jeudi 25 avril 2024

7 idées pour transformer le Top 14

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Jean-Marc Azzola
Jean-Marc Azzola
Journaliste

Si notre équipe de France a connu des hauts et des bas dans le Tournoi, d’autres chantiers mériteraient d’être davantage explorés pour améliorer notre Top 14. Rugby magazine et Le Quotidien Du Sport vous livrent leurs idées sous le regard de l’ancien international (12 sélections) et directeur général du Stade Français Paris Thomas Lombard.

Des musées dans chaque club

Cette idée, qui est déjà légion dans certains clubs de foot, et à Clermont depuis 2016, pourrait être approfondie et créer une vraie identité. L’avis de Thomas Lombard :

« Cette idée a beaucoup de sens. Mais on est moins biberonné à la mémoire du sport en France. Notre culture est même relativement faible comparée à celle des Anglo-saxons. Quand vous allez jouer en Afrique du Sud ou en Angleterre, il y a tout le patrimoine du club conservé. C’est un socle sur lequel on communique. C’est un ensemble. »

« La manière dont le sportif est également considéré dans d’autres pays est tout autre qu’en France. Chez nous, c’est plus aléatoire. On y tend de plus en plus. Néanmoins quand on n’a pas eu cette démarche de stocker et de conserver, les archives se perdent. Pourtant, c’est important et on doit s’y pencher vraiment car on a une histoire très forte autour des clubs en France. »

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Des tournées à l’étranger plus fréquentes

Si ce concept mérite d’être étudié, certains obstacles majeurs freinent les choses. Le Stade Toulousain a lui déjà franchi le pas en septembre dernier se rendant aux Etats-Unis s’entraînant à Salt Lake City, club partenaire des Rouge et Noir, et disputant un match contre les USA Eagles.

L’avis de Thomas Lombard : « C’est très bien, mais quand ? On a un calendrier où les rugbymen jouent plus de dix mois par an. Faire des tournées, cela demande du temps, des moyens. Dans un premier temps, s’il faut le faire, c’est surtout au niveau des jeunes. On dit les voyages forment la jeunesse, mais c’est une réalité. Toutefois, les moyens sont d’abord placés au service du rugby professionnel. Mais c’est capital que nos jeunes voyagent, s’ouvrent à d’autres cultures, qu’ils passent du temps là-bas pour éventuellement étudier, apprendre des langues, se créer des relations. »

Diffuser le top 14 davantage à l’étranger

Si notre championnat jouit d’une bonne réputation, et qu’il est déjà visible en Afrique du Sud, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et en Irlande, en Australie, en Amérique Latine ou dans les Iles Pacifiques, d’autres étapes restent à franchir histoire de récupérer davantage de droits télés.

L’avis de Thomas Lombard : « C’est le cas de manière très marginale. Je ne sais pas si le Top 14 est mondialement connu, mais en tout cas il n’est pas mondialement diffusé. On a les droits de diffusion du championnat les plus élevés au monde. Mais si on se compare au football largement audessus de nous mais on est juste en-dessous en termes de médiatisation et de montants de droits pour un sport collectif, on n’existe pas. »

« Les droits du championnat de France sont incomparables avec le montant des droits de la Coupe d’Europe. En football, le montant des droits de la Coupe d’Europe est supérieur à celui de la L1. Cela démontre aussi tout le travail qu’on a à faire. Tout en comprenant que le rugby reste un sport confidentiel à l’échelle mondiale. C’est notre réalité. C’est peut-être aussi pour cela qu’un championnat comme le Top 14 aussi intéressant soit-il n’intéresse pas forcément à l’international. »

Diminuer la violence

Dans un sport de plus en plus rapide et physique, la combattre en abaissant les plaquages serait tout sauf dénué de sens. L’avis de Thomas Lombard : « Il y a un travail à faire ou à refaire dessus. Après, le rugby reste un sport d’affrontement, de combat et de contact. Il y a aussi une notion d’éducation à avoir, de maîtrise de la pratique, des gestes essentiels. Celui du plaquage est probablement celui qui doit être le plus revisité, avec un aménagement des règles. Cependant, je n’ai pas l’impression que ce soit un sujet négligé. »

