mardi 23 juillet 2024

Sydney Govou : « L’OL doit devenir un club de gagneurs »

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Pendant une décennie, au-delà de ses 7 titres de champion, il fut l’un des meilleurs atouts offensifs de l’OL en Ligue des Champions. Entre 2000 et 2010, Govou a accumulé 75 matches européens. Assez pour essayer de comprendre pourquoi les clubs français ont tant de mal à exister dans la cour des grands.

Govou dans les grandes histoires de l’OL

Des dix campagnes européennes que vous avez disputées avec l’OL, quel fut le meilleur moment ?

Sidney Govou : Personnellement, mes deux premiers buts en Ligue des Champions alors que je n’avais que 22 ans. Parce qu’il s’agissait de mes premiers buts à ce niveau et parce que c’était le Bayern (3-0, en 2ème phase de groupes, Ndlr). Plus collectivement, je retiens notre campagne 2004/2005 qui s’est achevée face au PSV Eindhoven en quarts de finale.

C’est au sein de cette très jeune équipe que j’ai pris le plus de plaisir, où je me suis senti le mieux avec des victoires larges face au Werder (7-2 et 3-0), au Sparta Prague (50) ou Fenerbahçe (4-2, 3-1). Je crois même détenir avec Zlatan le record de passes décisives dans un même match (4, face au Werder, Ndlr). Beaucoup d’insouciance se dégageait de ce groupe qui avait le potentiel pour aller au bout. Nous n’étions pas attendus, pas encore vraiment invités parmi les grands, c’était le moment ou jamais.

Justement, pour le moment, l’OL n’a jamais réussi à passer le cap des demi-finales, pourquoi ?

Pour aller au bout, il faut faire partie des grands clubs qui, eux seuls, ont une vraie culture de la gagne. Lorsque vous êtes un “petit”, comme Lyon à cette époque, vous pouvez surprendre, et c’est ce que nous aurions pu faire sans cette défaite au PSV aux tirs au but, mais pas avoir l’ambition de gagner.

Lyon n’est plus considéré comme un « petit »  aujourd’hui, si ?

Il y a effectivement une grande différence entre le l’OL de 2000, que j’ai connu à mes débuts, et l’OL de 2010, ou celui de 2020. Le regard de nos adversaires a changé, celui de nos supporteurs aussi qui sont forcément devenus plus exigeants. Dix ans après, plus aucune équipe ne nous prenait à la légère. Et ça, dans l’approche des matches, ça change tout.

Govou critique le manque de la gagne de l’OL

Qu’est-ce qui manque à Lyon alors ?

Lyon, comme tous les autres clubs français, n’a toujours pas réussi à bâtir dans la durée une vraie culture de la gagne qui ne concerne pas seulement les joueurs, mais l’ensemble d’un club. Si des équipes portugaises ou néerlandaises, des équipes espagnoles hors Real ou Barça, parviennent à gagner de temps en temps des coupes européennes, ce n’est pas un hasard. Car même en Ligue Europa, elles sont à fond et se construisent un palmarès.

En gagner une permet souvent de déclencher une dynamique, de montrer aux générations futures que c’est possible. Chez nous, à part cette saison, les clubs français ont toujours pris la C3 à la légère. C’est une grosse erreur. Moi même, je sais que j’ai disputé quelques matches de Coupe UEFA (4 entre 2001 et 2003, Ndlr), mais je n’en ai plus aucun souvenir…

Quelle est votre plus grande déception européenne avec l’OL ?

Cette élimination face au PSV aux tirs au but (1-1, 1-1) en 2004 et, un an plus tard, en quarts de finale également, celle face au Milan AC (0-0, 1-3). On tenait la qualif à Milan avant de prendre deux buts en fin de match.

Ce fut une grosse frustration parce que cette saison là aussi nous pouvions aller très loin. En plus, à l’aller, j’ai une énorme occase que je manque et qui aurait pu changer la donne. La suite de la saison avait été compliquée à gérer.

Vous viviez en même temps de belles heures avec l’équipe de France (finaliste de la Coupe du Monde 2006). Les niveaux de jeu étaient-ils comparables ?

L’intensité d’un match de Ligue des Champions n’a pas d’équivalent. Je pense d’ailleurs qu’une grande équipe européenne est supérieure à une sélection nationale car les automatismes tactiques, l’habitude de jouer et de s’entraîner ensemble feront toujours la différence.

« Pour déclencher une dynamique, il faut en gagner au moins une… même une Ligue Europa »  

Quelle équipe vous a le plus impressionné ?

Il n’y avait rien à faire face au Barça version Guardiola de 2009 (1-1 et 2-5), celui d’Eto’o, d’Henry, de Messi qui débutait, de Busquets, Puyol, Alves, Keita, etc. On en avait pris cinq au Camp Nou, c’était impressionnant. On n’avait jamais vu le ballon…

A la différence des Verts de Saint-Etienne, qui n’ont jamais rien gagné au niveau européen non plus, pourquoi l’OL a moins marqué les esprits ?

Parce que Lyon est plus bourgeoise, froide, moins une vraie ville de foot comme Lens, Marseille ou Saint-Etienne, tout simplement. Egalement parce que l’impact d’un match européen n’est plus le même que dans les années 70 où c’était un vrai événement télévisé qui rassemblait toute la France. Cette rareté décuplait l’engouement.

C’est une question de génération. Etant du Puy en Velay, tous mes potes sont à 99% supporteurs des Verts, de père en fils. Je n’ai pas connu les épopées stéphanoises, mais je me dis que si cette passion se transmet avec autant de force dans le temps, vu que ce club ne gagne plus rien depuis très longtemps, c’est qu’ils ont du faire quelque chose d’énorme avant !

Quelles furent vos premières émotions de jeune supporteur ?

J’étais ado quand l’OM remportait la Ligue des Champions en 1993. Même si je n’ai jamais été du genre à avoir des équipes ou des joueurs préférés, à acheter des maillots, dans la cour, on s’identifiait à Papin, Waddle, Boli, etc. J’ai vraiment commencé à regarder le foot à la télé au moment de la Coupe du Monde 1998.

Au point de devenir un des consultants télé phares du moment !

Le fait de ne pas être passé par un centre de formation, de ne pas avoir bouffé du foot 24h/24 pendant ma carrière, d’avoir d’autres centres d’intérêt, me permet d’avoir plus de fraicheur aujourd’hui, d’être moins usé ou blasé. Et c’est vrai, je n’ai jamais autant regardé de matches que depuis que je ne joue plus (rires) !

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