer lors de la Coupe du Monde 2010, éliminée par le Brésil 0-3 en

8èmes après être sortie d’une poule qui comptait l’Espagne, le Honduras et la Suisse. Et de démissionner en 2011 malgré le soutien du public… Un an après, Sampaoli restera également quatre années (2012-2016) avec une vraie réussite comme s’il profitait un peu du travail préparatoire de son maître. Mais lors de la Coupe du Monde 2014, après avoir éli

miné l’Espagne en match de poules, il échouait de nouveau en 8èmes face au même Brésil (aux tirs au but)… avant de remporter la Copa America en 2015 face à l’Argentine en finale. Lui aussi partira de lui-même en janvier 2016 après un arrangement avec sa fédération pour signer au FC Séville.

Leur début à l’OM

Bielsa avait débuté avec un nul à Bastia et une défaite à domicile face à Montpellier… avant une série de huit victoires d’affilée jusqu’à la deuxième défaite à Lyon contre le cours du jeu pour 25 points pris sur les 30 possibles lors des 10 premières journées et un titre de champion d’automne quelques semaines après.

Sampaoli a longtemps été sur les mêmes temps intermédiaires, mais sur la deuxième partie de saison. En démarrant par deux victoires (Rennes 1-0 et Brest 3-1), il a connu sa première défaite à Nice (0-3) et son premier nul à Montpellier (3-3) ajoutant deux victoires face à Lorient (3-2) et à Reims (3-1), un nul

face à Strasbourg (1-1). En relançant l’équipe vers la 5ème place qualificative pour la Ligue Europa à 11 matches de la fin, il avait relevé son premier défi. Restait à transformer l’essai.

Leur méthode

Arriver tôt, partir tard… le rythme quotidien des deux techniciens est à peu près le même qui impose à tous ceux qui travaillent avec eux la même exigence et le même investissement.

Peu de place pour le ludique ou le loisir, tout ce qu’ils proposent comme séances d’entraînement n’a qu’un seul et même objectif : parvenir à faire entrer leurs joueurs dans leur logique de jeu, avec la même persévérance dans les exercices, la même concentration demandée, la même intensité au service de la tactique. Usante, la méthode a ses limites.

Bielsa les a atteintes à Marseille, et ailleurs, par manque de discernement et de dialogue avec ses joueurs. Peut-être Sampaoli en a-t-il tiré quelques leçons. Un mois après son arrivée, Payet, qui a connu les deux reconnaissait : « La seule chose qu’on n’a pas travaillé depuis qu’il est arrivé (Sampaoli), c’est le sommeil car on se réveille tôt et on se couche tard ! ».

Tom Boissy

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