mercredi 22 mai 2024

Sébastien Haller (Dortmund), celui qui aurait dû être « le nouveau Giroud »

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Son retour à la compétition en début d’année avec Dortmund, après six mois à lutter contre un cancer, a ému la planète foot et confirmé l’incroyable destin de l’international ivoirien. A 28 ans, Sébastien Haller n’a pas fini de surprendre et d’impressionner tous ceux qui ont croisé sa route.

Cela ne s’invente pas. Le 4 février, à la 51ème minute de Borussia Dortmund-Fribourg, lorsque le mur jaune s’est levé comme un seul homme pour célébrer le 4ème but des locaux, il n’avait échappé à personne dans l’entourage du buteur, Sébastien Haller, qu’il s’agissait de la journée mondiale contre le cancer.

Revenu de quatre cycles de chimiothérapie et de deux opérations pour soigner le sien, l’international ivoirien n’avait plus levé les bras depuis le 11 mai 2022 lorsqu’il était encore à l’Ajax (face à Heerenven en Eredivisie), plus joué depuis le 15 mai face à Vitesse Arnhem. Diagnostiqué dès son arrivée à Dortmund en début de saison, après un transfert de 35M € qui le lie au club allemand jusqu’en 2026, son cancer des testicules avait évidemment fait craindre le pire à son entourage.

Haller revient fort avec Dortmund

« Ça représente beaucoup pour moi, j’attendais ce moment depuis le jour 1, disait-il au micro de Sky. Je suis simplement content et j’espère que j’ai rendu plusieurs personnes heureuses. Le chemin est encore long, on va continuer à travailler. » En twittant les mots « Fuck Cancer » sur son compte, le Borussia Dortmund postait aussi deux photos de sa recrue estivale à cinq mois d’intervalle avec cette légende :

« C’est un héros ». Symboliquement, le club avait fait ajouter une petite bosse (une tumeur) au niveau du rond central du Westfalenstadion avant le coup d’envoi pour mieux exorciser le mal et permettre à l’ancien joueur d’Auxerre de fermer définitivement cette terrible parenthèse.

Sept mois après son dernier match officiel disputé avec la Côte d’Ivoire face à la Zambie en qualification pour la Coupe d’Afrique des Nations, quinze jours après son retour en compétition (le 22 janvier face à Augsbourg), Sébastien Haller reprenait le cours d’une carrière qui n’avait cessé d’aller crescendo depuis ses débuts à Auxerre en 2012. C’est là-bas que tout avait commencé pour l’enfant de Ris Orangis, là-bas que le destin lui fit un premier signe.

Recruté après dix minutes de jeu à Auxerre

« A la base, je venais voir un match à Nîmes pour superviser des Nîmois, se souvient Didier Martel, l’ancien attaquant du PSG devenu recruteur pour le FC Utrecht. Sébastien était à Auxerre, remplaçant, et n’a joué que 10 minutes en fin de match. Pourtant, son profil m’a tout de suite interpelé car il avait de belles qualités physiques et était capable de conserver le ballon dos au but. »

« Techniquement, j’ai senti du potentiel et mentalement je sentais l’instinct du buteur ! Même s’il était un peu nonchalant, on voyait bien qu’elle pouvait être sa marge de progression. Lorsque je l’ai rencontré, sa mentalité m’a plu. Il était humble, à l’écoute et je n’avais que de bons échos de la part de ceux qui le connaissaient ou l’avaient déjà croisé. »

Le profil parfait en quelque sorte du joueur recherché par le club néerlandais aux moyens limités ; jeune, pas trop cher et à la forte marge de progression. Pas le premier choix… mais un très bon choix qui a réellement explosé la saison passée avec l’Ajax. De quoi donner des regrets à Didier Deschamps qui l’a laissé devenir un Eléphant sans bouger une oreille ? Peut-être.

Barré en bleus par le même profil que lui… Giroud

D’origine ivoirienne du côté de sa mère, Sébastien a pourtant été international français dans toutes les catégories d’âges des U16 aux Espoirs où Willy Sagnol puis Pierre Mankowski l’ont appelé à 20 reprises entre 2013 et 2015 avec un bilan très intéressant et 13 buts marqués dont un triplé en 2015 face à l’Estonie… qui n’aura pas suffi pour lui permettre d’accrocher une première convocation en A.

S’il l’a supervisé, lui ou ses adjoints, Didier Deschamps n’en a jamais fait une alternative crédible à ses titulaires habituels. Avant de devenir le meilleur buteur du championnat néerlandais (21 buts) avec l’Ajax en 2022, être nommé au Ballon d’Or (13ème) la même année, il avait pourtant acquis pas mal d’expérience aux quatre coins de l’Europe, en se révélant au FC Utrecht, en gagnant la Coupe d’Allemagne avec l’Eintracht Francfort en 2018, en découvrant la Premier League, son troisième championnat, avec West Ham en 2019.

Son profil longiligne (1m90) aurait pu offrir d’autres possibilités mais, derrière Mbappé, sans doute se rapprochait-il trop de celui de Giroud. C’est à 26 ans, non sans avoir espéré être appelé pour l’Euro 2020 (avec Mbappé, Benzema et Giroud, Deschamps lui préféra Thuram et Ben Yedder) qu’il opta pour la Côte d’Ivoire. Sous la direction du sélectionneur français, Patrice Beaumelle, il disputa sa première sélection le 5 novembre face à Madagascar.

Chez les Bleuets il performe

Il compte depuis 15 sélections (4 buts). En juin 2021, il expliquait au magazine So Foot les raisons de son choix :

« Cette double nationalité, ça faisait des années que ça me préoccupait. Après avoir fait toutes les sélections de jeunes avec la France, j’ai analysé mes performances, regardé la concurrence à mon poste, je me suis rappelé de mon âge. A un moment, il ne faut pas se mentir. Comme en parallèle le coach des Eléphants m’a contacté et est venu me voir, j’ai pris le temps de réfléchir pour ne pas me tromper. Et une fois le choix effectué, il faut l’assumer ! »

Il allait un peu plus loin dans sa réflexion en avouant :

« Les sélections, c’est aussi sportif. Quand un des deux pays fait tout pour t’avoir tandis que dans l’autre tu sais que tu gratteras peut-être une ou deux sélections… c’est important de se sentir apprécié pour grandir en tant qu’homme et footballeur. Jouer une compétition internationale, ça fait partie des objectifs de tous les joueurs et la carrière est courte. J’ai le bonheur de représenter la Côte d’Ivoire. J’avais envie de vivre ça… »

A 28 ans, il a encore le temps de croiser le chemin des Bleus dans trois ans aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique, pour tenter d’amener les Eléphants au-delà du 1er tour, leur plafond de verre lors de leurs trois seules participations (2006, 2010 et 2014)… avec une CAN disputée à domicile en janvier 2024 pour devenir encore plus fort. Vous connaissez l’adage : tout ce qui ne tue pas…

Tom Boissy

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