lundi 24 juin 2024

Scandales à la FFF : Romain Molina accuse l’Etat

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Au cours d’un long entretien, le journaliste d’investigation, Romain Molina, revient, près de deux mois après, sur ses révélations, qui ont ébranlé la Fédération française de football. Enfin… pas tant que ça finalement. Pour Molina, « c’est politique ».

Près de deux mois après vos révélations sur les affaires qui ébranlent la Fédération Française de football, rien n’a bougé finalement… Vous êtes déçu ?

(Il soupire). Il y a plusieurs choses. D’abord en premier lieu, il y a une omerta. Pas des médias puisque l’Équipe a parlé de « la Grande Muette », Le Monde a fait des articles, LibérationFrance Info, aussi. Je sais que Blast va faire quelque chose. C’est la première fois que l’on parlait autant des affaires à la FFF. En revanche, sur les télés rien n’a bougé. Cela s’est cantonné aux SMS de Le Graët… Moi, ce qui me choque, c’est qu’il n’y a aucun remord de la Fédération Française de Football.

Aucune remise en question…

Pour eux, ils ont tout bien fait. À aucun moment tu sens qu’il y a un sentiment de culpabilité. Autre point :  sur le plan politique, un seul député, de gauche, a évoqué ces révélations. Sinon, personne n’en parle. Par contre pour parler du char-à-voile, on a même eu Elisabeth Borne (Première Ministre)… C’est quand même délirant.

« Ce n’est pas normal que le Ministère de la justice n’ait rien fait »

Vous avez la Ministre des Sports qui est dans son audit… Ce qui n’est pas normal c’est que le Ministère de la Justice n’ait rien fait. Il n’y a pas présomption, c’est une certitude, toutes les affaires ont été confirmées par des témoignages. Est-ce que la Fédération a prévenu, selon l’article 40, les autorités, lorsqu’elle a eu connaissance d’un crime ? Non. C’est une infraction à la Loi. Que l’on m’explique pourquoi il n’y a aucune enquête sur la FFF ? Ça veut dire que l’on peut faillir à la Loi française, faillir à sa mission de service public… il n’y a aucun dossier ouvert.

On vous sent vraiment très déçu…

Ce qui me choque, c’est l’immobilisme politique car il y a La Coupe du Monde qui arrive. Je sais qu’après, ils vont couper deux, trois têtes…. C’est une faillite étatique. Plus on avance dans ces dossiers, plus je vois l’imbrication politique. Notamment ces dernières années, avec les différents gouvernements. Pas spécialement celui qui est actuellement en place, mis à part pour une personne…

> LIRE AUSSI : Les révélations de Romain Molina sur la vente de l’OM

C’est grave ce que vous dites…

Je vais vous donner un exemple concret pour illustrer tout cela. Le fameux dossier Roujas (Angélique Roujas, ancienne responsable du pôle France féminin, a été licenciée par la FFF pour faute grave après avoir eu des relations intimes avec des jeunes filles qui auraient été mineures à l’époque. Une enquête a eu lieu auprès du Ministère des Sports en 2021 alors que les faits dateraient entre 2013 et 2015 , NDLR). 

Elle n’est pas condamnée par la Justice pour prescription. Officiellement, c’est pour une prescription de 3 semaines. Comment peut-on expliquer que les gendarmes rendent leur dossier en Avril, et que le procureur classe l’affaire pour prescription en juin, pour… trois semaines ? Derrière on convoque les gens de la FFF pour leur dire que ce qui a été fait, c’était « dégueulasse ». Le procureur en question, Mr Lescousse, est aujourd’hui au Ministère de la Justice.

