jeudi 23 mars 2023

Tour de France 2022 : qui peut battre Pogacar ? les voix du Tour donnent leurs favoris

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Chêne, Pasteur, Adam, ils ont été les voix de la Grande Boucle. Ils se souviennent pour Le Quotidien du Sport et nous livrent leurs pronostics pour l’édition 2022.

Patrick Chêne : « J’adore Alaphilippe et Bardet »

Son passé de commentateur

« Au départ, je suis davantage un homme de télé que de vélo car c’est l’aventure télé qui me passionnait, au contact de Robert Chapatte qui fut un des hommes qui a le plus compté dans ma vie. Ce statut de commentateur du Tour a changé le regard que les autres portaient sur moi à une époque où la concurrence étant moins importante. 21 ans après mon départ, si les gens me connaissent ou me reconnaissent, ma voix surtout, c’est à 90% grâce à la relation que j’ai entretenue avec eux sur le Tour. Parce que j’avais un style direct qui me permettait d’entrer chez eux. Hier comme aujourd’hui le commentateur du Tour reste un personnage central. »

Ses favoris pour 2022

« Je ne connais plus du tout les cyclistes actuels et je serais bien incapable de commenter le Tour en 2022. Je suis vraiment passé à autre chose; J’adore Alaphilippe et Bardet, je trouve les jeunes français qui montent formidables, mais ça ne va pas au delà. Je sais qu’il y a deux Slovènes qui marchent fort, mais je suis incapable de vous dire leur prénom ! Cette année, comme tous les ans, je vais regarder deux ou trois étapes de montagne, mais pas davantage. Mon activité de vigneron me prend trop de temps. Peut-être que je serai plus assidu devant la télé si un Français avait des chances de gagner… sûrement même ! »

*Commentateur du Tour entre 1989 et 2000, aujourd’hui producteur de vin dans le Vaucluse

Thierry Adam : « Pogacar reste l’immense favori »

Son passé de commentateur

« Avant de me retrouver aux commentaires du Tour, je n’avais jamais rêvé occuper un tel poste. Bercé par la voix de Patrick Chêne, c’est lui qui m’a mis le pied à l’étrier en me recrutant au service des sports de France Télévisions en 1998. En arrivant, j’avais encore en tête la grande époque de Stade 2, les Couderc, Chapatte, Salviac, Rolland…

J’ai toujours appréhendé mon rôle comme un lien entre la course et le public, un intermédiaire, sans jamais essayer de copier quiconque. J’ai aussi été très marqué par Christian Prudhomme qui, avant de commenter lui-même le Tour, puis de le diriger aujourd’hui, avait été mon patron. Mais les meilleurs de nous tous ont sans doute été Patrick Chêne, et Jean-Paul Olivier dans un rôle taillé à sa mesure. »

Ses favoris pour 2022

« On va se régaler avec un beau duel en perspective entre Pogacar et Roglic que le seul Bernal aurait pu arbitrer. A défaut, Van Aert, Van der Poel, Alaphilippe seront aussi des animateurs sur un parcours sélectif avec des pavés, des étapes difficiles, des chutes envisageables pour autant de spectacle car il y a tellement de bons coureurs aujourd’hui, surtout des coureurs qui ont envie de se faire plaisir et ne sont plus aussi téléguidés qu’avant.

Parfois, j’avais l’impression de commenter des robots, de pouvoir écrire le scénario à l’avance. Prudhomme a su construire un parcours qui va permettre de battre des records d’audience ! Mais Pogacar, qui sait tout faire, reste l’immense favori, en représentant d’une génération moins stéréotypée, où Van der Poel respire le vélo, la joie de courir, un état d’esprit différent, qui accepte la défaite et appréhende le cyclisme comme un jeu. »

*Commentateur sur le Tour entre 2007 et 2016, président du comité d’organisation du Chrono des Nations depuis 2019

Henri Sannier : « Pinot mérite le podium »

Son passé de commentateur

« Je n’avais que 6 ans quand mon instituteur nous a demandé ce que nous voulions faire comme métier plus tard. J’avais répondu : journaliste pour pouvoir commenter le Tour. J’étais bercé par les exploits de Bobet puis d’Anquetil et me retrouver à commenter le Tour aux côtés de Jalabert et Fignon était quelque chose d’inespéré pour moi, un rêve qui se réalisait.

