mardi 11 mai 2021

Antoine Rigaudeau : « L’Europe a une mentalité différente de la NBA »

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Arnaud Bertrande
Arnaud Bertrande
Rédacteur en chef — Pole Sport Lafont Presse

Vice-champion olympique en 2000 avec les Bleus, deux fois vainqueur de l’Euroligue avec Bologne, Antoine Rigaudeau est l’un des meilleurs joueurs de l’histoire du basket français. France Basket a retrouvé le Roi !

Que devenez-vous ?

Depuis que j’ai arrêté ma carrière à Valence en Espagne, je suis resté y vivre même si j’ai eu quelques expériences en France. Je suis dans une entreprise qui s’appelle NBN23 (NothingButNet) en relation avec le basket. C’est une entreprise qui digitalise le basket et en particulier le monde amateur avec une application pour suivre tous les matches dans n’importe quelle catégorie et à n’importe quel niveau. On est présent dans 60 pays.

Vous fêterez vos 50 ans le 17 décembre. Le vivez-vous bien ?

Je me sens en pleine forme, je m’entretiens, je n’ai jamais arrêté de faire du sport, je m’amuse et je m’éclate. Je joue toujours un peu au basket avec les vétérans de Valencia Basket, mais de moins en moins en raison de problèmes physiques. Le basket reste un sport intensif et j’ai du mal à jouer doucement (sourire).

Antoine Rigaudeau aime Valence

On vous avait quitté fin 2015 après une courte expérience d’entraîneur au Paris-Levallois Basket. Ce n’était pas fait pour vous ?

Cette opportunité s’est présentée. C’était sans doute le moment de tenter cette expérience, sans être forcément non plus très convaincu… Je me suis d’ailleurs rendu compte assez rapidement que ce n’était pas quelque chose qui me passionnait. Je n’étais pas prêt à dédier 24 heures de mon temps à ce métier, je ne m’épanouissais pas. Le message a été clair et aucun club n’a essayé de me faire changer d’avis depuis (sourire).

A Paris, vous vous êtes également investi en tant qu’actionnaire. L’idée de replonger dans un autre club, Cholet ou Pau, par exemple, vos anciens clubs, ne vous a-t-elle pas traversé ?

J’étais actionnaire d’une société qui était actionnaire au Paris-Basket et qui a permis au club de rester dans l’élite alors qu’il allait disparaître. Ensuite, il y a eu une fusion avec Levallois. Etre actionnaire, c’est différent d’être entraîneur, mais j’ai compris là aussi très vite que ma vie était à Valence. Pour vraiment insuffler des changements, même si j’avais des idées assez claires que j’ai exprimées, il fallait être présent sur place, au jour le jour, presque 24 heures sur 24. Se lancer dans un autre club aurait donc été compliqué.

Un Français, Louis Labeyrie, évolue à Valence. Allez-vous le voir jouer ?

C’est compliqué avec la Covid, mais j’ai été voir quelques matches. C’est un joueur qui a énormément progressé en quittant la France. Il a franchi un cap. C’est un joueur très intéressant quand il est dans son registre.

« La NBA n’est pas un regret du tout »

Vous avez goûté à la NBA sur le tard à 32 ans. Est-ce un regret ?

Un regret, pas du tout. Une super expérience car j’ai vu ce que c’était de l’intérieur. Tard, certainement, mais je n’ai pas eu d’opportunités avant. Physiquement, je n’étais pas prêt pour jouer en NBA. J’avais aussi une mentalité très européenne qui ne cadrait pas vraiment avec le jeu de l’équipe (Dallas, Ndlr).

De toute façon, le peu de minutes que j’ai eues (11 matches joués, 8,3 minutes, 1,5 point, Ndlr) je n’ai pas été bon donc je comprends que je n’ai pas eu le temps de jeu que j’aurais voulu avoir. J’ai senti que je ne pouvais pas avoir en NBA le rôle qu’il me plaisait d’avoir dans une équipe. C’est pour ça que j’ai décidé de revenir en Europe.

Un peu comme Nando De Colo un joueur dominant en Europe qui a eu plus de mal en NBA.

Nando a de très grandes qualités. Il l’a montré en Europe. Après, c’est une question d’épanouissement, de plaisir de jouer, d’aller tous les jours à la salle, de trouver sa place, d’être cohérent avec soi-même et d’être bien dans sa vie de tous les jours. Vu ce qu’il réalise en Europe, il a l’air satisfait de son choix.

N’échangeriez-vous pas une de vos deux victoires en Euroligue contre une carrière en NBA à la Tony Parker ou Boris Diaw ?

Je n’ai jamais eu l’ambition de dire que je voulais faire carrière en NBA. J’avais surtout envie de m’épanouir baskettement parlant, prendre du plaisir, jouer et, plus je vieillissais, avoir du leadership et de l’importance dans une équipe. C’est ce que j’ai fait, je n’ai donc aucun regret et je suis très fier de ma carrière.

