mardi 27 septembre 2022

Thibault Pinot va-t-il devoir mettre un terme à sa carrière à cause de ses problèmes de dos ?

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Jean-Marc Azzola
Jean-Marc Azzola
Journaliste

Thibaut Pinot n’a plus couru depuis le 23 avril et le Tour des Alpes en raison de problèmes de dos persistants. S’il devrait reprendre le 17 aôut avec le Tour du Limousin, avant d’enchainer avec le Tour du Poitou-Charentes (24 au 27 août) puis le triptyque doubiste et jurassien, les plus pessimistes s’interrogent et envisagent même le pire…

En pleine convalescence depuis sa chute survenue le 29 août 2020 lors de la 1ère étape du Tour de France à Nice, Thibaut Pinot est récemment sorti du silence. Pour donner des nouvelles. En pleine Grande Boucle. Evidemment sans lui :

« Moralement, j’ai des hauts et des bas. Je me dis que cela ira mieux demain. C’est une douleur longue à guérir. J’espère retrouver mon potentiel à 100%. Mon objectif est de remettre un dossard d’ici la fin de saison. Ce serait une victoire ».

Et le 3ème du Tour de France 2014 de dire tout le bien qu’il pense de David Gaudu 11ème de la Grande Boucle à 24 ans : « Dans une équipe il y a de la place pour tout le monde. Il n’y a jamais eu de jalousie entre nous. Il n’y aura jamais de problème. Au contraire, on est complémentaires. J’ai vite compris que David allait devenir le futur leader de l’équipe. Je suis fier de l’avoir aidé à s’épanouir dans ce rôle. Il a beaucoup d’ambition ». Proche du natif du Finistère,

Pinot ajoute : « Ces derniers mois, j’aurais aimé être auprès de lui pour profiter. Malheureusement, je vis une période difficile (ému). David est encore jeune. Il a largement le potentiel pour monter sur le podium d’un grand Tour. Je le vois aussi gagner un Tour de Lombardie ou un Liège-Bastogne-Liège. Maintenant qu’il est en confiance, tout va s’enchaîner. Pour moi, le mois de juillet va être long ».

Passage de témoin entre Pinot et Gaudu

Tout est dit. Ces paroles résonnent comme un passage de témoin. La réalité du moment du Franc-Comtois n’est pas des plus heureuses. Il ne s’en cache pas. Quid de son futur ? Les plus alarmistes le disent même fini. Dans les colonnes du Parisien début juillet, le vainqueur du Tour de Lombardie 2018 a avoué sans filtre « combien de fois j’ai pété les plombs seul dans ma voiture. Il y a même un jour sur le périphérique parisien où j’ai fondu en larmes tellement je n’en pouvais plus.

Au début, cette douleur c’était au bout de trois heures de course car j’avais trop compensé sur certains muscles ou les lombaires. Aujourd’hui, je la ressens parfois même au quotidien. Même en cuisinant ou en marchant. Il y a des jours où j’ai eu des instants pénibles. Parfois j’étais bloqué dans les bouchons pour aller à Paris et je me demandais à quoi tout cela rimait. Le Giro que j’aurais dû disputer, se courait… La météo était dégueulasse. J’enchaînais les rendez-vous. Je refusais de regarder la moindre course à la télévision tellement j’étais dégoûté ».

Riblon inquiet pour Pinot

Christophe Riblon, ancien coureur chez AG2R et consultant, est inquiet : « Thibaut traverse une phase délicate. Cela paraît même inquiétant. Après, relativement peu d’informations filtrent, qu’elles émanent de lui ou de son staff médical. On ne sait donc pas vraiment où il en est. On ne sait pas exactement ce qu’il a. Ne pas avoir revu Thibaut maintenir un certain niveau pendant plusieurs jours de suite depuis près d’une dizaine de mois a quand même de quoi interroger (en délicatesse avec son dos, sa dernière course date du Tour des Alpes fin avril, Ndlr). C’est quand même assez alarmant.

Le point le plus encourageant d’après ce que j’ai pu en savoir est qu’ils auraient trouvé ce qu’il a. A priori, il va mieux. Il commencerait à s’entraîner à nouveau. Ce n’est jamais très agréable de passer des moments comme cela. Est-ce qu’on peut se montrer inquiet pour la suite de sa carrière ?