J’ai pris ce rôle comme un immense privilège et avec beaucoup d’humilité car j’étais évidemment peu légitime à prendre position sur les aléas de la course ou la forme des coureurs. Je ne me suis jamais permis de juger ou de donner des leçons, je laissais ça à mes deux consultants qui ne manquaient pas de s’écharper hors antenne de manière très fair-play quand ils n’étaient pas d’accord (rires) ! Mon modèle était Patrick Chêne, qui savait s’enflammer quand il le fallait sans en rajouter. »

Ses favoris pour 2022

« Pogacar est au dessus du lot, je le vois gagner encore avec Roglic pas loin derrière. Pour le podium, j’aimerais beaucoup que Pinot retrouve son meilleur niveau et soit enfin récompensé de tous ses efforts. Il le mérite. S’il n’a pas de jours sans, il en est capable. Mais quand je vois la différence, au même âge, entre les meilleurs et nos Français, à l’instar de Gaudu, je me pose quand même quelques questions. Je serai comme tous les ans devant ma télé et au bord des routes en montagne où je possède un petit chalet. Mon fils est chauffeur sur le Tour pour France Télévisions, avec lui ou dans une voiture d’un directeur sportif, je vais bien trouver un moyen de suivre une étape ou deux (rires) ! »

Alexandre Pasteur : « Je ne vois pas qui peut inquiéter Pogacar »

Son statut de commentateur

« Je l’appréhende comme une mission. Le Tour, j’y pense tous les jours, ça m’obsède. Mais c’est une pression positive car je mesure ma chance et en même temps mes obligations vis à vis d’une audience importante que je dois

contenter, apporter de l’excellence dans tous les domaines. Je joins évidemment les autres voix qui m’accompagnent pendant le Tour en intervenant également en direct. Lorsque j’étais enfant, je sacralisais les voix de Robert Chapatte, JeanMichel Leulliot, Daniel Pautrat, Patrick Chêne car elles nourrissaient mon imaginaire. Mais de là à imaginer que j’allais leur succéder. Jamais. Cela me semblait inaccessible. »

Ses favoris pour 2022

« Le parcours de la première semaine sera dense, presque trop à mon sens, avec un secteur de pavés qui ne s’imposait pas parce qu’il peut désintégrer le peloton et causer la perte des favoris. Ce serait dommage, ce n’est pas ce que j’attends du Tour. Pogacar est mon favori, s’il est à son meilleur niveau, je ne vois pas qui pourrait venir l’inquiéter car il est capable de gagner sur tous les terrains. J’espère que les grimpeurs viendront mettre le bazar en montagne et tirer leur épingle du jeu s’ils passent la première semaine sans encombres. Ce sera notamment le cas de nos deux Français, Gaudu et Pinot, qui peuvent jouer le podium à la faveur de circonstances favorables. Par contre, je n’attends pas Alaphilippe ailleurs que dans des victoires d’étapes, dans la première semaine surtout qui semble taillée pour lui. »

*Commentateur sur Eurosport et France Télévisions depuis 2011

Christian Prudhomme : « J’ai plus rêvé de commenter le Tour que de le diriger »

Son passé de commentateur

« J’ai plus rêvé de commenter le Tour que d’en être son directeur. Je suis un homme du Tour ! Chez moi, tout tourne autour du Tour. Jusqu’à mon enfance lorsque, gamin, j’allais chercher le journal pour lire le compte-rendu des étapes, chez un marchand de journaux qui s’appe

lait M. Goddet ! Depuis, j’ai n’ai eu de cesse de vouloir témoigner et raconter. La direction du Tour de France était le seul poste qui pouvait me faire quitter le journalisme. Je suis devenu journaliste grâce au Tour, j’ai été directeur du Tour grâce au journalisme. Mais à condition qu’on veuille bien de moi, j’aurais très bien pu rester au commentaire du Tour pendant vingt ans. »

Ses favoris pour 2022

« Si cette édition pouvait nous offrir la même première semaine qu’en 2021 et la même dernière semaine qu’en 2020, hors Covid évidemment, je prends ! Si on ne fait jamais le parcours pour un coureur, je revendique le faire pour un certain type de coureurs, en l’occurrence les puncheurs, les hommes des Classiques, les Van Aert, Van der Poel, Alaphilippe, etc. »

« Ce que réalise Pogacar depuis le début de la saison est remarquable et impressionnant. Comme Merckx en son temps, il est présent de mars à octobre. »

« On aime aussi quand le vainqueur du Tour gagne un des grands Monuments, c’est valorisant. Un Français en jaune à Paris, on attend ça depuis 1985 et on a pu y croire avec plus ou moins d’espoir entre 2014 et 2021, avec les podiums de Pinot, Perraud, Bardet, les exploits d’Alaphilippe, le raid de Pinot en 2019. C’est plus compliqué depuis l’avénement de Pogacar et la constance de Roglic. Si je ne peux pas me permettre de donner un favori, je peux vous dire qu’un super favori sera sur le podium (rires) ! Aux autres de faire en sorte d’assurer le suspense le plus longtemps possible. »

*Commentateur du Tour de 2000 à 2003, directeur du Tour de France depuis 2007

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