« Entraîneur, ce n’était pas fait pour moi »

Aujourd’hui, les jeunes veulent tous aller en NBA !

Il y a aussi une envie économique. Plus tôt on arrive en NBA, plus tôt on peut avoir des contrats intéressants. Plus tôt on y va et plus tôt aussi on apprend et on se forme au style de jeu et à la mentalité NBA. Mais je reste convaincu que l’Europe est une belle formation. Tous les joueurs européens qui ont performé en Euroligue sont ensuite devenus de très bons joueurs NBA.

L’Europe permet d’avoir plus de maturité et d’être plus performant dès qu’on arrive en NBA. Ça ne veut pas dire non plus qu’il faille faire comme moi et aller en NBA sur la fin. Le problème de vouloir aller très vite en NBA, c’est qu’on peut se brûler les ailes rapidement. Il y a beaucoup de concurrence et on peut être très vite mis de côté.

Rudy Gobert est devenu le sportif français le mieux payé. Etes-vous choqué par son salaire ?

Si on lui propose ce contrat, c’est qu’il le mérite, que la NBA et son club peuvent lui offrir et en plus il n’y a aucun fonds public qui est en jeu en NBA. C’est une organisation privée qui s’autogère économiquement, qui fonctionne comme une entreprise et qui a des bénéfices. Ils font ce qu’ils veulent de leur argent et si Rudy gagne cette somme-là c’est qu’il est unique en son genre.

« L’Europe permet d’avoir de la maturité»

A moyen terme, un club français peut-il gagner l’Euroligue ?

Il ne faut pas se voiler la face : on est dans du sport de haut niveau et toutes les études montrent que, plus les budgets sont élevés, plus les équipes ont de chances de gagner des titres majeurs puisqu’elles récupèrent les meilleurs joueurs. Pour pouvoir rivaliser avec les gros clubs européens, il faudrait aujourd’hui multiplier le budget de l’ASVEL par cinq, six ou sept en sachant que dans trois, quatre ou cinq ans les gros budgets d’Euroligue seront encore plus élevés.

Ce qui est intéressant, c’est que l’ASVEL a montré ces deux dernières années qu’elle pouvait être compétitive en Euroligue en faisant jouer de jeunes joueurs français. Si la première année, il pouvait y avoir un effet surprise, ce n’est plus le cas et tous les clubs européens respectent l’ASVEL et savent que c’est une équipe difficile à jouer.

Il y a 20 ans, vous décrochiez votre 2ème Euroligue avec Bologne. Quel regard portezvous sur le basket italien qui a perdu de sa superbe ?

Je pense qu’il est au même niveau que le basket français. Pendant un certain nombre d’années, il y a eu des problèmes au niveau des budgets. Comme en foot, les clubs italiens n’ont pas su se renouveler au niveau des infrastructures avec des salles qui datent. Mais Milan est en Euroligue et y brille avec une grosse équipe et un gros budget. Le Virtus Bologne est en train de revenir à un certain niveau et a envie d’arriver en Euroligue rapidement (si le club avait éliminé Kazan en demi-finale de l’EuroCup il aurait gagné son billet direct pour l’Euroligue, Ndlr).

Antoine Rigaudeau l’affirme, le Basket français est en progression

Le basket a-t-il beaucoup évolué depuis votre retraite en 2005 ?

Les équipes essayent d’être performantes à 3 points. Il y a de moins en moins de pivots dominants avec parfois cinq joueurs capables de shooter derrière la ligne. Je ne suis pas un grand fan du tout small ball, il faut quand même un pivot. Stratégiquement, au niveau de l’image, ça peut être intéressant. C’est la preuve que « n’importe qui » peut jouer au basket. Si on croise Stephen Curry dans la rue, on ne va pas forcément se dire que c’est un basketteur ! Le basket n’est pas réservé aux seuls grands et aux seuls géants.

Seriez-vous favorable à reculer la ligne à 3 points ?

La reculer, pourquoi pas, mais en aucun cas rajouter une ligne à 4 points ! Reculer la ligne ne révolutionnera pas le basket vu que les joueurs sont capables de tirer de plus loin.

En 2000, vous décrochiez l’argent aux Jeux de Sydney. La nouvelle génération peut-elle aller, cette fois, au bout ?

J’ai toujours dit que le basket français était en progression, que les générations étaient plus performantes. Après, les Jeux, c’est compliqué. On sait que, si les Américains viennent avec la grosse équipe, ils ont un peu de marge, mais ce groupe France a les moyens d’aller chercher une médaille.

Au complet, les Américains sont-ils injouables ?

Je ne sais pas, mais c’est difficile car c’est quand même costaud. Par contre, ce qui est intéressant, ce serait de voir les Américains face à une équipe composée des meilleurs européens. Il y aurait match car pas mal d’entre eux font partie des meilleurs joueurs NBA.

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