« Comment Madame Henriques peut-elle garder son poste au CNOSF, après avoir couvert des actes condamnables ? »

Une affaire comme celle-là, ça peut arriver. Mais je vous donne un autre exemple : l’affaire San José (David Sans José, responsable éducatif de Clairefontaine était sous le coup d’une enquête pour agression sexuelle sur mineur en 2020, ndlr) : ils se sont trompés de chef d’accusation ! Ils ont mis agression sexuelle au lieu de harcèlement, du coup, il a rien. Deux erreurs, c’est un peu bizarre…

Troisième cas, le cas Marc Varin, c’est exceptionnel que la Police ne fait rien et que c’est l’Inspection du travail qui fait le boulot ! (En octobre 2021, le directeur financier a été condamné par les Prud’hommes pur harcèlement sexuel, la FFF a été jugé pour avoir ignoré ses « obligations de sécurité » envers un employé, NDLR).

Pareil pour l’affaire Jacky Fortépaule (l’ancien président de la Ligue du Centre a été condamné en avril dernier à un an de prison avec sursis pour « harcèlement moral et sexuel », NDLR), quand la FFF commence à intervenir, à faire des fausses dépositions, à mentir sur l’honneur, ce qui est un crime aussi… Pire encore, quand une personne importante de la FFF, qui avait été prévenue de ce qu’il se passait, va voir les gendarmes et dit qu’elle n’est au courant de rien. C’est du parjure.

Ça relève du pénal. Il s’agit de Madame Henriques pour ne pas la nommer. On peut trouver le PV de gendarmerie de cette dame sur l’affaire Fortépaule. Comment, après cela, elle peut rester à la tête du CNOSF ? Sachant qu’elle a été prévenue de ce qu’il se passait. Comment les gendarmes peuvent arrêter l’enquête ?

« Que penser de l’attitude du Ministère du Travail, dirigé à l’époque par Elisabeth Borne, qui défend le PSE de la FFF ? »

Nous avons aussi le PSE  (Plan Sauvegarde de l’Emploi, NDLR) de la FFF, qui a été rejeté par le tribunal administratif de Paris. Le ministère du Travail, dirigé à l’époque par Madame Borne, avait fait appel au côté de la fédération, pour valider ce plan social. Alors que la Première Ministre se dit contre les abus, publiquement… Comment expliquer que le cabinet de Madame Borne a validé le plan social, alors qu’à la FFF, les gens dénoncent du harcèlement. Toutes ces personnes ont toutes été virées. 

C’est quasiment un complot…

Le tribunal administratif condamne la FFF. La FFF, avec le Ministère du Travail, fait appel. En appel, le juge invente une jurisprudence… L’affaire finit devant le Conseil d’État. Quand on met tout cela bout à bout, ça fait beaucoup. Le problème n’est pas médiatique, il est politique. Il faut arrêter les conneries. En Islande, quand la Fédération a couvert une agression sexuelle, tout le comité de direction a démissionné. À la FFF, tout le monde pense à qui va récupérer le pouvoir. On est au-delà de la puanteur. C’est ce qui me choque. Avec en plus, le silence absolu des joueurs et joueuses, des anciens aussi.

Justement, à propos de ça, l’affaire Loisel, nous avons reçu un courrier de son avocat démentant les informations. Un document accompagné d’une attestation de Gérard Prêcheur (entraîneur du PSG féminin aujourd’hui, NDLR) qui dit qu’il ne se souvient pas avoir déclaré le comportement de l’ancienne sélectionneur…

(Il coupe). Si vous voulez, Je veux vous donner le PV de Prêcheur qui parle de Clairefontaine et qui explique que Loisel choisit les joueuses en fonction de leur orientation sexuelle. L’affaire Lionel, elle est honteuse, ce sont les années sombres de la FFF. Loisel, c’est un secret terrible. Je comprends la peur de parler mais ce n’est pas normal. On parle d’une affaire qui a 20 ans.

Je suis déçu sur le plan humain car il y a aujourd’hui des joueuses qui sont mères de famille et qui ne veulent pas dénoncer ces cas-là. C’est de leur responsabilité. Je n’ai jamais vu aussi peu de courage en France.

(Avec Louis Oevrard)

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