vendredi 21 juin 2024

Transferts : au coeur des méthodes, pas toujours comprises, du Toulouse FC

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

C’est en s’appuyant sur les statistiques, la data et en n’hésitant pas à sacrifier le coach de la remontée et de la victoire en Coupe de France, que le TFC entend confirmer son retour au plus haut niveau (photo : Ibrahima Cissoko, arrivé cet été en provenance de D2 néerlandaise).

Champion de France de Ligue 2, vainqueur de la Coupe de France, 66 ans après la dernière victoire du club, le TFC revient à la Une sinon au moment où on l’attendait le moins, à coup sûr avec une méthode originale, d’aucuns diront avant-gardiste. Trois ans après avoir vendu le club à RedBird Capital Partners, Olivier Sadran pouvait difficilement rêver meilleur repreneur que ce fond américain de placements qui a placé Damien Comolli à la Présidence.

Car depuis, nonobstant la défaite en barrage d’accession à la Ligue 1 face au FC Nantes, les planètes sont alignés comme jamais. En retrouvant leur compétivité après des années de vaches maigres qui avaient fini par décourager les supporteurs et vider le Stadium, les Violets ont surtout validé une méthode.

Celle de la data; essentielle pour recruter d’abord, gérer l’effectif ensuite, se projeter sur l’avenir enfin. Et c’est bien parce qu’aux yeux du président, Philippe Montanier ne répondait pas complètement à ce profil si spécifique, malgré ses bons résultats, qu’il a été débarqué.

Montanier sacrifié sur l’Hôtel de la data ?

C’est dans cette même logique que cinq joueurs majeurs de la saison, Rhys Healey, Branco van den Boomen, Maxime Dupé, Brecht Dejaegere et Stijn Spierings, tous en fin de contrat, n’ont pas été prolongés. Pour la suite, il n’est qu’à regarder la liste des recrues déjà signées (Cesar Gelabert de CD Mirandes et Ibrahim Cissoko de NEC Nimegen) ou contactées (toutes issues de clubs de seconde zone européenne avec une préférence pour l’Espagne et les Pays-Bas) pour ne pas douter que le TFC est désormais pleinement entré dans une nouvelle ère.

Dire que Philippe Montanier a été surpris est un euphémisme même s’il se doutait, depuis le départ de Debève, que rien ne lui serait pardonné. En critiquant l’omniprésence de la data à tous les étages du club, l’ancien adjoint avait dit tout haut ce que beaucoup de techniciens du club pensaient tout bas, notamment Pantxi Sirieix, ancien joueur et coordinateur sportif lui aussi sur le départ en 2021 car il n’était plus en phase avec le projet.

Et de nous rappeler qu’il y a trois ans déjà, avant de mettre le cap vers Lorient, l’un des recruteurs du club, Jérôme Fougeron, s’était aussi étonné des méthodes de recrutement de la nouvelle direction, déstabilisé de devoir abandonner des pistes sérieuses uniquement en raison des stats.

Il n’avait pas digéré qu’on enterre la piste d’un super joueur qu’il suivait depuis des mois uniquement parce que son ratio de ballons récupérés dans les vingt derniers mètres n’était pas en sa faveur… et qu’on lui en préfère un autre, détecté sur des sites spécialisés et uniquement supervisé en vidéo.

« C’est une révolution dans le milieu, ça coupe l’herbe sous le pied des agents »

« C’est une révolution dans le milieu, nous dit cet ancien joueur du TFC qui a souhaité rester anonyme, car cette façon de faire coupe l’herbe sous le pied des agents et remet en cause des réseaux que les recruteurs ont mis des années à construire. L’inconvénient, c’est qu’il y a moins d’humain, l’avantage c’est que l’affectif ou les intérêts notamment financiers des uns ou des autres, ne risquent pas de parasiter le jugement. »

En tirant les leçons des échecs toulousains passés, Comolli a eu l’intelligence de s’appuyer dans un premier temps sur ceux qui connaissaient bien le club, le championnat de L2 (Garande), le football français et le haut niveau (Montanier)… mais sans jamais renier sa volonté de tourner la page et de chercher un technicien plus jeune et data compatible. Après avoir pensé un temps à Laurent Batlles, il avait évidemment une idée en tête en allant recruter Carles Martinez Novell cet hiver.

Si l’épopée historique en Coupe de France a pu un temps le faire normalement hésiter, elle n’aura pas suffi pour éviter l’inévitable sur la base d’un bilan révélateur de la nouvelle philosophie du TFC : « On termine 13ème et tous les indicateurs prouvaient qu’on aurait pu finir 10ème ou 11ème. C’est la première fois depuis qu’on est au club qu’on sous-performe. » Avec une Coupe de France dans la vitrine, on en connait à Toulouse, et ailleurs, qui auraient aimé sous-performer de la sorte…

 Le déclic Wenger, le modèle FC Midtjyland…

Passé par Arsenal, Liverpool ou Tottenham, Damien Comolli a multiplié les expériences à l’étranger et notamment puisé son inspiration de la réussite d’un club danois, le FC Midtjyland qui, en 2014, fut le premier à s’appuyer sur des statistiques pour effectuer son recrutement et d’aller chercher un an après son premier titre de champion du Danemark, d’en ajouter deux autres depuis.

Cette méthode, appelée sabermétrie, c’est l’actuel président du TFC qui l’a en premier introduit dans le championnat anglais lorsqu’il était recruteur des Gunners entre 1998 et 2004.

« Le déclic s’est produit à Arsenal, disait-il au magazine Vestiaires en septembre 2020. Un jour Arsène (Wenger) m’a tendu un document en me disant : « Lis ça et tu comprendras pourquoi on termine à 13 points de Manchester United. » C’étaient les premiers rapports Opta qui donnaient le nombre de duels gagnés, de passes réussies, de centres, de déséquilibres par zone. Manchester était devant sur tous les plans. J’ai compris qu’on pouvait rendre enfin objectifs un certain nombre d’éléments qui restaient du domaine du ressenti. »

Carles Martinez Novell, l’inconnu dans la maison violette

Arrivé en décembre pour remplacer Mickaël Debève comme adjoint de Philippe Montanier, Carles Martinez Novell est devenu numéro 1 en juin à la surprise générale. A 39 ans, le technicien espagnol qui a eu, selon le communiqué du club « un rôle déterminant dans le développement du jeu de l’équipe » dans la seconde partie de la saison, jusqu’au succès en finale de la Coupe de France, est vierge de toute expérience au plus haut niveau professionnel.

Entraîneur des jeunes du club espagnol de l’EC Granollers, passé par le centre de formation de l’Espanyol Barcelone, puis avec les U14 et U16 du Barça, sa dernière mission l’avait amené jusqu’au Koweït avec la sélection U20 et les U18 d’Al Rayyan.

En plus de prendre en charge l’équipe professionnelle, il va garder ses fonctions au sein du département Méthodologie du TFC et apporter sa science du football car son profil colle bien aux attentes du président Comolli en la matière. Arrivé en cours de saison dans un staff plus traditionnel, il a tout de suite démontré qu’il était plus data-compatible que tous les autres, à savoir Debève et Montanier, qui en ont fait les frais à quelques semaines d’intervalle, mais aussi Alibert et Lièvre qui resteront ses adjoints.

Capable de s’exprimer en Anglais, en Espagnol ou en Français (comme Montanier), un impératif dans un effectif riche d’une vingtaine de nationalités, il a le double avantage d’être apprécié par les joueurs et, surtout, d’avoir le diplôme européen (UEFA Pro Licence), l’équivalent du BEPF français, indispensable pour prétendre coacher une équipe professionnelle.

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