mercredi 4 octobre 2023

Coupe du Monde : le Pays de Galles en plein brouillard

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Jean-Marc Azzola
Jean-Marc Azzola
Journaliste

Le XV du Poireau aborde cette Coupe du monde avec beaucoup d’incertitudes. De quoi rendre cette sélection encore plus dangereuse.

Le demi d’ouverture de Grenoble Sam Davies ne jouera pas la Coupe du monde avec le Pays de Galles : « Bien entendu que c’est une déception de ne pas y participer. Mais je m’y attendais avec le retour aux affaires de Warren Gatland. Les huit sélections que j’ai pu obtenir une immense fierté pour moi c’était à une période quand il dirigeait les Lions. Car même quand j’étais très bon, il ne m’a jamais sélectionné. Pour que j’espère l’être à nouveau car je n’ai pas le nombre de sélections requis, il faudrait que je retourne dans mon pays. »

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« Aujourd’hui, ce n’est pas ce que je recherche. Désormais, je me focalise surtout sur mon nouveau challenge en Pro D2 avec Grenoble. Je vais essayer d’apporter toute mon expérience à cette équipe. C’est un nouveau chapitre dans ma vie, un nouveau challenge. Je vais y mettre toute mon énergie ».

Cela n’empêche pas cet ouvreur/arrière de 29 ans de porter un regard lucide sur ce XV du Poireau à l’orée de cette Coupe du monde en France. « Beaucoup de gens essaient actuellement de rayer de la carte le Pays de Galles. L’histoire a souvent démontré que c’est la plus grosse erreur à commettre. Ils sont toujours plus performants quand on ne leur donne pas l’ombre d’une chance. On l’a bien constaté quand le Pays de Galles a battu l’Australie lors de la dernière Coupe du monde (29-25, Ndlr). Pourtant, personne ne croyait en eux. Les Gallois préfèrent évoluer dans une position d’outsiders. Pour cette Coupe du monde, il y a pas mal de nouveaux jeunes joueurs. »

« Ils sont talentueux, affamés et déterminés à montrer une belle image. Je ne les vois pas gagner la Coupe du monde pour autant. La France qui sera énormément aidée par son public, la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud sont un peu supérieurs aux Gallois. Mais ces derniers sont tout à fait capables de créer une ou deux grosses surprises dans la compétition ».

Le néoGrenoblois ose même certains pronostics : « S’ils venaient à finir parmi les quatre premiers de la Coupe du monde, je ne serais pas si surpris que cela. Je les vois déjà sortir de leur phase de poules. Après, lors des matches à élimination directe, tout devient possible ».

Pourtant, il n’y a pas si longtemps, en février dernier, une crise profonde sportive, financière et humaine, a éclaté entre les joueurs gallois et leur fédération. Le premier point de désaccord était d’ordre financier. Avec des négociations de contrat pour les prochaines saisons largement à la baisse. De 400 000 Livres Sterlings, les meilleurs salaires annuels seraient descendus à 280 000 Livres Sterlings.

« Les Gallois sont toujours plus performants quand on ne leur donne pas l’ombre d’une chance »

L’autre point de tension concernait la règle très contestée des 60 sélections, ratio minimum demandé pour les joueurs évoluant à l’étranger, et ce afin d’être appelé en sélection. Du coup, le ras-de-bol a prévalu avec un exode important à prévoir : « En fonction du contexte, on peut penser que cette Coupe du monde arrive à point nommé pour le Pays de Galles, explique Davies. »

« Mais cela peut être à double tranchant. Soit le Pays de Galles réalise une bonne Coupe du monde en finissant 3ème ou 4ème, et crée une ou deux grosses sensations, soit il s’écroule dans sa phase de poules et voit les Fidji lui passer devant. Le rugby gallois traverse une période très compliquée. Mais, d’après les échos que j’en ai, les joueurs sont très bien traités. Pas mal d’argent a été investi par rapport à leur nourriture, où ils vont séjourner. Les internationaux n’ont donc pas d’excuses pour ne pas être performants ».

Néanmoins, pour ne rien arranger, Warren Gatland, arrivé en décembre, a un moment admis qu’il n’aurait pas accepté le poste s’il avait été au courant de tous les soucis de la sélection galloise« Il a surtout essayé de booster les joueurs en procédant ainsi. Cela a été plus tactique qu’autre chose ». Toutefois, il faut désormais miser sans les monstres sacrés que sont Alun Wyn Jones, Justin Tipuric, Rhys Webb, lesquels ont récemment pris leur retraite internationale :

« Ces joueurs ont eu une expérience incomparable dans le jeu avec beaucoup de capes derrière eux, mais au risque de me répéter il faut se méfier des Gallois surtout quand on les attend le moins ».