Une draft comme en nba pour dispatcher les meilleurs jeunes dans les clubs

Cette éventualité semble compliquée à mettre en place dans un sport comme le rugby, même si le championnat anglais y songe sérieusement (les meilleurs jeunes seraient envoyés dans les moins bonnes équipes et inversement). L’avis de Thomas Lombard : « Cela reviendrait à changer tout un système. Je regarde ce qui se fait à l’étranger. Un des grands problèmes du rugby actuel professionnel est qu’il coûte très cher avec des déficits importants dans un ensemble de clubs. Un actionnaire est un mécène, venant chaque année combler des pertes. »

« Il faudrait à un moment donné voir comment on pourrait intéresser ces personnes et faire que ce ne soit pas uniquement un investissement à perte. Certes, certains clubs ont la chance d’être propriétaires de leur stade, de leur centre d’entraînement, mais ils ne sont pas une majorité. Je suis bien placé pour le savoir à Paris. »

« Pour nous, c’est très compliqué car le prix du mètre carré est très élevé. Alors ne faut-il pas se pencher sur la question de faire aujourd’hui, des joueurs des actifs pour les clubs. Cela amènerait une valeur et pas simplement une perte pour les actionnaires, lesquels pourraient aussi encourager éventuellement des investisseurs à venir. »

«Sinon à un moment on a comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête avec des gens qui finissent par se lasser à devoir réinjecter constamment de l’argent. Dans un club de football, un joueur représente un actif. Il a une valeur. Il peut être vendu, il peut être acheté. Un joueur de rugby actuellement n’a pas cette valeur. Il ne rentre pas dans les actifs d’un club. Aujourd’hui, les propriétaires des clubs n’ont que des pertes. Ils n’ont pas d’actifs, ni de sorties envisageables puisque ce sont des clubs difficilement valorisables. Peu gagnent de l’argent hormis s’il y a des actifs immobiliers »

Mettre les noms sur les maillots

A l’instar de ce qui se fait tant dans d’autres sports professionnels, et désormais depuis cette année dans le Tournoi des 6 Nations, pourquoi ne pas le généraliser au rugby pour une meilleure visibilité des joueurs quand bien même certains continuent de se réfugier derrière le sacro-saint argument qu’au rugby la star c’est l’équipe.

L’avis de Thomas Lombard : « Le problème est que les espaces sont aujourd’hui pris par les sponsors. Il n’y a pas la place. Sur les maillots des équipes de Top 14, on voit un sponsor sur le haut des épaules, un sponsor sur le bas du maillot, plus un autre sur le haut du short. Alors où mettre le nom d’un joueur ? C’est une donnée économique à considérer. Si vous réduisez d’un espace, vous allez imputer forcément le budget sponsoring es clubs. »

Des arbitres pros

La professionnalisation des arbitres demeure un autre enjeu majeur dans un sport où leur prise de décision devient de plus en plus cruciale. L’avis de Thomas Lombard : « Elle est en route. Un accord a été trouvé entre la LNR et la Fédération pour investir chaque année conjointement 2 millions d’euros pour permettre aux arbitres d’être mieux soutenus financièrement, de bénéficier de structures d’encadrement, d’entraînement, d’être plus en adéquation avec les enjeux et ce qu’on doit demander à un arbitre pour arbitrer des joueurs professionnels de rugby. »

« Cela va dans le bon sens. Après, il y a aussi un travail de mise en valeur de l’arbitrage. Car, de nos jours, les arbitres sont soumis à des pressions importantes. Ils cristallisent beaucoup de critiques et de remises en question. Les enjeux sont importants et les décisions sont souvent lourdes de conséquences. Il faut aussi penser au renouvellement. »

« Il y a quelques années, la France était parmi les nations la plus représentée au niveau de l’arbitrage sur la Coupe du monde. On est moins représenté aujourd’hui. Cela doit nous alerter. Cependant, sur l’arbitrage, on ne peut pas demander à des gens qui sont amateurs, simplement défrayés voire semi-pro, d’arbitrer des professionnels. Il faut être cohérent. Si on ne veut pas leur donner des moyens, il ne faut alors pas leur taper dessus. »

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