mardi 4 octobre 2022

Top 14 : Moderniser les stades sans perdre son âme !

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Riche d’une grande diversité, le parc des principales enceintes du rugby français est en plein développement, avec une équation difficile à résoudre ; se moderniser sans perdre son âme. C’est en transformant profondément les mentalités que la plupart des clubs français sont en passe de réussir leur pari avec des stades à taille humaine qui rapportent de plus en plus. Quitte à se délocaliser pour les grandes occasions…

Si, entre le futuriste Paris Défense Arena, enceinte du plus ancien club de l’élite, et le vieillissant stade Mayol, le parc des stades de Top 14 peut faire le grand écart, c’est toujours avec le souci permanent, et encore plus exacerbé en cette période de crise sanitaire, de trouver le juste équilibre économique, de ne jamais risquer de se mettre en position de subir son enceinte

sportive, de traîner comme des boulets ses charges d’exploitation, ses loyers ou ses contraintes d’occupation. Peu de clubs sont donc propriétaires de leur stade. Dans ce contexte, le Racing 92 qui a sauté le pas, via son président Jacky Lorenzetti et sa filiale Ovalto, sur un concept atypique, fermé et doté d’une pelouse synthétique, capable de se transformer en plus grande salle de spectacle d’Europe (40 000 places), est une des exceptions qui confirme la règle.

Le Rugby modernise ses infrastructures par étapes à cause d’un modèle économique fragile

« Le modèle économique des clubs de rugby est encore trop fragile pour se lancer dans des investissements aussi importants, explique le référence stade du RC Toulon, Benjamin Larue. C’est encore un peu tôt pour le rugby professionnel français. Le modèle tend plutôt à moderniser des enceintes existantes, à en faire des lieux de vie, de spectacle éventuelle ment, à s’adapter à des réalités locales parfois très différentes d’un club à l’autre. »

En même temps, que vous soyez dans une grande agglomération (Lyon, Toulouse, Bordeaux) ou une préfecture de province (Brive, La Rochelle, Pau, Bayonne), le championnat est le même, avec une affluence moyenne de spectateurs en augmentation avant l’arrivée de la Covid (saison 2019/2020) et proche des 15 000, entre les 8210 d’Agen et les 24 341 de Bordeaux-Bègles.

« La jauge d’un stade proportionné au Top 14 se situe entre 12 000 et 25 000 places, poursuit Benjamin Larue, et le modèle choisi par certains pour se délocaliser lors des grandes affiches me parait être le bon. » L’UBB (vers le Matmut Atlantique) et le Stade Toulousain (vers le Stadium) actionnent ce levier régulièrement, le RC Toulon (vers le Vélodrome) et l’Aviron Bayonnais (vers Anoeta) de manière plus exceptionnelle. Le moment n’est pas encore venu, s’il devait arriver un jour, de voir un club de rugby français évoluer dans un stade de 50 ou 60 000 places.

« 25 000 places est la jauge idéale pour un club de top 14 »

Les 35 000 du LOU, à Gerland, restent un sommet qui a très peu de chances d’être dépassé à court ou moyen terme. Jean-Luc Drumont, stadium manager du Stade Toulousain, ou Hugues Verrier, directeur général de Pau, expriment un sentiment partagé par tous leurs homologues :

« 25 000 places est la jauge idéale pour un club de Top 14″ précise le premier. « En termes de capacité, les modèles sont la U Arena et le stade Gerland. Pour les « business seat », c’est Gerland. Marcel Michelin est le meilleur combiné des deux ! » « Voilà une notion très relative qui dépend de la densité urbaine, ajoute le second. Pour un bassin de vie comme le Pays de Béarn (environ 350 000 habitants), la jauge pertinente serait de 17 000 places.