En particulier avec Jac Morgan, la nouvelle tête de gondole du rugby gallois et espoir de tout un peuple : « C’est un très grand joueur en devenir. Il a récemment été capitaine contre l’Angleterre et il a brillé. Je le vois réaliser une très belle Coupe du monde ». Ses adversaires sont prévenus, le Pays de Galles sera loin d’être une proie facilement malléable.

Calendrier

  • 10 septembre, 21h : Pays de Galles Fidji (Matmut Atlantique, Bordeaux)
  • 16 septembre, 17h45 : Pays de Galles Portugal (Allianz Riviera, Nice)
  • 24 septembre, 21h : Pays de Galles Australie (Groupama Stadium, Lyon
  • 7 octobre, 15h : Pays de Galles Géorgie (Stade de la Beaujoire, Nantes)

1987

C’est lors de la première édition de la Coupe du Monde en 1987 organisée en Nouvelle-Zélande et en Australie, que le Pays de Galles a le mieux figuré. Le XV de Poireau a terminé 3ème. Pour en arriver-là, les Gallois ont d’abord terminé premiers de leur phase de poules (devant l’Irlande, le Canada, les Tonga). En quarts, ils se sont défaits de l’Angleterre (16-3).

Battus par la Nouvelle-Zélande en demi (6-49), ils battent ensuite l’Australie d’un point (22-21) pour arracher cette 3ème place. En 2011 et 2019, ils réussissent aussi une belle prestation en finissant 4èmes.

Un autre visage que lors du tournoi ?

Le XV du Poireau a plutôt intérêt à le faire s’il ne veut pas voir son séjour en France écourté. Enfoncés dans une crise profonde il y a quelques mois, le Tournoi avait été de très mauvaise qualité pour les Diables Rouges. Le Pays de Galles a fini avant-dernier avec une seule victoire au compteur (contre l’Italie). Bien insuffisant pour une nation de ce standing. Alors faut-il en France s’attendre à un rebond de leur part ?

« La dernière édition du Tournoi n’a pas été un bon cru pour le Pays de Galles, confirme le Gallois et Grenoblois Sam Davies. Mais même en cas de changements, la sélection galloise reste compétitive. Avec l’incorporation de nouveaux joueurs qui ont les dents longues, on peut s’attendre à ce qu’ils fassent mieux que ce que beaucoup de gens prédisent ». La condition sinae qua non pour écarter de leur route les Fidjiens.

Le saviez-vous ?

Josh Adams (le Gallois qui avait donné sa médaille d’homme du match à Ange Capuozzo, à l’origine de l’essai de la victoire des Italiens d’un point contre les Gallois dans le Tournoi 2022) n’oubliera jamais la Coupe du Monde 2019. Il est devenu le premier Gallois meilleur marqueur d’essais de la compétition (7) en autant de matches disputés.

Les plus du Pays de Galles

  • Si d’énormes joueurs gallois ont pris leur retraite internationale récemment, Jac Morgan incarne l’espoir de tout un peuple. Pétri de talent, il a déjà porté le brassard de capitaine (contre l’Angleterre) alors qu’il n’a que 23 ans.
  • Même si le Pays de Galles éprouve actuellement des difficultés, c’est quand même une sélection qui a l’habitude des grands rendez-vous.
  • Lors des récents matches de préparation, il y a eu du mieux côté gallois. Ce sera à confirmer pendant la Coupe du monde.

Les moins du Pays de Galles

  • Le Pays de Galles n’a pas fait un bon dernier Tournoi des Six Nations (5ème). De quoi faire augmenter encore un peu plus le doute dans la tête des joueurs qui n’ont gagné que 5 de leurs 19 derniers matches.
  • Il y a quelques mois, une crise interne a éclaté. C’est tout le rugby gallois qui est en souffrance, donc par projection la sélection aussi.
  • Pour le moment, le retour de Warren Gatland n’est pas une franche réussite. On attendait qu’il revienne tel le messie et ce n’est pas encore le cas.

L’avis d’Olivier Magne

« Le Pays de Galles est très timide dans le jeu, je ne serai pas surpris qu’il termine derrière la Géorgie. La sélection est très moyenne, avec de jeunes joueurs. Dans le pack, il y a des néophytes. Le Pays de Galles est loin de son niveau de 2007 par exemple. »

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