lundi 17 juin 2024

La stratégie folle de Vincent Gérard pour jouer les Jeux !

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Jean-Marc Azzola
Jean-Marc Azzola
Journaliste

Le multi-titré gardien international de 37 ans, Vincent Gérard raconte les coulisses de son arrivée (surprise) mi-février dans le club provençal et comment il s’est battu pour en être sur les JO avant de tirer sa révérence. Entretien pour Handball Magazine et Le Quotidien Du Sport.

Comment s’est faite votre venue à Istres ?

Je suis resté en relation avec les Istréens (il y avait joué de 2008 à 2010, Ndlr) où j’ai pas mal d’amis. En échangeant avec Bastien Cismondo, qui est un ami, et manager général du club, il m’a dit : « Viens chez nous si tu as besoin ». Le temps passant, il y avait cette date du 15 février, date butoir pour changer de club.

On s’est retrouvés à ce que ce soit la bonne solution, en se disant que tout le monde pouvait faire des efforts, que cela pouvait être du gagnant-gagnant. J’allais beaucoup jouer, j’allais bien être reçu et le club allait pouvoir récupérer un gardien qui pouvait leur donner de la visibilité. Quelques partenaires ont mis une petite rallonge pour que je puisse venir. J’avais de mon côté consenti à de gros efforts financiers et cela s’est fait !

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Vincent Gérard à Istres sans pression

Pourquoi avoir choisi ce club à ce stade de votre carrière ?

A Kiel, comme le manager et l’entraîneur m’ont informé que je ne jouerai pas quoi qu’il se passe peu importe les performances et les résultats des deux autres gardiens (dont le Français Bellahcene, Ndlr) je me suis retrouvé dans une impasse. Je respecte son choix, mais je n’avais pas envie de finir ma carrière en tribunes. Mais bien sur le terrain ! Avec cette perspective des Jeux Olympiques, il fallait aussi que je joue. J’ai alors pris cette décision. Istres a mis tout en œuvre pour que je continue à me soigner et pour revenir de la meilleure des façons.

Etes-vous confiant pour l’accession dans l’élite avec Istres ?

On ne l’est jamais à 100%. On travaille pour tous les jours. Cela se jouera au Final Four. On a une belle équipe, on peut faire de grandes choses, mais on peut aussi avoir des trous.

Vous deviez imaginer un autre scénario tout de même en Allemagne !

C’est sûr. Mais la vie de sportif de haut niveau est faite d’aléas. J’ai tourné cette page. Je n’y pense plus. Cependant, si on m’avait dit il y a un an tu vas aller à Kiel puis tu iras à Istres, je n’y aurais sans doute pas cru. Mais je suis très heureux là où je suis à Istres. J’ai mes amis à mes côtés et Gilles Derot comme entraîneur. Cela a du sens. C’est un club dans lequel j’ai évolué entre 2008 et 2010. J’y ai vécu de belles choses notamment en Coupe de la Ligue (vainqueur en 2009, Ndlr). Pour finir ma carrière, je ne pouvais pas imaginer beaucoup mieux.

« Si on m’avait dit il y a un an, tu vas aller à Kiel puis tu iras à Istres, je n’y aurais sans doute pas cru »

Ces quelques mois à Istres vont-ils suffire pour disputer les Jeux ?

On verra. De mon côté, je mets tout en œuvre pour les faire. Je joue beaucoup, je m’entraîne beaucoup et plus. Je suis en forme et affûté. Je me concentre surtout sur moi pour pouvoir prétendre disputer ces Jeux.

Vous n’imaginez pas ne pas en être tout de même !

Si je fais tous ces efforts et tous ces sacrifices, si je m’entraîne dur, si je suis redescendu en deuxième division pour beaucoup jouer, c’est pour faire les Jeux. Evidemment tout ce que je fais est orienté pour pouvoir les disputer. J’ai envie de les faire et je fais en sorte pour. C’est le seul point pour lequel je suis intransigeant avec moi-même.