Adapter les stades selon le bassin de vie

Cette capacité permettrait de conjuguer les fortes affluences sur des affiches majeures et une politique de remplissage optimisée sur le reste du championnat. Chaque stade dispose de ses forces et faiblesses : capacité, accessibilité, confort, infrastructures numériques, diversité et complémentarités des espaces réceptifs, agilité des espaces hors match, qualité de la zone compétition… Deux exemples pourraient nous inspirer : le stade Marcel-Michelin et Marcel-Deflandre qui allient capacité raisonnable, qualité, diversité et complémentarité des espaces réceptifs VIP et grand public ainsi que modernité des infrastructures. »

Pour Arnaud Chausi, stadium manager de Clermont, « cela dépend du contexte de chaque club et du public qu’il est capable de drainer. Il faut bien réfléchir à l’aspect économique en faisant un bon dispatch grand public / VIP. Il est important de faire un stade fonctionnel. »

A leur rythme, avec quelques projets dans les cartons, parce qu’ils sont propriétaires de Marcel Michelin, les Clermontois y parviennent. « Il existe toujours des projets de modernisation dans un stade, surtout quand il appartient au club (sono, écrans géants, sièges grand public, espaces VIP …), mais aujourd’hui compte tenu du contexte, il n’est pas facile de donner une échéance pour ces travaux. »

Marcel Michelin a une très belle carte à jouer

En mettant un 9/10 à son stade, quand il met un 7/10 à l’ensemble des autres stades de Top 14, Arnaud Chausi est conscient d’être aux manettes d’un complexe qui fait des envieux.

« Marcel Michelin fait partie des enceintes anciennes qui ont bien été améliorées, avec Gerland, un autre historique, mais qui condense aussi beaucoup de critères positifs, précise Benjamin Larue. La Défense Arena a aussi beaucoup d’atouts, pour sa capacité à faire du festif autour du match, mais avec l’inconvénient de faire avec une atmosphère fermée et une pelouse synthétique qui ne plait pas à tout le monde. »

A Toulouse, rassurés par la possibilité de s’exiler sur l’île du Ramier pour bénéficier d’un stade de 35 000 places, les dirigeants peuvent aussi se permettre d’avancer à leur rythme car Ernest Wallon leur appartient via l’Association des Amis du Stade. Assis sur une solide stabilité humaine et financière, ils l’améliorent à intervalles réguliers.

À peine la dernière tranche de travaux terminée, ils enchaînent en 2021 avec toujours le même souci de modernisation : rénovation d’une tribune, augmentation du nombre de sièges affaires, création d’un musée et d’une brasserie supplémentaire, d’une nouvelle boutique et amélioration des espaces commerciaux pour le public les jours de match.

« Et plus si possible ! » nous dit Jean-Luc Drumont, un stadium manager des Rouge et Noir qui n’octroie qu’un petit peu plus que la moyenne (6,5/10) à l’ancien stade des Sept Deniers. Peutêtre en raison d’une capacité réduite (19 000  places). Pourtant, face à la folie des grandeurs de certains clubs de foot qui se sont offerts des stades surdimensionnés et difficiles, voire impossibles à rentabiliser, c’est en faisant preuve de beaucoup de bon sens et de professionnalisme que les rugbymen ont réussi à révolutionner les mentalités.

A Bayonne, l’AB Etxea est sur les rails

L’arrivée d’une nouvelle équipe dirigeante dans les pas du président Tayeb, la montée en Top 14 qui a suivi, ont généré un nouvel élan du côté de l’Aviron avec la concrétisation du projet AB Etxea pour rassembler toutes les composantes du club à Jean Dauger.

Point de départ du projet, la première phase est proche de se terminer qui consistait à la création de l’AB Stadium avec la construction d’une nouvelle tribune Est, la réalisation d’une pelouse hybride, d’une fosse technique. La phase 2 suivra à la rentrée pour créer une nouvelle tribune Sud connectée à la tribune Est par un virage et au sein de laquelle sera réalisé le siège de la SASP pour une livraison attendue à décembre 2021.

En parallèle, et à proximité, l’AB campus (centre de formation sportif, centre de formation scolaire et universitaire, centre de performance, espace dédié au rugby féminin et au sport amateur) sera achevé en juin 2022. En parti autofinancé (à hauteur de 7,2 millions), l’AB Etxea offrira aux Basques un outil de travail et de développement hyper fonctionnel, à deux pas des bodegas du centre historique, comme un savant mélange entre tradition et modernisme.

Les stades de Rugby emblématiques à découvrir dans Rugby mag.

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