jeudi 13 juin 2024

Bilan Tour de France 2023 : pourquoi les Français se sont plantés

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Eric Mendes
Eric Mendes
Journaliste

Après trois semaines passionnantes, le Tour de France a livré son verdict. En conservant son maillot jaune, Jonas Vingegaard a démontré qu’il était l’un des meilleurs coureurs de la planète et donne déjà rendez-vous pour 2024.

Vingegaard, une victoire et des questions…

Le Tour de France aura permis à Jonas Vingegaard de triompher une nouvelle fois de Tadej Pogacar. Si, l’an passé, il partageait encore le leadership de son équipe avec Primoz Roglic, cette fois-ci, il devait assumer le poids de toute la responsabilité d’une équipe. Mais son succès n’a pas manqué d’interpeler. Surtout sa performance décisive lors du contre-la-montre de Combloux, reléguant Tadej Pogacar à 1 minute 38 secondes à l’issue des 22,4 km.

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Un temps canon qui ne manquera pas de faire réagir et de pointer de nouveau l’ombre du dopage et les soupçons qui vont avec. D’autant plus que ce Tour a battu des records de vitesse avec un tempo impressionnant. Avec une vitesse moyenne de 41,93 km/h, ce Tour n’a pas permis de connaître de jours de repos.

Il restera comme le 3ème plus rapide de l’histoire après 2022 et… 2005, une époque où un certain Lance Armstrong « dominait » le peloton. Jonas Vingegaard n’a pas manqué de se défendre des critiques en évoquant l’évolution du matériel et une méthode d’entraînement en progression constante.

Malheureusement, le vélo n’a que trop en mémoire les déceptions liées par la vérification des doutes. Cela étant, Jonas Vingegaard a tout de même vécu des moments compliqués sur ce Tour 2023 comme sur le Puy-de-Dôme où Tadej Pogacar l’a mis à mal dans la montée. Et sans la défaillance du Slovène à Courchevel, le Danois aurait dû batailler jusqu’au bout pour remporter son deuxième Tour de France.

Les Français ont-ils visé trop haut ?

Au moment de regarder le classement général, on peut constater qu’il y a deux coureurs français dans le Top 10 avec David Gaudu (9ème) et Guillaume Martin (10ème) et 4 dans le Top 20 si on rajoute Thibaut Pinot (11ème) et Valentin Madouas (20ème). De quoi donner des regrets ? On peut le penser même si le premier Français termine à plus de 23 minutes du vainqueur…

Certains avaient pourtant clairement annoncé la couleur, notamment David Gaudu qui visait ouvertement le podium. Mais le leader de la Groupama-FDJ a mis du temps à trouver la cadence avant de confirmer son talent pour réussir en accrochant le titre honorifique de meilleur Français du général du Tour. Avec une seule victoire pour un représentant tricolore grâce à Victor Lafay, dès la 2ème étape, on aurait pu espérer une meilleure récolte.

Même s’ils ont été plutôt entreprenants et actifs comme Warren Barguil (Arkéa-Samsic), Mathieu Burgaudeau (TotalEnergies), Bryan Coquard (Cofidis), Pierre Latour (TotalEnergies) ou encore Julian Alaphilippe (Soudal-Quick Step), il reste un goût d’inachevé. Unique français sur le podium à Paris, Christophe Laporte, vainqueur avec la Jumbo-Visma du classement par équipes, a dû se contenter  d’un rôle d’équipier d’un bout à l’autre de l’épreuve avec Jonas Vingegaard.

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Afflux du public, une organisation à revoir

 C’est l’un des gros points noirs de cette édition. Si l’engouement ne décroit pas au fil des ans, le Tour de France doit maintenant composer avec une nouvelle génération de supporteurs (peut-être l’effet Netflix) et de spectateurs qui ont fait prendre des risques aux coureurs cette année.

A l’image de Steff Cras qui a dû abandonner le Tour après avoir été accroché par une spectatrice ou encore Jonas Vingegaard et Wilco Kelderman arrêtés en pleine ascension dans le Col de la Loze, la faute à une voiture stoppée après une chute d’une moto, obligeant l’arrêt de la voiture de Christian Prudhomme.

Les supporteurs sont de plus en plus inconscients en cherchant souvent à se mettre en scène ou en tentant de prendre un selfie alors que les coureurs arrivent à pleine vitesse. Sans évoquer les journées trop arrosées qui pourraient aussi expliquer certains comportements dangereux. ASO le sait et commence déjà à penser à la possibilité d’une nouvelle organisation pour protéger les coureurs et les spectateurs.

La Groupama-FDJ a-t-elle raté son tour ?

Sur le papier, on ne peut pas dire que le Tour de France ait été une réussite pour la Groupama-FDJ. Aucune victoire et David Gaudu loin du podium, les objectifs n’ont pas été atteints mais, pour les hommes de Marc Madiot, le Tour, c’est autre chose. Avec trois coureurs dans le Top 20 (Gaudu, Pinot, Madouas), la formation tricolore est également la première française au classement par équipes avec une belle 5ème place.

Souvent placés, les coureurs de la Groupama-FDJ ont animé le Tour et notamment Thibaut Pinot. Pour son dernier Tour de France, il n’a pas ménagé ses efforts et a offert son plus beau visage avec comme point culminant, son passage en tête du Petit Ballon lors de l’avant-dernière étape, devant une foule acquise à sa cause.