Comment analysez-vous l’évolution de Samir Bellahcene ?

Je suis très content pour lui. Je le connais depuis qu’il est au centre de formation de Montpellier. Je suis content qu’il ait pu saisir cette opportunité de jouer la Ligue des Champions. Jusqu’à maintenant, il jouait pour des clubs qui luttaient pour le maintien. Désormais, dans un autre contexte, il peut plus montrer son talent. Il a fait une très bonne première partie de saison. Il a réalisé un Euro plus que convenable. Il a remporté son premier grand titre. Je suis très heureux pour lui. A lui de continuer de montrer qu’il est capable d’être bon avec Kiel sur du long terme.

37 ans et dernière saison

A 37 ans, est-ce vraiment votre dernière saison ?

Oui. Je pense avoir fait le tour de mon histoire avec le handball. J’ai joué dans beaucoup de clubs, j’ai gagné beaucoup de titres, j’ai vécu beaucoup d’expériences. C’est le moment d’arrêter. Il faut aussi savoir dire stop quand c’est le moment. Et c’est le bon moment.

Vous avez affirmé récemment que « obéir aveuglément » ne vous convenait plus. Estce devenu si pesant ?

Ce n’est pas la raison essentielle. C’est un tout. Etre sportif de haut niveau, c’est très contraignant : sur les entraînements, en dehors, on n’a pas de vacances… Quand on est bien plus jeune, ce sont des éléments négatifs, mais qu’on surpasse assez aisément. Plus on vieillit, moins c’est le cas. Je prends beaucoup de plaisir quand je suis sur le terrain, mais les contraintes sont de plus en plus pesantes.

Quelle image voulez-vous qu’on garde de vous ?

Celle de quelqu’un qui n’abandonne jamais et se bat tout le temps. Ma récompense est aussi d’avoir des amis dans tous les clubs où je suis passé, et avec lesquels je suis toujours en contact. Je suis vraiment fier de ces aventures humaines.

Quel est votre meilleur souvenir et avez-vous un regret ?

Des regrets, je n’en ai pas vraiment. Chaque erreur, chaque décision a fait que j’en suis là maintenant. Forcément, j’aurais aimé gagner la Coupe EHH avec Dunkerque (finaliste en 2012, Ndlr). J’aurais aimé apporter un titre de plus à ce club. Il est aussi peut-être un peu dommage que je n’ai pas eu plus l’occasion de jouer à l’étranger. Mais j’ai vécu tellement de moments incroyables, notamment la médaille d’or aux JO (à Tokyo, Ndlr). Avoir gagné la Ligue des Champions avec Montpellier (en 2018, Ndlr) a aussi été incroyable, comme le titre avec Dunkerque (en 2011, Ndlr).

Comment voyez-vous votre après-carrière?

Je vais continuer à m’investir dans le syndicat des joueurs et des joueuses. Par contre, je ne serai pas dans l’entraînement. Etre entraîneur, c’est une certitude, je ne serai pas performant là-dedans. Je ferai peut-être un peu d’entraînement des gardiens car c’est quelque chose qui me plaît. Ensuite j’aimerais bien monter une librairie. Mais j’ai envie de souffler un peu avant. Après tant de saisons, le corps et l’esprit ont besoin de se reposer.

L’info en plus sur Vincent Gérard

Si Vincent Gérard est devenu un des plus grands gardiens de l’histoire, son destin aurait pu ne jamais s’accomplir. La faute, au départ, à une taille à priori pas en adéquation avec le poste de gardien : « J’ai grandi sur le tard. Je mesurais 1m70 quand je suis rentré au Pôle Espoirs de Strasbourg. Philippe Schlatter m’a tout de même retenu malgré cela. Je l’en remercie encore » avait-il confié dans les colonnes des Dernières Nouvelles d’Alsace.

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