jeudi 25 avril 2024

Formule 1 : Alain Prost attend toujours son successeur

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Eric Mendes
Eric Mendes
Journaliste

En 1993, Alain Prost confirme qu’il est un champion hors norme en remportant son 4ème titre mondial le 4ème et pour l’instant dernier pour la France après une année loin des circuits. 30 ans plus tard, son exploit reste unique.

Revenu en Formule 1 après avoir marqué une pause, Alain Prost fait son retour avec l’ambition de redevenir champion du monde. A 38 ans, le Professeur reste un perfectionniste et un homme ambitieux. Avec le numéro 2 sur le museau, le Français se lance avec une motivation hors norme, mais également une pression que peu de pilotes auraient supportée. En effet, pour beaucoup, cette saison 1993 ne doit être qu’une formalité pour le Français qui prend la suite de Nigel Mansell, champion du monde en 1992.

Au volant de la Williams Renault, Alain Prost doit cependant composer avec la concurrence de son ennemi historique, Ayrton Senna et l’émergence de Damon Hill et Michael Schumacher. Et dès les premiers Grands Prix, le duel avec le Brésilien se confirme. Si Prost s’impose en Afrique du Sud dès le premier Grand Prix, qui signe son retour en F1, Senna lui répond dans la foulée avec 2 victoires, à Interlagos, au Brésil où Prost abandonnera puis à Donington Park, en Angleterre, lors du Grand Prix d’Europe.

Prost dans le sillage de Senna

Le pilote McLaren prendra alors les commandes au bout de 3 Grands Prix. C’était sans compter sur la force de caractère du Français qui reprenait les commandes grâce à 2 succès à Saint-Marin puis à Barcelone, au Grand Prix d’Espagne.

Le mano à mano se poursuit lors de la 6ème épreuve du calendrier, à Monaco. En Principauté, Senna s’impose devant Damon Hill, le jeune coéquipier de Prost et Jean Alesi. Pourtant parti en tête, le champion du monde français est pénalisé par les commissaires de course qui estiment qu’il a anticipé le départ. 10 secondes et une voiture qui cale obligent Prost à reprendre la piste en 22ème position. De quoi mettre fin à ses espoirs de victoire à Monaco. Cela ne l’empêchera pas de remonter à la 4ème place du classement pour inscrire 3 points précieux.

Au Canada, quelques semaines plus tard, Prost est dans le doute. Le Français a du mal à maîtriser les nouveaux embrayages et estime que sa voiture est moins performante que la version qui avait permis à Mansell d’être champion du monde. Des critiques qui confirment la force de caractère du triple champion du monde (1985, 1986 et 1989) qui a pourtant ne failli jamais revenir, la faute à des critiques acerbes contre le pouvoir en place et le président de l’époque de la FISA, Max Mosley, peu heureux de revoir Prost revenir en F1, au début de saison.

Ces derniers avaient refusé à plusieurs reprises de lui donner la super-licence nécessaire pour participer aux Grands Prix du calendrier. La situation se calmant finalement avant le Grand Prix d’Afrique du Sud.

« Je n’avais pas conscience de ce qu’il réalisait » (Alliot)

Mais lors du 7ème chapitre de la saison 1993, au Canada, Prost bénéficiera d’un coup de pousse du destin. En tête, le Français verra Senna ne jamais finir le Grand Prix, la faute à un problème d’alternateur, à 7 tours de l’arrivée, alors qu’il était 2ème. Pour le 8ème Grand Prix de la saison, Alain Prost est en France. Il doit de nouveau composer avec une nouvelle polémique autour de l’essence utilisée par Williams.

Une nouvelle guerre médiatique à gérer après que ses adversaires ont pointé du doigt des dispositifs électroniques illégaux. Alain Prost confirme cependant sur la piste sa soif de vaincre en remportant sa 5ème victoire de la saison devant Damon Hill et Michael Schumacher. Un premier doublé pour Williams qui sera pourtant critiqué par la presse anglaise qui reproche à Frank Williams d’avoir contraint Hill à rester derrière le Français.

Peu importe, sur le podium, Prost reçoit les honneurs de son public qui salue la performance de son champion. Une semaine plus tard, la Formule 1 prend la direction de Silverstone pour le Grand Prix de Grande-Bretagne. Un Grand Prix qui aurait dû être la fête de Damon Hill qui laisse la victoire à son coéquipier, à cause d’une casse moteur. Prost savoure toutefois ce coup du sort en remportant la 50ème victoire de sa carrière et en prenant le large au classement avec 20 points d’avance sur Ayrton Senna, à mi-saison.

En Grande-Bretagne, une victoire qui compte contre Sena

En Allemagne, Prost remporte son 4ème succès consécutif après être passé par toutes les émotions avec une pénalité de 10 secondes qui le renvoie à la 6ème position puis une crevaison de Damon Hill à deux tours de l’arrivée qui lui offre la première place.

A 6 Grands Prix de la fin, Prost peut maintenant gérer son avance au classement des pilotes. Son coéquipier britannique, le fils de Graham Hill, l’aidera dans sa quête avec trois succès consécutifs en Hongrie, Belgique puis en Italie. Prost gère son avantage et voit également Senna faiblir. Le 26 septembre 1993, à Estoril, au Portugal, Alain Prost rentrera enfin dans l’histoire, en devenant, le deuxième pilote le plus titré de l’histoire derrière le mythe aux 5 couronnes, Juan Manuel Fangio. Avec son 4ème titre mondial, le Français confirme qu’il est un pilote exceptionnel.

Le Français affiche sur le podium un visage apaisé et soulagé. Présent dans le paddock à cette époque, Philippe Alliot (Larrousse) garde en mémoire l’issue d’une année à part pour le sport automobile français qui verra Prost définitivement prendre sa retraite, usé par une saison compliquée sur la piste, mais surtout en dehors.

Prost, un pilote hors du commun

« Quand Alain gagnait, je devais gérer mes problèmes et nos ambitions en 1993. Mais on ne pouvait pas passer à côté de ce qu’il réalisait au volant de sa voiture. Je l’appréciais d’autant plus que je l’ai connu à mes débuts et j’ai pu juger de son évolution. En Formule 1, on reste d’abord focalisé sur ses performances et ce que l’on doit faire. Toutefois, cela ne nous a pas empêchés de fêter son dernier titre comme il se doit. On était tous les pilotes français. Avec le temps, j’ai cependant appris à donner la valeur qu’il mérite. On était à Estoril, au Portugal. On l’a fêté de façon étonnante entre tous les pilotes français. » L’ancien pilote Larrousse avoue cependant qu’il n’avait pas pris le recul nécessaire à l’époque pour constater que ce 4ème titre mondial de Prost était quelque chose d’unique.

« On ne minimise pas un titre mondial mais, quand on est pilote, je n’avais pas conscience de ce qu’il réalisait. Chacun vit dans son monde et reste dans sa bulle. Revenir et remporter un titre mondial, ce n’est pas donné à tout le monde. Certains ont essayé et n’ont pas réussi. C’est d’ailleurs le dernier qui m’a le plus marqué. Encore aujourd’hui, je ne pourrais pas dire quand il a été champion du monde. Alain a été sûrement l’un des meilleurs pilotes du monde. Pas seulement à son époque. »

Et même si depuis Lewis Hamilton, Michael Schumacher et Sebastian Vettel se sont également installés à la table des légendes de la F1, il suffit de voir le regard des gens pour confirmer qu’Alain Prost a marqué toute une génération. Pour l’éternité.

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