Je ne peux pas le dire. Cependant, cela fait un an qu’on n’a pas vu Thibaut au niveau qu’il devrait être. Qu’il ait besoin de temps pour se soigner et récupérer, qu’il le fasse. Le problème est ailleurs. La chose troublante est qu’il n’y a quasiment pas de communication autour de lui. C’est un choix qu’il a fait et qu’ils ont fait. Néanmoins, on connaît la compétence du staff de la Groupama-FDJ.

Il n’y a pas de raison qu’on perde Thibaut. S’il ne courait pas cette année, cela serait en 2022. Il n’y a quand même pas de raison qu’avec cette blessure il ne revienne jamais à son niveau. Ce serait disproportionné. Il y a eu cette année un Tour de France extraordinaire. Thibaut aurait eu une carte à jouer magnifique.

Mentalement, cela ne doit pas être simple d’être à l’arrêt alors que la saison se déroule et qu’il aurait pu en être un grand acteur. Je reste convaincu qu’il est mieux pour son moral d’agir et de réagir ainsi avec une équipe qui lui fait totalement confiance plutôt que de se forcer à rouler et à être sur le vélo sans que cela aille. En le laissant au repos comme ils le font, c’est la meilleure chose à faire actuellement… ».

Est-ce la fin de l’histoire pour le coureur de la FDJ

Une fois revenu à un état de forme acceptable, Pinot peut-il encore espérer gagner un Grand Tour ? « Non, estime l’ancien coureur d’AG2R entre 2004 et 2017. Je n’ai jamais pensé qu’il pouvait gagner le Tour de France. Un podium, il l’a déjà fait (en 2014). L’année (en 2019) quand il se blesse (blessure musculaire, Ndlr) alors qu’il jouait le podium, c’était sans doute là où il était le plus fort. Mais quand on regarde la concurrence actuelle… la confirmation de Pogacar. Roglic, quand il est au niveau, est supérieur à Thibaut surtout en chrono.

Je ne suis pas certain qu’au top de sa forme Thibaut récupérerait à Roglic en montagne le temps qu’il perdrait en contre-la-montre. Il y a maintenant une génération de coureurs qui arrivent, et qui est très forte. Le jeune Jonas Vingegaard est très costaud. Thibaut reste en mesure de refaire de grosses performances, mais gagner un grand Tour c’est une autre histoire. Il y a énormément de paramètres qui rentrent alors en jeu.

Dont le chrono, un domaine où Thibaut est un peu trop défaillant. On a souvent pointé chez lui un souci d’ordre psychologique. Pour moi, le problème majeur ne se situe pas à ce niveau. Il faut peutêtre penser les choses autrement et se dire que quand il a un organisme fatigué il tombe malade ou il se blesse. Ce n’est que mon avis. J’estime que c’est davantage son corps affaibli et en souffrance qui l’empêche de faire des résultats plutôt que son mental qui flanche ».

Pinot veut recourir pour savoir s’il peut revenir

Pinot a aussi admis « se donner jusqu’à la fin juillet pour savoir si je peux espérer remettre un dossard avant la fin de saison. Quelle que soit la course, je m’en fiche. Je veux juste recourir. J’ai encore des belles choses à montrer. Je reviendrai sur le Tour.

Ma carrière va dans les excès. J’ai eu des très hauts, mais aussi des très bas, jamais de trucs tièdes. Mais j’ai savouré tellement les très hauts. Et le vélo m’a offert une vie que je n’aurais pu espérer. Alors oui j’en ch… parfois plus que d’autres. Mais comment se plaindre quand on a ma vie ? Si je disais qu’elle est injuste, je serais ingrat ».

C’est sur les réseaux sociaux que le coureur a fini par annoncer son retour. Au programme, le Tour du Limousin, avant d’enchainer avec le Tour du Poitou-Charentes (24 au 27 août) puis le triptyque doubiste et jurassien. « Enfin ! C’est l’heure de la reprise et elle sera 100 % française. À très vite », a écrit Thibaut Pinot.

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