L’une des plus belles images de ce Tour 2023. Oui, il n’y aura pas eu de victoires pour Groupama-FDJ cette année, mais on peut déjà considérer qu’au niveau des émotions, la formation de Marc Madiot a amplement réussi sa Grande Boucle. L’engouement autour du bus de l’équipe en était la preuve à chaque étape.

Les révélations du tour

Comme chaque année, ils sont nombreux à s’être faits un nom grâce au Tour de France. En premier lieu, Felix Gall. L’Autrichien d’AG2R Citroën a confirmé tout son talent sur les routes du Tour en remportant la 17ème étape et en terminant à une belle 8ème place.

Alors qu’il n’était pas prévu sur le Tour à la base, Jordi Meeus a été sélectionné au dernier moment par la BORA-hansgrohe et le Belge a confirmé qu’il était un sprinteur redoutable en remportant l’étape des Champs-Elysées devant Philipsen, Un premier Tour réussi pour lui. Tout comme l’Espagnol Carlos Rodriguez (INEOS Grenadiers) qui a remporté la 14ème étape et terminé à la 5ème place du général. Mattias Skjelmose (Lidl-Trek) a également pris rendez-vous avec l’avenir.

Tout comme Tobias Halland Johannessen (Uno-X) ou encore Clément Champoussin (Arkéa-Samsic), sans oublier Maxim Van Gils (Lotto Dstny) ou Axel Zingle (Cofidis). Après deux participations discrètes, Mathieu Burgaudeau a été aussi l’un des principaux acteurs de ce Tour pour TotalEnergies. Il ne lui aura manqué que la victoire.

Les baroudeurs ont encore de l’avenir

C’était devenu une rareté sur les routes du Tour, mais les baroudeurs ont enfin pu s’exprimer cette année. Et cela a pu se vérifier dès le départ avec notamment l’arrivée à San Sébastian et le succès de Victor Lafay (Cofidis) qui a fait le coup du kilomètre pour s’imposer.

A l’image du Giro, il y a eu de nombreuses échappées qui sont allées au bout comme cela a été le cas pour Ion Izagirre (Cofidis) lors de la 12ème étape ou encore Kasper Asgreen (Soudal-Quick Step) et Matej Mohoric (Bahrain-Victorious) lors de la dernière semaine. Pourtant, les équipes des leaders ou des sprinteurs n’ont pas manqué d’aller vite pour jouer la victoire à chaque étape.

Philipsen, meilleur sprinteur du monde

Avec 4 victoires d’étapes, Jasper Philipsen a confirmé qu’il était l’un des coureurs le plus rapide de la planète. Si ce n’est le plus rapide. En dominant des coureurs comme Coquard (Cofidis), Cavendish (Astana), Ewan (Lotto-Dstny), Jakobsen (Soudal-Quick Step) ou Groenewegen (Jayco-AlUla), voire van Aert (Jumbo-Visma), le Belge a impressionné. Seulement battu par Mads Pedersen (LidlTrek) et Jordi Meeus (BORA-hansgrohe), le maillot vert du Tour 2023 a confirmé son potentiel à 25 ans, il est vrai bien aidé par un Mathieu van der Poel à son service pour le lancer.

Ciccone, un maillot à pois retrouvé

Maillot toujours apprécié sur le Tour de France, le maillot à pois avait perdu de sa splendeur ces dernières saisons en récompensant souvent le maillot jaune. La faute a un barème modifié. Depuis 2019 et Romain Bardet, c’était souvent le meilleur coureur du Tour qui cumulait avec le classement de la montagne.

C’était sans compter sur Giulio Ciccone qui a œuvré pendant trois semaines pour aller décrocher ce maillot. Déjà meilleur grimpeur du Giro 2019, l’Italien n’a pas caché sa joie au moment de franchir la dernière difficulté dans les Vosges qui lui permettait de prendre ses distances définitivement sur la concurrence. La preuve que ce maillot n’a pas fini de motiver les meilleurs grimpeurs.

La Jumbo-Visma trop forte

Avec une formation entièrement au service de Jonas Vingegaard, la Jumbo-Visma a confirmé son statut de meilleure équipe du peloton malgré la concurrence de UAE Team Emirates. Première du classement par équipes grâce notamment à Sepp Kuss et Wilco Kelderman ou encore Tiesj Benoot, elle s’est même permise de libérer Wout van Aert pour assister à la naissance de son deuxième enfant. Bien aidé par Dylan van Baarle, Christophe Laporte et Nathan van Hooydonck, le maillot jaune n’avait pas à craindre la concurrence. Ce dernier se permettant de confirmer que « le plan de l’équipe s’est bien déroulé ».

Vivement 2024 !

La page du Tour 2023 terminée, 2024 est déjà à l’horizon et tout le monde pense déjà à la possibilité de voir le duel entre Vingegaard et Pogacar se transformer en une bataille à trois avec Remco Evenepoel. Absent cette année pour se concentrer sur le Giro puis la Vuelta, le phénomène belge devrait être présent sur la prochaine édition du Tour de France et comme Jonas Vingegaard a déjà annoncé son envie de défendre son maillot jaune et que Tadej Pogacar souhaite déjà prendre sa revanche, tout laisse à penser que l’histoire n’a pas fini de s’écrire sur les routes du Tour. Dès l’an prochain…

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